lundi 28 février 2011
Compte rendu du café philo du 25 février 2011 - La tyrannie des mots
Vingt-cinq personnes ont participé à ce café philo introduit par Catherine et Pierre.
Par définition, la tyrannie est le pouvoir d’un seul agissant selon son bon vouloir. Un tyran est un monarque absolu, un usurpateur injuste ; sa connotation est péjorative.
Le mot « mot »vient du latin « muttum » qui signifie son ou bruit émis.
La tyrannie des mots évoque le pouvoir exorbitant que peuvent avoir les mots à côté de leur rôle de communication ou d’instrument de la pensée. Ils servent aussi à influencer, persuader, tromper, commander ou asservir. Deux sens de cette tyrannie sont possibles : d’une part, les mots intimident, asservissent, blessent, humilient, aliènent ou désespèrent ; d’autre part, les humains se servent des mots et manipulent les langages pour asseoir leurs pouvoirs. Dans le livre « 1984 » de George Orwell (1903-1950), l’histoire et le dictionnaire sont réécrits en permanence pour réduire le pouvoir de la pensée. En fait, les deux sens sont connectés : les langages ne sont manipulés que parce que les humains y sont très sensibles.
Les mots exercent leurs pouvoirs sur les individus et sur les collectivités, à travers les choses, les relations interpersonnelles, la pensée et la culture. La langue n’est pas tyrannique en soit, il faut une volonté pour la pervertir. Nous sommes responsables de notre langage. Il existe (ou il devrait exister !) une éthique du langage.
La vie des mots
Un mot isolé a une forme et un sens, un signifiant et un signifié. La plupart des mots du dictionnaire ont plusieurs sens, ce qui conduit parfois à des ambiguïtés et des malentendus. Cette polysémie est aussi la source de la créativité. Tous les mots sont définis par d’autres mots. Mais une langue n’est pas un système fermé car elle vit et évolue en symbiose avec une ou plusieurs communautés humaines. La plupart des mots sont entourés d’un halo de connotations variables selon les individus, les sociétés, les époques ou les circonstances. Ces connotations en déterminent le sens qui peut ainsi être différent selon les locuteurs.
« La parole est moitié à celuy qui parle, moitié à celuy qui l’escoute.» selon Montaigne (1533-1592).
Le langage tout en étant créé par les humains, a acquis une certaine autonomie. Outre ses exigences syntaxiques, il impose certaines manières de penser et de représenter la réalité aux individus et aux groupes. Chaque langage a son génie propre d’évocation ou d’inventivité.
Cette relative autonomie conduit tout langage à chercher à proliférer, à prendre des positions dominantes, à transformer le monde autour de lui. A l’instar des gènes en biologie, les langages se combinent et se transforment au contact des uns des autres. Au cours des âges, les informations portées par les langages ont toujours su enfourcher les meilleurs véhicules pour leur diffusion : les voyageurs, les griots, les troubadours, leurs histoires, leurs chants, les théâtres ambulants, les commerçants, les missionnaires, l’écriture, les objets d’art, l’imprimerie, les journaux, les voies terrestres, maritimes, aériennes, les invasions et les guerres, le téléphone, la radio, le cinéma, la télévision, internet, Google, Youtube, Facebook. Et de tout temps, les pouvoirs en place ont cherché, en vain à long terme, à contrôler la diffusion des informations.
Le mot tyrannie a une connotation négative. Il existe aussi des tyrans éclairés. Parlons des bienfaits, avant d’aborder les côtés sombres du langage.
L’hominisation de l’espèce s’est réalisée grâce à la multitude des langues que Dieu, selon la Bible, aurait fort heureusement imposée pour la punir d’avoir voulu construire la Tour de Babel. La multiplicité et la diversité des langues, à l’instar des espèces vivantes, a permis l’évolution des cultures à travers la planète et les âges. Aujourd’hui la tyrannie monopolistique de l’anglais et la mondialisation entraîne chaque année l’extinction de centaines de patois, dialectes et langues minoritaires. Où cela conduira-t-il ? Ne faudrait-il pas protéger les langues comme on protège les espèces vivantes en voie d’extinction ?
Nombreux sont les mots et les récits mythiques qui ont contribué à organiser et à pacifier les sociétésconcepts éthiques, devenus progressivement universels, comme liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme, justice, écologie. Même si ces mots sont très souvent galvaudés par la langue de bois en servant d’écrans de fumée pour cacher l’impéritie ou les turpitudes, ils demeurent mobilisateurs, comme on le voit actuellement dans les révoltes populaires des pays arabes. Ce sont ces mots aussi, dans la seconde moitié du 20ème siècle, qui ont contribué à faire disparaître la plupart des régimes dictatoriaux ou promu la prise de conscience écologique. Il ne faut toutefois pas oublier que ce ne sont pas seulement les mots mais aussi l’engagement concret, voire les combats et sacrifices humains qui font avancer l’histoire. Beaucoup de personnes sont mortes dans ces luttes contre les tyrannies. Les mots doivent être utilisés comme outil de communication et non remplacer l’action. humaines. Ils ont acculturé des
Les poètes et grands auteurs, les courants artistiques et littéraires comme les Surréalistes ou Oulipo ont cherché et parfois réussi à faire émerger le génie propre de la langue.
« Les mots sont les passants mystérieux de l'âme. » Victor Hugo (1802-1885)
« Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux. » René Char (1907-1988)
Les sciences et les technologies ont fait émerger une croissance exponentielle de concepts, de mots nouveaux et de jargons spécifiques à chaque spécialité. Ces jargons sont toujours à paraître simplement intelligent et dire son appartenance à une chapelle donnée.
« Seuls les psychologues inventent des mots pour les choses qui n'existent pas. » Carl Gustav Jung (1875-1961)
Nous abordons ainsi l’aspect plutôt négatif du pouvoir tyrannique des mots.
La confusion entre les niveaux de langages, discours et discours sur le discours (métadiscours) est un phénomène fréquent en sciences humaines, en politique, en management. Le métadiscours déconnecte la parole de l’action. Par le métadiscours, philosopher consiste à parler de philosophie ; faire de la politique, c’est parler de politique ; gérer, c’est souvent parler de management et inventer d’incessantes réformes...
