jeudi 27 septembre 2012
Seniors parisiens sur le Chemin du philosophe
Ce jeudi 27 septembre 2012, une trentaine de visiteurs parisiens ont participé à la sortie sur le Chemin du philosophe en forêt domaniale de Montmorency (Val d'Oise). Il s'agissait de la septième sortie sur notre Chemin organisée par la Mairie de Paris. Catherine Delaunay, Denise Abehassera et Pierre Haller ont guidé le groupe sur les pas de Jean-Jacques Rousseau à travers les citations de son œuvre, citations qui font l'objet de la nouvelle série de panneaux installés en 2012, année du tricentenaire de la naissance de celui-ci.
mercredi 26 septembre 2012
mardi 25 septembre 2012
Compte rendu du café philo du 24 septembre 2012 à Bessancourt
“Avons-nous besoin de racines ?“
Treize personnes ont participé à
ce café philo du 24 septembre 2012 dans la médiathèque municipale sur le thème « Avons-nous
besoins de racines » animé par Catherine Delaunay et Pierre Haller à la
demande de la mairie de Bessancourt.
Le
rapport au temps et à la mémoire a changé au cours de l’histoire. Dans le passé
les hommes étaient tournés plutôt vers leur propre passé. C’est surtout au 19è
siècle que l’intérêt pour le futur et le progrès devint prédominant. Aujourd’hui
le scepticisme envers le progrès et l’inquiétude quant au futur incitent au
retour vers les valeurs traditionnelles. Cette tendance concerne les individus tout
comme certaines collectivités qui parfois inventent de nouvelles sortes de
racines. Les héritages du passé sont omniprésents dans nos vies quotidiennes :
habitudes, habits, croyances, frontières, appartenances, etc. L'historien Fernand Braudel dit « nous sommes tous des néolithiques »
dans la mesure où c’est au néolithique que les sociétés humaines sont passées
du nomadisme à la sédentarité. Ce mouvement se poursuit aujourd’hui par l’urbanisation
et l’exode rural.
L’histoire
permet aux hommes de se comprendre, de former des sociétés et d’envisager un
avenir commun. Inversement il est dangereux de s’enfermer dans les racines
lorsque celles-ci font perdurer les haines entre les personnes ou les groupes. La
rumination des mauvais souvenirs est préjudiciable au bonheur des personnes.
Les métaphores
Le monde végétal
Parler
de racine pour les humains est une métaphore du monde végétal. Les racines
d’une plante constituent sa part souterraine d’un volume équivalent de sa
partie aérienne. La masse globale de masse vivante végétale et animale
souterraine est équivalente à la masse aérienne. Une grande partie des cycles organiques
et minéraux se déroulent sous la surface terrestre. Les racines fixent le
végétal dans un territoire où s’établissent des colonies de la même espèce. Les
racines puisent dans le sol et transportent les éléments nutritifs dans la
plante. Le sous-sol est le lieu d’un éco-système complexe d’interaction entre
le minéral, le végétal et l’animal. Il constitue un maillon essentiel des
grands cycles de l’eau, du carbone, de l’azote. C’est là que se décompose et se
recompose une grande partie de la matière vivante. Une autre partie des besoins
nutritifs nécessaire au métabolisme des plantes est fournie par l’atmosphère et
la lumière solaire.
Le monde animal
Le
monde animal se caractérise par la possibilité de s’affranchir de la fixité des
racines et de faciliter la quête de nourriture par la possibilité de se
déplacer. La plupart des espèces animales gardent des racines virtuelles dans
des territoires où ils trouvent nourriture et partenaires pour la reproduction.
Les migrations aller-retour vers des lieux de reproduction et de nourriture
plus abondante concernent plusieurs espèces d’oiseaux, de poissons et de
mammifères. Des migrations sans retour ont permis l’exploration de nouveaux
territoires la dissémination sur toute la planète des espèces végétales et
animales tout au long de l’histoire.
Le monde humain
Ces
processus d’enracinement et de dispersion géographique des espèces vivantes à
différentes échelles de temps ont accompagné l’évolution de la culture des
sociétés humaines.
Le
sous-sol est aussi lieu où se jouent les jeux de la mémoire et de l’oubli. Les
fossiles nous racontent l’histoire de la vie sur trois milliards d’années. Les
vestiges des civilisations passées sont conservés pendant des millénaires sous
terre. Mais le sous-sol, lieu de culte dans les cimetières, sert aussi au
travail puis à l’effacement de la mémoire qui est nécessaire à la marche du
monde.