Le jargon, la langue de bois, le métadiscours et un certain style obligatoire enferment souvent les élites intellectuelles, politiques ou religieuses dans des carcans de pensée et d’appartenance sociale. Pour monter dans n’importe quelle hiérarchie professionnelle, il faut en acquérir le langage. La sclérose du langage est une ornière dans lesquelles aboutissent, si elles n’y prennent garde, la plupart des institutions politiques, étatiques, militaires, universitaires, religieuses ou les ONG. Les brillantes civilisations chinoises, chrétiennes ou arabes sont entrées, (dans le passé, bien sûr...), dans des siècles de stagnation à cause de la sclérose des langages des élites.
Les médias disséminent des tics de langages et des stéréotypes qui réduisent la pensée. Les plus pathétiques sont ces personnes frustes au vocabulaire extrêmement pauvre s’exprimant essentiellement en termes stéréotypés agressifs ou vulgaires. Facilement manipulables par des discours incantatoires et haineux, ils constituent parfois les troupes de chocs d’idéologies extrémistes. On devient agressif quand on n’a pas les mots pour représenter correctement le monde ou ses propres problèmes. On peut devenir esclave des mots vulgaires tout comme des jargons élitistes.
La vulgarité du langage constitue souvent, à défaut d’idées, un ingrédient indispensable au succès d’un film même à un certain populisme en politique. ou d’une série télévisée, parfois
La professionnalisation et la financiarisation de l’information a rendu les médias, la publicité, le lobbying et la communication des institutions redoutablement efficaces. Ils se sont adjoint les services des sciences humaines, sociologues et psychologues. Il n’est pas étonnant que les princes et les lobbies cherchent à contrôler les groupes de presse, les instituts de sondages et les agences de communication. Les groupes, amis des pouvoirs, qui œuvrent dans les médias, avancent des capitalisations boursières de milliards d’euros ( Facebook vaut aujourd’hui 50 milliards de dollars).
La tyrannie des mots dans nos sociétés est douce. Nous ne sommes pas encore dans le scénario d’Orwell de son ouvrage « 1984 ». Elle recherche une adhésion spontanée du public en jouant avant tout sur l’émotion. Récemment l’image d’une jeune afghane au nez coupé par son mari déshonoré a fait le tour du monde ; cette image a aussi servi à renforcer la justification de la guerre aux Talibans. Au demeurant, en langue pachtoune, déshonorer quelqu’un se dit lui faire « perdre son nez ». La tyrannie des mots est universelle.
Les mots les plus tyranniques sont les plus chargés en émotion. Souvent les sujets et problèmes, partiellement réels ou largement fantasmés, font vendre de l’information, font de l’audimat, font vivre beaucoup de monde et permettent de rassembler des suffrages électoraux. L’émotion en général empêche de raisonner sereinement, avec recul et en prenant en compte l’ensemble des éléments d’un problème. Cela se comprend. Mais le but de la civilisation, de la politique, de la morale, du droit ou simplement de la bienséance n’est-il pas de gérer les affaires avec autant de raison que possible ?
La profusion des informations, des mots et des images ainsi que leur accès immédiat et mondial sont difficiles à gérer tant pour les individus que pour les autorités publiques. Il n’est pas simple de se garder des fausses rumeurs, des modes dérisoires, des manipulations populistes.
Face à l’incessant flux d’informations, une solution consiste à revendiquer le droit de ne pas tout savoir. Une autre solution consiste à faire confiance à quelques sources d’information qui trient à notre place, tel que des journaux, des revues, des radios et sites internet dûment ciblés.
Paroles entendues au cours du café philo :
- Le sens des mots dépend du contexte.
- Nommer, c’est faire exister.
- Le mot culture apparaît au 16ème siècle, le mot liberté n’existait pas dans la Chine antique, par exemple chez Mencius (372 – 289 avant J.C.)
- Le monde est perçu à travers les mots.
- Les mots ne disent pas tout.
- La séduction ne passe pas que par les mots.
- Les mots nous forment.
- Le contexte est tyrannique et non les mots.
- Le mot est l’instrument de pensées tyranniques. La tyrannie vient des personnes.
- Il faut se méfier de la face cachée des mots.
- On ne peut pas décrire une odeur.
- Imposer la langue, c’est imposer un pouvoir.
- Les mots sont des outils aux usages multiples.
- Certains mots sont intraduisibles et incompréhensibles d’une culture à l’autre.
- Il faut dépasser les mots.
- Il faut critiquer les actes et non les personnes.
- La distance entre deux personnes les enrichit.
- L’écoute de l’autre permet de pacifier les relations.
- La tolérance limite la tyrannie des mots.
- La tyrannie, c’est quand il n’y a plus de mots.
- Il faut travailler sur les affects.
- Ne pas se laisser enfermer dans les mots.
- Face aux mots qui tuent, rester calme.
- Importance de l’éducation pour la maîtrise des mots et de la pensée.
- Les mots ne prennent leur sens que dans l’échange.
- La plupart des gens parlent pour ne rien dire.
- Chacun est responsable des mots qu’il emploie.
- Les mots d’empathie sont indispensables
- Les mots sont la voie vers la vérité.
- Rendons hommage aux langues en les respectant.
Quelques citations d’auteurs :
- Le mot est un despote tout puissant. Gorgias (485-380 avant J.C.)
- Les bâtons et les pierres peuvent vous briser les os, mais les mots peuvent vous briser le cœur. Thomas Hobbes (1588-1679)
- La langue n’est pas ce bourdonnement libre, cette prolifération désordonnée... Parler, c’est inévitablement dire et articuler la loi. Il n’y a pas de parole pleine qui ne soit pleine d’interdit ; pas de discours lisse qui ne soit marqué au sceau de la tyrannie. Bernard-Henri Lévy (1948-)
- Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Albert Camus (1913-1960)
- Mais qu'y a-t-il de si périlleux dans le fait que les gens parlent, et que leurs discours indéfiniment prolifèrent? Où est donc le danger? ... Je suppose que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôles d'en conjurer les pouvoirs et les dangers, d'en maîtriser l'évènement aléatoire, d'en esquiver la lourde, la redoutable matérialité.
L'ordre du discours, Michel Foucault (1926-1984)
- J’ai toujours eu peur des organisations, des sociétés et des ordres qui tous ont tendance à considérer choix de leurs mots et de leur expression comme seule vérité. Jiddu Krishnamurti (1895-1986)
- Chaque mot est un masque. Friedrich Nietzsche (1844-1900)
- D’abord se corrompent les mots, puis les concepts et finalement les choses. Proverbe chinois
- On parle toujours à la première personne; qu'on le veuille ou non, on est irrévocablement toujours en situation. Ce pronom "je", ce tout petit mot m'engage entièrement parce qu'il me représente totalement. Dans certaines langues, l'écriture de ce pronom est réduite à la plus simple expression graphique disponible : "I". Je suis debout ! Les mêmes mots qu'une société retient, et dont elle convient institutionnellement de leurs contenus, n'annihilent pas les différences entre individus, mais les rendent heureusement audibles. Et c'est là, à l'intérieur de ces différences, de ces espaces, que s'exerce toute la puissance des mots, chaque locuteur mobilisant toute son intelligence pour atteindre l'intelligence de l'autre, allant jusqu'à la limite du dire, faisant ainsi de ces différences et de ces espaces, des lieux d'échanges et non de violence. Et cela ne se fait pas sans risque : c'est accepter d'être contredit, d'être bousculé dans ses certitudes, et ajoutent Pierre Bourdieu "d’être compris différemment de ce que l’on croit, de ce que l’on souhaite" et Alain Bentolila : "savoir aimer le goût amer de la différence". Georges Sananès (participant au café philo)
-
Le texte de notre amie Danielle Roslagadec :
Juste un petit mot,
Au commencement étaient les mots,
Mots d’amour, mots doux, mots magiques ou mots bleus
Qui avec la geste, ont scellé ces liens qui nous unissent pour former société.
Tous ces maudits mots dits, mot à mot, ou mot pour mot
Dès les premiers mots qui vont souvent avec les premiers pas, on a pu jouer avec les mots
Il y avait les jeux de mots qui sont moins vilains que les jeux de mains
Et requièrent l’art de manier les mots,
Les mots d’esprit, les mots du jour, mais aussi les mots croisés, fléchés, cachés, mêlés…
Avoir les mots à la bouche, sans les mâcher n’est pas aisé !
Mais pour voyager au fil des mots il y a les mots bateau,
Où l’on peut embarquer les mots valises
Si l’on prend bien garde de ne pas perdre le mot clef.
La célèbre tirade « A moi Comte deux mots !...»,
Déclaration d’amour ou de guerre qui va bien au-delà des mots,
Ne s’adressait pas au « Comte de Mots Tordus » qui lui, a toujours le mot pour rire,
Et se joue des mots quant il ne les trouve pas.
Il faut se méfier de la force des mots ou des mots qui fâchent
Ils sont comme les mots d’ordre,
On pourrait très vite en venir aux mots sinon aux mains
Et devoir recourir à ceux qui guérissent pour panser les maux.
Si nous spéculons aujourd’hui sur l’idée d’une tyrannie des mots,
C’est qu’au delà de l’empire des sens, nous serions sous l’empire des mots ?
Ne sont ils pas de cet ordre, ces introuvables, enfouis et cramponnés aux fins fonds de nos mémoires
Et pis encore, ceux qui non convoqués, tapis dans l’ombre de nos cerveaux,
Surgissent intempestivement jusqu’à former, si petite soit elle une traître inflation ?
Les mots ne sont pas comme les bérets, ils ont un sens précis
Nul besoin de mot de passe pour dire les mots qui disent la chose,
Il y a les mots pour le dire, qu’Il faut savoir parfois lire entre les mots,
Et si l’on ne trouve pas le mot juste, les mots d’excuse viennent à la rescousse.
J’aurai encore deux mots à vous dire
Tant pis s’il vous démange de m’opposer comme Hamlet « Des mots, des mots, des mots… »
Puisque, qui ne dit mot consent, je m’accorde encore un petit mot,
Qui sera mon dernier mot : merci de votre attention…
Danielle Roslagadec , février 2011
dimanche 27 février 2011
Promenade internationale sur le Chemin du philosophe
Ce samedi 26 février 2011, Annick, Georges, Philippe et Pierre ont eu le plaisir d'être les guides pour une vingtaine de jeunes et de moins jeunes français et expatriés partis à la découverte du Chemin du philosophe en forêt de Montmorency. Il s'agit de rencontres de randonneurs parisiens fort sympathiques originaires des quatre coins du monde et avides de culture ainsi que de belle nature.
Ils ont poussé l'amabilité jusqu'à traduire en anglais les panneaux installés sur le Chemin. Grand merci à eux !
Everyday Nature Paris
Paris Hikers
Ils ont poussé l'amabilité jusqu'à traduire en anglais les panneaux installés sur le Chemin. Grand merci à eux !
For a presentation of the signposts of the walk in French, see here
http://cheminphilo.pagesperso-orange.fr/index_fichiers/brochure%20chemin%202009.pdf
1. The human and the cosmos
The earth is a tiny planet lost in the round of
billion stars in a galaxy similar to the billions
other galaxies which make up our universe. Man is
also lost in the eternity of time. His life is the result
of subtle alchemies that take place in both stars and atoms, in which the constituents of life are formed.
The three stones arranged in a triangle symbolize the geometric representation of the world, which is necessary for its understanding.
___
After all, what is a man amidst nature?
A nothing in relation to the infinite, a whole with respect to the nil, a middle between nothing and everything ...
Blaise Pascal (1623-1662) (French mathematician, physicist, inventor, writer and catholic philosopher)
2. Passage
The crossing of this stream suggests a metaphor of passing from one state to another and processes of constant transformations in nature and in human conditions.
These transformations can be done mildly or through crisis but they always open up new horizons.
___
Existance consist of change, change of becoming mature, becoming mature of creating oneself indefinitely.
Henri Bergson (1859-1941) (French philosopher)
3. Cemetry of Bosc
Cemetery Bosc suggests that our inevitable destiny is death. But the fates during a lifetime consist of infinite diversity.