Le mythe de Déméter
Quand
Hadès, souverain dans le monde souterrain des morts, enleva Perséphone pour en
faire son épouse, Déméter,
(Cérès) la mère de Perséphone et déesse des récoltes, pleura, partit à sa
recherche et négligea les récoltes sur Terre. Se rendant compte qu'une famine
menaçait les mortels, Zeus se décida à envoyer Hermès au royaume d'Hadès pour
lui demander de rendre Perséphone à sa mère. Zeus accepta que Perséphone passe
les six mois cultivables sur la Terre avec sa mère et les six mois du reste de
l'année avec son époux. C'est de ce mythe qu'est né le cycle des saisons dans
la mythologie grecque. Il pourrait aussi illustrer les cycles de décomposition
et de recomposition de la vie mais aussi ceux de la mémoire.
Selon
l’Evangile de Saint-Jean (Jn 12:24) : « En
vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt
pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits. »
Les racines individuelles
Les
racines individuelles humaines sont liées à celles d’une ou plusieurs
collectivités d’appartenance. Elles sont familiales, claniques, sociales,
nationales, raciales, religieuses. Le libre arbitre permet en principe à chaque
individu d’adhérer ou non et de se nourrir de chacun de ces types de racines.
Celles-ci sont plus ou moins structurantes, prégnantes, contraignantes,
sécurisantes ou aliénantes. Le libre-arbitre ne permet pas toujours de s’en
distancier. Ces racines sont structurantes pour la personnalité individuelle.
Elles créent du sens, donnent des repères et des valeurs, permettent la
solidarité. Les racines religieuses, en général dominantes sur un territoire
donné, confèrent un sentiment d’appartenance fort à une identité collective et proposent
(ou imposent) une transcendance à l’aventure terrestre. L’individu coupé de
toutes racines, si tant est qu’il existe, est coupé également des liens avec
autrui et risque de sombrer dans un narcissisme délétère.
La psychogénalogie
La
psychogénéalogie est une théorie développée dans les années 1970 par le Pr Anne
Ancelin Schützenberger (Université de Nice) selon laquelle les événements,
traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d'un sujet
conditionneraient ses troubles psychologiques, ses maladies, et ses
comportements étranges ou inexplicables.
Les racines collectives
Elles
sont également familiales, claniques, sociales, nationales, raciales,
religieuses mais aussi civilisationnelles. Elles se sont construites et
adaptées au cours de longs processus historiques. Elles intègrent les épopées
et les tragédies de l’histoire au sein d’un conscient et d’un inconscient
collectifs. Elles puisent également leur substance dans les mythes et dans les
utopies. La narration de l’histoire est enjolivée ou enlaidie selon les besoins
de la cohésion sociale.
Les mèmes
Un mème
(de l'anglais meme; calqué sur gène, sans rapport et à ne pas confondre avec le
français même) est un élément culturel, par exemple un concept, une habitude,
une information, un phénomène, une attitude, etc., répliqué et transmis par
l'imitation du comportement d'un individu par d'autres individus. Le mème est
un élément d'une civilisation pouvant être considéré comme transmis par des
moyens non génétiques, en particulier par l'imitation.
Le
terme de mème a été proposé pour la première fois par Richard
Dawkins dans Le Gène égoïste (1976).
Les mèmes ont été présentés par Dawkins comme des réplicateurs, comparables à
ce titre aux gènes, mais responsables de l'évolution de certains comportements
animaux et des cultures. Les mèmes sont portés et porteurs de nos racines
culturelles.
Expressions de nos racines
Ces
racines individuelles et collectives s’expriment à travers les religions, les spiritualités,
les cultures, la famille, les cimetières, les nations, les institutions, les monuments,
les traditions, les rites, les fêtes, les légendes, les sciences, les arts, les
lettres, les idées, les identités régionales, les langues, les accents
régionaux, les musiques, les cadres de vie (habitat, meubles anciens,
collections, héritages), etc. Nous
sommes tous plus ou moins enracinés ou déracinés par rapport à ces différents
éléments qui participent à la construction de notre identité.