They consist of more or less subtle blend of determinism, chance and free will.
___
Creating is about giving a form to your destiny.
Albert Camus (1913-1960) (French author, philosopher and journalist)
Louis Augustin Guillaume Bosc (or Louis-Augustin Bosc d'Antic) (January 29, 1759 – July 10, 1828) was a French botanist, invertebrate zoologist, and entomologist.
4. Man and nature
Nowadays, man is a predator of the biosphere.
He depletes natural resources, changes the climate and
heads towards a new mass extinction. It is confronted with apparently contradictory orders: preserve nature he belongs to and maintain the benefits of technology. These benefits
are not only of material order but also of cultural and moral. The sculpture by Michel Leclercq, erected in June 2009, addresses this complexity.
___
One only asks nature for something by being obedeint to it.
Francis Bacon (1561-1626) (English philosopher, scientist, lawyer)
5. The man, the other and society
The Oak and the clear light evoke the gathering.
Man is a being, which is both individual and collective. Both
dimensions evolve together, often in conflict. The major systems of regulation of behavior (states, laws, religions, customs), and the values of solidarity,
brotherhood and love should, in principle, allow one to live better together and evolve in the direction of progress.
___
The other person, that's myself. Nothing separates it, absolutely nothing except his pure and total freedom...
Jean-Paul Satre (1905-1980) (French philosopher, novelist, playwright and political activist)
6. Rooting
These roots, which come up to the surface of the path evoke the
subterranean life constituting nearly half the world alive. The two way of lives feed off each other. You can see a metaphor in this for our cultural roots,
which shape our daily lives.
___
The past illuminates the present.
Karl Jaspers (1883-1940) (German pyschiatrist and philosopher)
7. The man and his history
(Fountain St. Radegund, 12th Century.)
The ruins of the priory of Bois-des-Saints-Peres, formerly held
as a pilgrimage, are overgrown by vegetation and suggest
the evanescence of all memory. These ruins belong to the
religious heritage of our Western civilization, which
feeds our history and our worldview.
___
Hope is a risk to run.
Georges Bernanos (1888-1948) (French author and WW 1 soldier)
8. The hereafter
This site, located on an old dike with a view to the cemetery of
Bosc, is separated by the creek that could evoke
Acheron, the river of the underworld. Funeral rites are
among the first signs of human evolution, namely
capacity to develop a hereafter of oneself and things.
___
There is no favorable wind to someone who doesn't know where he goes.
Seneca (4 BC. - 65 AD.) (Roman philosopher, dramatist and statesman)
9. Crossroads
This place at the crossroads evoques the meetings and
furcations that mark the fates. All structures
in nature and in our lives result from interactions at
meetings.
___
The contradiction is the root of all movement and
of any vital manifestation.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) (German philsopher)
10. Mankind and his work
The deep forest keeps track of the first human activities. The man has not only mastered certain natural phenomena, he invented things,
which nature did not use in this way before (institutions, economy, electricity, telecommunications, machinery, ...).
The works of man determine his own evolution and the natural environment, for better or for worse.
How far?
__
Work helps us to stay away from three great evils: boredom,
vice and need. We must cultivate our garden.
Voltaire (1694-1778) (French writer, philosopher and activist)
11. Reflections
The reflection of the landscape on the surface of the pond depends on the position of the observer, the state of this surface, lighting ... Our perception of reality also
depends on many factors, some of which may lead to false representations.
___
The society saw only illusions. Every society is a
sort of collective dream.
Paul Valery (1871-1945) (French poet and philosopher).
http://cheminphilo.pagesperso-orange.fr/index_fichiers/brochure%20chemin%202009.pdf
1. The human and the cosmos
The earth is a tiny planet lost in the round of
billion stars in a galaxy similar to the billions
other galaxies which make up our universe. Man is
also lost in the eternity of time. His life is the result
of subtle alchemies that take place in both stars and atoms, in which the constituents of life are formed.
The three stones arranged in a triangle symbolize the geometric representation of the world, which is necessary for its understanding.
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After all, what is a man amidst nature?
A nothing in relation to the infinite, a whole with respect to the nil, a middle between nothing and everything ...
Blaise Pascal (1623-1662) (French mathematician, physicist, inventor, writer and catholic philosopher)
2. Passage
The crossing of this stream suggests a metaphor of passing from one state to another and processes of constant transformations in nature and in human conditions.
These transformations can be done mildly or through crisis but they always open up new horizons.
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Existance consist of change, change of becoming mature, becoming mature of creating oneself indefinitely.
Henri Bergson (1859-1941) (French philosopher)
3. Cemetry of Bosc
Cemetery Bosc suggests that our inevitable destiny is death. But the fates during a lifetime consist of infinite diversity.
They consist of more or less subtle blend of determinism, chance and free will.
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Creating is about giving a form to your destiny.
Albert Camus (1913-1960) (French author, philosopher and journalist)
Louis Augustin Guillaume Bosc (or Louis-Augustin Bosc d'Antic) (January 29, 1759 – July 10, 1828) was a French botanist, invertebrate zoologist, and entomologist.
4. Man and nature
Nowadays, man is a predator of the biosphere.
He depletes natural resources, changes the climate and
heads towards a new mass extinction. It is confronted with apparently contradictory orders: preserve nature he belongs to and maintain the benefits of technology. These benefits
are not only of material order but also of cultural and moral. The sculpture by Michel Leclercq, erected in June 2009, addresses this complexity.
___
One only asks nature for something by being obedeint to it.
Francis Bacon (1561-1626) (English philosopher, scientist, lawyer)
5. The man, the other and society
The Oak and the clear light evoke the gathering.
Man is a being, which is both individual and collective. Both
dimensions evolve together, often in conflict. The major systems of regulation of behavior (states, laws, religions, customs), and the values of solidarity,
brotherhood and love should, in principle, allow one to live better together and evolve in the direction of progress.
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The other person, that's myself. Nothing separates it, absolutely nothing except his pure and total freedom...
Jean-Paul Satre (1905-1980) (French philosopher, novelist, playwright and political activist)
6. Rooting
These roots, which come up to the surface of the path evoke the
subterranean life constituting nearly half the world alive. The two way of lives feed off each other. You can see a metaphor in this for our cultural roots,
which shape our daily lives.
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The past illuminates the present.
Karl Jaspers (1883-1940) (German pyschiatrist and philosopher)
7. The man and his history
(Fountain St. Radegund, 12th Century.)
The ruins of the priory of Bois-des-Saints-Peres, formerly held
as a pilgrimage, are overgrown by vegetation and suggest
the evanescence of all memory. These ruins belong to the
religious heritage of our Western civilization, which
feeds our history and our worldview.
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Hope is a risk to run.
Georges Bernanos (1888-1948) (French author and WW 1 soldier)
8. The hereafter
This site, located on an old dike with a view to the cemetery of
Bosc, is separated by the creek that could evoke
Acheron, the river of the underworld. Funeral rites are
among the first signs of human evolution, namely
capacity to develop a hereafter of oneself and things.
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There is no favorable wind to someone who doesn't know where he goes.
Seneca (4 BC. - 65 AD.) (Roman philosopher, dramatist and statesman)
9. Crossroads
This place at the crossroads evoques the meetings and
furcations that mark the fates. All structures
in nature and in our lives result from interactions at
meetings.
___
The contradiction is the root of all movement and
of any vital manifestation.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) (German philsopher)
10. Mankind and his work
The deep forest keeps track of the first human activities. The man has not only mastered certain natural phenomena, he invented things,
which nature did not use in this way before (institutions, economy, electricity, telecommunications, machinery, ...).
The works of man determine his own evolution and the natural environment, for better or for worse.
How far?
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Work helps us to stay away from three great evils: boredom,
vice and need. We must cultivate our garden.
Voltaire (1694-1778) (French writer, philosopher and activist)
11. Reflections
The reflection of the landscape on the surface of the pond depends on the position of the observer, the state of this surface, lighting ... Our perception of reality also
depends on many factors, some of which may lead to false representations.
___
The society saw only illusions. Every society is a
sort of collective dream.
Paul Valery (1871-1945) (French poet and philosopher).
vendredi 18 février 2011
Le printemps des animaux sur le Chemin du Philosophe - le dimanche 20 mars 2011
Le printemps des animaux sur le Chemin du Philosophe
Rencontre pour saluer les oiseaux, les mammifères, les amphibiens et les autres.
Animation par Didier Gamelin, naturaliste,
association NATURELIVE95
Rendez-vous devant le Château de la chasse en forêt domaniale de Montmorency
à 9 h 30 le dimanche 20 mars 2011.
Durée jusque vers 12 h 30.
Localisation : http://tinyurl.com/chateauchasse
Marche en forêt de 2,5 km. Bonnes chaussures et jumelles sont recommandées.
Participation 6 euros/adulte payable sur place, groupe limité à 25 personnes.
Inscription nécessaire : cheminduphilosophe@wanadoo.fr
lundi 14 février 2011
La Saint-Valentin avec des philosophes
Première partie
La philosophie et l'amour
envoyé par supervielle. - Découvrez des webcam de personnalités du monde entier.
Seconde partie
La philosophie et l'amour (2)
envoyé par supervielle. - Rencontrez plus de personnalités du web.
La philosophie et l'amour
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Seconde partie
La philosophie et l'amour (2)
envoyé par supervielle. - Rencontrez plus de personnalités du web.
mercredi 2 février 2011
dimanche 30 janvier 2011
Compte rendu du café philo du 28 janvier 2011
« Peur, manger l’âme » , un film de Rainer Werner Fassbinder, Allemagne 1974.
« Vivre avec nos peurs ? »
Quelque trente-cinq personnes ont participé au café philo dans le nouveau local du parc de la mairie de Margency. Ce local, un peu plus grand et silencieux que le précédent, apporte un meilleur confort propice à la réflexion collective. Parmi la douzaine de sujets proposés par les participants, nous les avons choisi, par vote démocratique, pour les deux prochains mois. Le vendredi 25 février 2011, le thème sera « La tyrannie des mots » et le 25 mars : « A quoi sert l’indignation ? »
« Vivre avec nos peurs ? »
De nombreux livres ont paru dans les dernières années autour de la problématique de la peur. A ce titre, il est intéressant de constater l’évolution croissante, au cours du XXème siècle de l’occurrence du mot peur dans les millions de livres numérisés par Google. Voir l’application http://ngrams.googlelabs.com/
Il est remarquable aussi d’observer, grâce à cette application informatique, la croissance pour les mots tels que menace, angoisse, manipulation, viol ou la décroissance pour crime, courage, crainte.
Les objets des peurs sont multiples : mort, ennemi, étranger, misère, abandon, violence, animaux, inconnu, etc.
Pour Freud, il existe trois sortes de peurs : la peur réelle devant un danger réel, l’angoisse névrotique et la crainte morale face à un sur-moi.
La rationalisation scientifique consiste à évaluer un risque comme le produit de sa probabilité d’occurrence multiplié par le dommage causé. Les compagnies d’assurance et les industries à risque utilisent cette base de raisonnement. Les opinions publiques, médiatiques et politiques y semblent largement inaccessibles. Ceci entraine le développement de fausses peurs et l’ignorance de vrais risques.
La peur est une stratégie de survie existant probablement dès les premières formes de vie. Elle est un signal de notre instinct animal devant le danger. Du point de vue neurologique, la peur met en jeu les zones du cerveau de l’amygdale et de l’hippocampe, qui induisent les réactions physiologiques, tandis que le cortex préfrontal participe au contrôle raisonné de la peur chez les mammifères les plus évolués.
La peur possède des dimensions individuelles et collectives.
Les situations anxiogènes sont : traumatismes liés à de mauvaises expérience, rumeurs, l’inconnu, harcèlement médiatique, exil en terre étrangère, harcèlement au travail, harcèlements administratifs et policiers, racisme, etc. L’ appréciation de ces situations anxiogènes peut être fondée ou fantasmée.
La peur comporte des aspects positifs : la peur du gendarme, des dieux ou du qu’en-dira-t-on fondent l’ordre social. La peur de la bombe atomique a évité le déclenchement d’une troisième guerre mondiale après 1945.