L’histoire
L’histoire
des individus ou des groupes est en général construite a posteriori sur des
récits comportant des vérités, des demi-vérités, des mensonges, des omissions,
des exagérations. Cette adaptation de l’histoire est souvent nécessaire à la
cohérence des récits ou à l’honneur des individus et des groupes. Elle peut
s’avérer délétère lorsque le mensonge et les silences sont trop criants. « Il ne faut pas tout dire, mais il
faut aussi ne pas ne rien dire du passé », dit le psychanalyste.
Les déracinements
Si
l’on admet que les premiers homos habilis sont apparus il y a deux millions
d’années en Afrique, la diffusion de l’espèce humaine sur le reste de la
planète s’est accompagnée d’une succession incessante d’enracinements et de
déracinements. L’homme est avec son compagnon le chien la seule espèce vivante à
pouvoir planter ses racines aussi bien à l’équateur qu’aux pôles nord ou sud.
Aujourd’hui
l’humanité compte quelque 200 millions de migrants
internationaux en augmentation de 2% par an correspondants la plupart du temps à
autant de déracinements familiaux et culturels volontaires ou forcés. Ce
déracinement culturel causé par ces migrations, qui parfois améliorent la
situation économique et sécuritaire des migrants, a souvent comme conséquences
des souffrances psychologiques importantes s’étendant sur plusieurs
générations. Les problèmes d’intégration des migrants dans les sociétés
d’accueil constituent souvent le fonds de commerce autant des populismes
politiques locaux qui les stigmatisent. Certaines communautés leur proposent,
voire cherchent à leur réimposer, des enracinements qu’ils ont précisément fuis
parce qu’ils les maintenaient dans la misère.
Les diasporas de communautés ethniques ou de peuples à travers le monde représentent probablement 600 millions de personnes.
Dans nos sociétés, encore largement rurales il y a deux générations, l’urbanisation ainsi que le niveau d’éducation et d’information ou les mobilités professionnelles ont bouleversé les racines culturelles des populations.
Dans nos sociétés, encore largement rurales il y a deux générations, l’urbanisation ainsi que le niveau d’éducation et d’information ou les mobilités professionnelles ont bouleversé les racines culturelles des populations.
Dans
les sociétés traditionnelles, les racines sont souvent les chapes de plomb du
contrôle social par les rites, les tabous, les renommées, les qu’en-dira-t-on,
les religions, les superstitions, le sexisme, les vendettas, etc. La libération
de ces chapes a laissé bien des personnes sans nouveaux repères. La société de
consommation et de spectacle ne semble pas répondre durablement aux besoins de
valeurs et de racines des gens. Peu de sociétés échappent aujourd’hui à la
mondialisation et aux lois du marché. « La
Chine traditionnelle s’est maintenue à travers toutes les vicissitudes de son
histoire y compris le communisme. Mais aujourd’hui le Marché en aura
raison. », a-t-on déjà entendu.
L’agriculture
moderne, tout en donnant à manger à la majorité des gens, empoisonne les sols
et le monde racinaire. Est-ce la métaphore du paradoxe de la modernité ?
Les racines du ciel
Les
transmetteurs traditionnels (religion, politique, école) des racines
culturelles semblent avoir toujours un certain retard sur les évolutions
sociétales. Leur conservatisme, leur dogmatisme ou leur académisme jouent
toutefois des rôles essentiels dans la régulation de la stabilité sociale. Le progressisme
mâtiné de conservatisme raisonnable doit permettre l’émergence de nouvelles
racines avec des manières de penser, des spiritualités, des mythes ou des
histoires nationales mieux adaptés aux modes de vie de la modernité.
L’Europe,
qui pendant des siècles a été le théâtre de carnages entre les peuples, propose
depuis plus d’un demi siècle de nouvelles racines basées sur la paix et
l’intelligence. Du moins, on espère que ça va durer.
Comme
l’arbre, il ne s’agit pas seulement d’avoir des racines mais aussi des branches
dans le monde aérien, un regard vers le dépassement de soi. Comme l’arbre, notre
place est entre la terre et le ciel.
Le sens de la beauté est probablement la racine la
plus profonde de la vie.
« A son
disciple Ananda qui lui demandait si l'amitié, l'association, l'intimité avec
le beau n'étaient pas la moitié de la vie sanctifiée, Bouddha répondit : «
Ananda, ne dis pas la moitié de la vie sainte mais bien sa totalité. »
Paroles entendues
- - Il faut lire « Roots » d’Alex Haley.