Pourquoi paradoxalement le sentiment de peur croît-il dans notre société qui n’a jamais été aussi sûre qu’aujourd’hui ? Plusieurs réponses sont proposées : le changement s’accélère sans cesse ; on a prise sur rien ; les liens sociaux sont fragiles ; certaines valeurs, comme le courage ou l’effort, tombent en désuétude. Selon Jean Baudrillard (1929-2007) la mondialisation multiplie les facteurs de risques. Tout se passe comme si la somme des facteurs de peur réelle et d’angoisse fantasmée était constante.
En politique, comme dans les religions, la peur a toujours joué un grand rôle dans la domination sociale. On se rappelle l'antique adage des césars romains, également adopté par le Prince de Machiavel (1469-1527) : « Oderint dum metuant », « Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ». Hobbes (1588-1679) a constaté que l’homme à l’état de nature est un loup pour l’homme. Montesquieu (1689-1755) et Locke (1732-1704) ont tout de même fait remarquer que seuls les despotes gouvernent par la peur.
La Révolution française en 1793 a inventé et exporté la terreur d’Etat. Pour Robespierre (1758-1794), et sans doute pour tous ses disciples des siècles suivants, « le ressort du gouvernement populaire en révolution est la fois la vertu et la Terreur ; la vertu, sans laquelle la Terreur est fausse, la Terreur sans laquelle la vertu est impuissante».
Les régimes totalitaires et autoritaires quadrillent et terrorisent leurs sociétés par des systèmes de surveillance et de répression justifiés par la peur d’ennemis. Les démocraties plus modernes, souvent par populisme, instrumentalisent et mettent en spectacle pour l’opinion publique des peurs fondées ou exagérées. La stigmatisation de boucs émissaires est une technique séculaire de conjuration ou de détournement des peurs collectives. Celles-ci inspirent non seulement à l'industrie du spectacle, mais aussi profitent à des lobbies militaro-industriels , pétroliers, pharmaceutiques, de matériel de surveillance et de détection électronique, de services sécurité ou des idéologues. Les marchés de la peur dans ces domaines représentent des milliards d’euros chaque année dans le monde. « Le terrorisme fait vivre plus de gens qu’il n’en tue ».
Le principe de précaution, voté en France en 1995, est souvent invoqué pour légitimer certaines peurs et l’affairisme qui en découle. La grippe H1N1 en 2009-2010 a été bien moins grave qu’une grippe saisonnière normale et a coûté des centaines de millions aux contribuables.
Les religions, quant à elles, ont exploité à l’envi dans le passé, la peur de l’enfer et les chasses aux sorcières. Certaines persistent. D’un autre côté, elles se proposent toutes de surmonter les peurs par la foi, par des pratiques rituelles collectives, par des offrandes et des prières pour attirer la bienveillance des dieux. Pour le bouddhisme, la libération de la peur passe par la libération du Moi, qui est considéré comme une illusion. Pour le christianisme, le Dieu d’amour, miséricordieux et bienveillant s’est incarné dans l’humanité et celle-ci n’aurait donc rien à craindre, hormis elle-même.
La paix de l’âme a de tout temps une quête des humains depuis l’ataraxie des philosophes épicuriens jusqu’aux quelque quatre cents psychothérapies répertoriées aujourd’hui dans le monde, y compris la méditation et le yoga.
Les pratiques magiques pour conjurer ou rationaliser le destin (occultisme, amulettes, voeux, astrologie, etc. ) contribuent à apaiser les peurs de l’impondérable et restent très en vogue dans les sociétés modernes.
Voici quelques réflexions entendues :
- Il faut apprivoiser la peur.
- Parler de la peur la fait exister. Seule la peur de la peur existe.
- Le sentiment de peur dépend de l’état psychologique.
- La peur est un moyen de se mobiliser collectivement. Elle resserre les liens sociaux.
- Dale Carnégie : imaginer le pire, pour imaginer la solution au pire.
- Il y a des peurs non contrôlables : paniques individuelles ou collectives.
- Face à la peur , trois attitudes : fuite, combat, inhibition.
- Une quatrième attitude possible : l’humour.
- L’acteur talentueux a toujours le trac.
- L’action est un remède à la peur.
- Le monde du travail est anxiogène.
- Peur du déclassement social. Nos enfants vont vivre moins bien que nous.
- Nous sommes démunis face à certaines peurs.
- Nos peurs actuelles sont les résurgences de nos peurs d’enfance.
- On ne peut pas vivre sans peur.
- La peur augmente l’audimat.
- La vie facile ne nous incite pas au courage.
- L’enfant échappe à la peur par le jeu. L’adulte aussi.
- La peur lie la société.
- Chaque époque a ses peurs.
- Pouvons-nous choisir nos peurs individuelles ou collectives ?
- Plus forts que la peur : le désir, la passion, l’addiction aux drogues.
- Le pire des risques, c’est de vivre sans risque
- La peur peut être jouissive, l’adrénaline de la prise de risque fait du bien.
- La confiance est essentielle pour faire face à la peur.
- J’ai peur de la folie humaine.
- Certaines peurs de l’enfance ancrées dans l’inconscient sont insurmontables.
- Le courage manque aujourd’hui. Comment apprendre le courage aujourd’hui ?
- Le chevalier Bayard a voulu mourir la face dirigée vers les ennemis.
- Nous vivons dans l’illusion d’une société aseptisée.
- On peut apprendre à vivre avec ses angoisses.
- La peur est liée à l’imaginaire.
- L’écoute des conversations dans le train indique que beaucoup de gens vivent en permanence dans le conflit et dans la peur.
- Seuls1 % des étudiants français se lancent dans la fondation d’entreprises à l’issue des études.
- Un chef d’entreprise : « J’aime le risque ».
- La peur apparaît comme l’ultime mode de gouvernance dans nos démocraties.
- Antidote à la peur : confiance en soi et en sa destinée. Œuvrer pour une grande cause. Se dépasser.
- Nous chasserons nos peur ensemble.
- Aidons ceux qui galèrent seuls à chasser leurs peurs.
- Ayons confiance les uns dans les autres.
samedi 8 janvier 2011
lundi 3 janvier 2011
lundi 20 décembre 2010
Neige sur le Chemin du philosophe
Qu'il est beau
le corbeau d'ordinaire haïssable
ce matin de neige !
Haïku de Matsuo Bashô (1644-1694) traduit par Munier
dimanche 12 décembre 2010
Promenade d’hiver sur le Chemin du philosophe.
Nous étions plus de cinquante à participer à cette promenade en forêt domaniale de Montmorency sur le Chemin du philosophe. Le sous-bois avait gardé les traces des chutes de neige du milieu de la semaine mais le soleil était au rendez-vous.
Cette promenade sur le thème Lumières d’hiver sur le Chemin du philosophe était notre manière de célébrer le solstice. Les petites lumières au cœur de la nuit nourrissent l’espérance des humain depuis la nuit des temps. La promenade a été ponctuée par des évocations (assez brèves) de différents aspects rattachés à ce thème.
Philippe nous a expliqué le fonctionnement planétaire des saisons avec le rôle crucial de la Lune pour la stabilisation de la rotation de la Terre. Cette merveilleuse mécanique permet de réguler la température de notre planète et donc l’émergence de la vie.
Catherine nous a présenté les mythologies liées au solstice d’hiver de la plupart des civilisations. Le christianisme a fixé au 4ème siècle la date Noël le 25 décembre correspondant à la fête du Sol invictus (le soleil invaincu)des Romains.
Denise nous a révélé beaucoup d’aspects inconnus de la vie des fourmis dont l’organisation sociale permet de traverser les rigueurs de l’hiver.
Michèle a partagé un conte issu de la saga du Kalevala de Finlande où les nuits d’hiver sont particulièrement longues.
Chacune des ces interventions a été ponctuée par un texte classique.
- Hymne védique : L’ardeur cosmique
- Hymne orphique : Le parfum de la nuit
- Jean de la Fontaine : La colombe et la fourmi
- Claude Roy : La nuit
Des marque-pages comportant des haïkus sur le thème de l'hiver ont été distribués aux participants.
Un buffet de boissons chaudes et de petits gâteaux de Noël a complété la grâce de ces rencontres lumineuses au cœur de l’hiver.
lundi 29 novembre 2010
café philo du 26 novembre - suite
Notre ami Michel K. nous a adressé ses réflexions à l'issue du dernier café philo sur
"Avons-nous besoin d'irrationnel ? "
Le numéro de décembre de Sciences et Avenir comporte un dossier sur le thème « pourquoi les émotions nous rendent plus intelligents ».
Intéressant pour votre prochain café philo sur la Peur : la peur est d’abord une émotion mais aussi c’est une construction rationnelle (intellectuelle) – opposition entre Hans Yonas et Luc Ferri.
Intéressant parce que la neuroscience ne localise plus les pôles émotion-rationalité dans un espace gauche-droite et féminin-masculin… ouf on progresse !
Intéressant par l’écart évident entre les premiers articles qui font l’éloge des vertus de l’émotion et le sacré de Damasio (une décision rationnelle est une décision impossible) et la suite où l’on nous invite à « gérer ses émotions », à « travailler les compétences pour gérer ses émotions» et finalement à tester son «quotient émotionnel ». Résumons ce que dit cette revue : nous sommes des mammifères – donc nous sommes dotés de l’émotion - mais nous possédons aussi les réseaux de neurones dédiés à la raison les plus développés du monde vivant et ces deux ensembles sont en perpétuelle négociation… toutefois la raison doit dominer, gérer, piloter, les émotions.
Le résultat du vote de votre dernier café philo est un peu décevant : on a besoin de l’irrationnel comme du rationnel 50% - 50 %.
Je reste quant à moi convaincu que nous sommes bien (actuellement) le seul animal, non seulement doué de raison mais doté d’une soif inextinguible de raison, une soif de réponses aux « pourquoi » plutôt qu’aux « comment ». Il y a eu d’autres êtres dans le passé qui ont eu ce besoin, à un niveau probablement inférieur au nôtre, mais nous les avons exterminés et bouffés, et nous nous retrouvons seuls représentants de la famille zoologique des Hominidés.
Seuls êtres de raison sur la seule planète vivante connue.
Il y a beaucoup de façon de répondre aux « pourquoi » et les réponses de la science phénoménale ne peuvent pas satisfaire notre demande ; c’est pourquoi il y a place pour d’autres approches rationnelles dans nos sociétés. Étendre le champ des réponses est, selon moi, le grand défi auquel la science est confrontée aujourd’hui. Au lieu de rester silencieuse, et d’exclure, voire de nier l’existence des zones noires qui lui sont inconnues, la communauté scientifique a le devoir urgent d’entrer dans le débat avec la société. Une société dans laquelle une fraction importante des gens fréquentent des lieux de cultes, consultent leur horoscope, paient des voyants, voient la Sainte Vierge et l’entendent parfois, filment des OVNI, constatent sur Internet (et dans la presse non asservie) que leurs élites dirigeantes les trompent effrontément…
L’avantage décisif de la science phénoménale sur les connaissances traditionnelles et les sciences ésotériques c’est peut être qu’elle peut dire « je ne sais pas tout, mais j’ai le ferme espoir d’étendre mon domaine de connaissance aux terres inconnues et j’accepte que d’autres approches rationnelles répondent aux attentes des communautés humaines tant que je suis incapable d’apporter des réponses plus pertinentes ».
Une science modeste qui ne se contente pas du sempiternel : « ça n’existe pas » pour cacher son incapacité, mais aussi une science intransigeante qui ne tolère pas que les faits et les connaissances durement acquises soient méconnus ou contredits par des imposteurs, qui accepte et suscite le cas échéant le combat d’idées. Finalement, un rêve rationnel.
dimanche 28 novembre 2010
Compte rendu du café philo du 26 novembre 2010
Avons-nous besoin d’irrationnel ?