-
- Quand on veut reconstruire ses racine, le sol est dur.
-
- On recherche ses racines parce que tout va trop vite.
- - L’intérêt pour la généalogie est parfois lié à des questions de
récupération d’héritages.
-
- On peut s’enraciner ailleurs.
-
- Les expatriés ont souvent besoin de se retrouver entre gens du
pays d’origine.
- -
Se libérer de ses racines est une liberté essentielle.
-
- Le cadre social aujourd’hui permet cette liberté. On a la
possibilité de se construire soi-même.
-
- Les racines, ou plutôt les identités, se construisent aujourd’hui chez
les jeunes adultes à partir de leurs expériences de vie (voyages, relations,
études, métiers).
-
- Ce qui se passe aujourd’hui il faut le voir à partir d’aujourd’hui.
- -
Dans le passé la guerre était un état normal.
- -
Le futur est anxiogène. Le passé on peut l’embellir. Il est
sécurisant.
-
- Après avoir vécu dans plusieurs pays étrangers, mes racines sont
multiples. On peut dire non aux racines tout comme on peut ne pas les renier.
-
- Les migrations créent des chocs. On peut se crisper sur les
différences.
-
- Il faut éduquer à la diversité culturelle.
-
- Au Burkina, le griot raconte l’histoire des ancêtres de manière
heureuse. Il a aussi réinventé et conté ma propre histoire de cette manière.
- -
Les différences entre origine,
racine et identité, sont complexes.
-
- Selon Amin Maalouf, les identités s’ajoutent et ne s’opposent pas.
-
- L’endogamie culturelle est source de drames.
- -
Ma mère ne connaissait pas ses origines. Je me sens français.
-
- Le renouvellement des cartes d’identité pour les Français d’origine
étrangère est devenu kafkaïen voire entaché de malveillance administrative.
-
-Il faut pouvoir s’écarter des racines et les juger avec un esprit
critique.
- Trop de racines, c’est paralysant.
- Trop de racines, c’est paralysant.
- -
Les racines préparent l’avenir.
-
- On est homme avant d’être français.
- -
Les racines, ça se dose.
Citations
« La
noblesse aurait subsisté si elle s'était plus occupée des branches que des
racines. » (Napoléon 1er)
«Sans
prise de conscience, sans travail sur soi, nous sommes condamnés à reproduire
ultérieurement nos identifications d'enfant. Parfois à notre insu. » (Chantal
Rialland)
«
Le plus sûr moyen de tromper les hommes et de perpétuer leurs préjugés, c'est
de les tromper dans l'enfance.» (Baron d’Holbach)
« L'humanité
s'installe dans la monoculture ; elle s'apprête à produire la civilisation en
masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. »
« Il
faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes
choisissent leurs croyances indépendamment de leur condition. » (Claude Lévi-Strauss)
«
Chacun, quelle que soit sa vie, devrait faire tout ce qui était en son pouvoir
pour se débarrasser de ses propres fardeaux et malédictions afin de ne pas
avoir à les charger, à l’instant de quitter ce monde, sur le dos de son propre
fils... Nos peines ne s’effacent pas avec nos existences, elles demeurent
vivantes et nos enfants en héritent aussi naturellement que l’on hérite d’un
terrain ou d’une maison lézardée. » (Henri Gougaud)
dimanche 23 septembre 2012
jeudi 20 septembre 2012
mardi 4 septembre 2012
vendredi 10 août 2012
Séniors parisiens sur le Chemin du philosophe
Le mardi 7 août 2012, quarante-sept visiteurs parisiens ont participé à la sortie sur le Chemin du philosophe en forêt domaniale de Montmorency (Val d'Oise). Il s'agissait de la sixième sortie sur notre Chemin organisée par la Mairie de Paris. Annick Gondard et Philippe Hartmann ont guidé le groupe sur les pas de Jean-Jacques Rousseau à travers les citations de son œuvre, citations qui font l'objet de la nouvelle série de panneaux installés en 2012, année du tricentenaire de la naissance de celui-ci.
samedi 30 juin 2012
Compte rendu du café philo du 29 juin 2012
Nous
étions quarante au centre culturel de Bouffémont (Val d’Oise) ce vendredi 29
juin 2012 pour débattre du sujet : « Puis-je décider de mon identité ? Le débat a été préparé et animé par Catherine Delaunay et Pierre
Haller.