Belle soirée pour ce dernier café philo de l’année 2010 auquel quelque trente cinq personnes ont participé, dont plusieurs nouveaux arrivants. En raison de la place insuffisante dans la boulangerie Piérol, il a été décidé de changer d’endroit à partir du prochain café philo du 28 janvier 2011. Des contacts ont été pris avec Monsieur le Maire de Margency qui s’est dit prêt à mettre un local à disposition, situé 4 bis rue d’Eaubonne dans le beau parc de la mairie. Cette décision sera confirmée prochainement. Nous tenons à remercier Roland, Aurélia et Antony qui, pendant plus d’un an, nous ont régulièrement, gracieusement et aimablement accueillis dans la boulangerie Piérol (dont le pain est le meilleur de la région, osons le dire !).
Le sujet Avons-nous besoin d’irrationnel ? a été introduit par un exposé de Martine qui a évoqué l’œuvre du psychanalyste, psychiatre et anthropologue Gérard Mendel (1930-2004). Le propos de celui-ci, dans son ouvrage « Anthropologie différentielle » est de définir l'immense différence existant entre le petit enfant, « le nourrisson », et l'animal dès la naissance. En effet au tout début, l'humain est entièrement coupé de sa motricité à la différence de l'animal. C'est ainsi que pour lui prévaut le fantasme et non l'Acte. C'est avec l'alternance perpétuelle et très complexe entre le tout plaisir et l'immense angoisse que se construit la psyché. Pour faire face à ce qui est appelé l'Archaïsme, il reste aux humains, au sein de cette alternance, à construire des actes rationnels pour leur permettre la survie. Bien entendu certains actes abominables, commis par l'humanité avec rationalité, le furent sous l'emprise d'un irrationnel très dangereux ; alors que dans l'art, de grandes entreprises réussirent avec une grande part de rationalité et de maitrise au nom d'une immense inspiration . Ainsi Bach construisit la Klavierübung et Einstein la Relativité.
Rationnel vient du latin ratio qui est la traduction du grec logos, la raison. C’est l’aptitude à compter, à mettre de l’ordre. Est rationnel ce qui est fondé sur le raisonnement. Les synonymes d’irrationnel, c’est-à-dire de ce qui ne peut être expliqué par la raison, sont : déraisonnable, délirant, absurde, extravagant, illogique, insensé, inconséquent, écervelé, incohérent. On peut distinguer trois sortes d’irrationnel :
- Ce qui ne peut être expliqué par la raison ; faut-il y inclure la folie, l’occultisme, la religion, etc. ?
- Ce qui est étranger à la raison : les sentiments, les pulsions, l’imaginaire, etc.
- Ce qui est au-delà de la raison : existe-t-il des réalités inaccessibles à notre raison ? Le beau, l’art, Dieu ? Pour Jean-Paul Sartre (1905-1980), l’existence dépasse la raison. Friedrich Hegel (1770-1831) s’est demandé si les catégories humaines permettent de rendre compte d’un Dieu.
L’irrationnel et le rationnel soulèvent de nombreuses questions : La raison est-elle immuable ? A-t-elle des limites ? Rend-elle compte de tout ? D’où vient l’irrationnel ? A-t-il une raison d’être ? Le réel est-il rationnel ? Existe-t-il une raison universelle ? Notre raison est-elle condamnée à répondre à toutes les questions ?
On avance parfois que les superstitions et les croyances religieuses sont des réponses à l’angoisse, notamment face à la mort. En fait elles constituent des tentatives de rationalisation de phénomènes dont le sens nous échappe. Le rejet des croyances par les rationalistes purs et durs représente également une forme de réponse à cette angoisse. La science malgré tout ne calme pas toutes les angoisses ; elle ouvre toujours sur de nouveaux horizons d’interrogations. Les croyances, quoique fondées sur de l’irrationnel, sont génératrices de systèmes très rationnels : cela va des religions aux systèmes financiers. Elles engendrent des organisations et des identités sociales.
L’irrationnel siège aussi dans l’inconscient et le refoulé de chacun. Il est constitué à la fois de l’expérience individuelle, de celle des familles (psychogénéalogie) et de la société dans son ensemble. Cet inconscient peut être un poids, voire une menace, pour l’individu, qui doit parfois en trouver des échappatoires.
La société nous « vend » en permanence de l’irrationnel.
La réalité que nous construisons est d’abord virtualité, qui n’est pas toujours rationnelle. Tout ordre social est une fiction. La chimie est issue de l’alchimie, l’astronomie de l’astrologie.
Les systèmes sociaux, tout comme les mathématiques, fonctionnent rationnellement sur des postulats non démontrables. Ils fonctionnent rationnellement tant qu’ils sont ouverts sur l’extérieur, tant qu’ils ne rendent pas service qu'à eux-mêmes. La tendance naturelle est que bien des systèmes politiques, financiers, administratifs, universitaires, religieux, dogmatiques, etc. dérivent et finissent par s’enfermer dans leur propre rationalité interne. Ceci mène au mieux à la simple manifestation de la bêtise ou à des coûts économiques et sociaux énormes, mais aussi à des crimes contre l’humanité.Certaines rationalités deviennent meurtrières et conduisent à des catastrophes.
Le cerveau, la créativité et le monde fonctionnent dans une subtile alchimie de rationnel et d’irrationnel. L’irrationnel, a dit Philippe, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Le rêve et les mythes nous habitent et nous construisent aussi. A travers le langage, l’homme est capable de pousser toujours plus loin les limites du rationnel. L’irrationnel permet de donner un sens au monde, tandis que le rationnel dit plutôt comment il fonctionne. La science peut procurer du plaisir esthétique. Le mathématicien Leonhard Euler (1707-1783) disait que sa belle formule eiπ=-1 est la preuve que Dieu existe.
En définitive, ce que nous appelons communément irrationalité relève de rationalités différentes. La raison n’est pas unique. Les systèmes sociaux ou mentaux individuels ont besoin ou imposent des logiques de fonctionnement différentes selon le sujet traité, le niveau d’organisation, l’environnement, l’époque, le lieu. Le cerveau humain est conçu pour traiter différentes formes de rationalités. Pour le meilleur et pour le pire.
«La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent ; elle n'est que faible, si elle ne va jusqu'à connaître cela. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ? » Pascal, Pensées (1669).
Joyeux Noël et bon Père Noël à tous!
samedi 20 novembre 2010
mercredi 3 novembre 2010
Café philo du vendredi 26 novembre 2010
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