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La problématique : Notre identité
nous est-elle donnée à la naissance par nos gènes, par notre famille, par notre
époque, par notre milieu social ? Serions-nous en partie
prédéterminés ? Ou bien sommes nous libres de la construire y compris en
totale opposition avec ce que la nature ou la société ont fait de nous à la
naissance ? Quelles sont les parts du déterminisme et du libre
arbitre ?
En
apparence l’identité semble donnée à la naissance. Pourtant chacun est en quête
de son identité tout au long de sa vie. Certaines personnes décident même de changer d’identité sexuelle. Le débat
autour du « genre », né aux Etats-Unis, concerne les différences non
biologiques (psychologiques, mentales, sociales, économiques, démographiques,
politiques…) distinguant les hommes et les femmes. Le genre désigne le rapport,
dans la société, des identités entre les
personnes de chaque sexe y compris les situations d’ambiguïtés sexuelles.
Complexité de la notion d’identité
« Identité »
vient du latin « idem » qui veut dire même. C’est aussi ce qui ne
change pas. Au 18 è siècle on commence à parler d’identité personnelle,
c’est-à-dire du caractère permanent de l’individu.
Au
sens philosophique, l’identité représente la personnalité dans son unicité, sa
singularité, son originalité. L’être véritable émane d’une essence. « Deviens
ce que tu es » (Nietzsche). Le paradoxe est que l’identité s’inscrit aussi
dans la temporalité de l’histoire de chacun. Par ailleurs, l’identité comporte
des parts conscientes et inconscientes. Avec la psychanalyse, on n’a jamais
fini d’examiner son inconscient. Il est donc difficile de connaître l’identité
et de la définir sans la figer.
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L’identité d’une personne est la
résultante de multiples caractéristiques entrainant une infinité de
combinaisons possibles. Celles-ci font qu’il n’existe pas deux personnes
identiques.
Ces
caractéristiques de chacun sont déterminées par son patrimoine génétique, les
hasards de la vie, son histoire, son environnement culturel, social, familial,
son éducation, sa santé, et un peu par son libre-arbitre et par sa volonté
propre. L’homme a en principe la capacité de s’auto-corriger. Pouvoir vouloir
ou vouloir vouloir changer son identité ou son destin n’est pas toujours possible.
On
ne parlera pas du signe astral, du Karma ou d’autres explications ésotériques et
religieuses qui proposent des explications des identités et destins individuels.
L’universalité du concept d’Identité
L’Identité
s’inscrit dans un processus générique du cosmos. Le sens de l’Identité est immanent au Réel. L’identité des choses
et des êtres émerge de la combinaison d’atomes, de molécules et de cellules et
de leurs interactions avec leurs environnements. Les cellules souches
embryonnaires sont indifférenciées et acquièrent leurs spécificités au cours de
leurs multiplications au sein d’un organisme. L’identité des choses nait, se développe et se décompose dans des
cycles immuables. Ces cycles régissent la matière à toutes les échelles de
temps et de tailles, de l’atome à l’univers. Pour les Hindouistes, Vishnou est
le dieu qui construit et qui détruit. L’identité des choses et des êtres leur
permet d’interagir, d’exister un certain laps de temps et de participer à
l’évolution du cosmos.
Pour le Bouddhisme ou l’hindouisme, le
moi et l’identité sont des illusions sans substance qui se réduisent à des
mots. L’identité des choses et des personnes est peut-être plus vaste que ce
que nous en percevons. Les mots aussi possèdent une identité qui naît et qui
s’évanouit. L’impermanence est le sort de toute identité.
Construction des identités
Pour
Arthur Rimbaud : « Je est un autre ».
Un autre moi-même ou un autre que moi ?
L'identité
repose non seulement sur des critères objectifs, mais aussi sur un arrière-fond
de sensations et d’interprétations. Le choix des mots sert à définir une
identité.
La culture façonne la psyché des individus.
« Ce qui m'attachait au judaïsme n'était
pas la foi... mais... la claire conscience d'une identité intérieure, le
sentiment intime d'une même construction psychique. » Sigmund Freud. Les
religions ne fonctionnent pas seulement sur la foi mais aussi sur des identités
psychiques qui se construisent de générations en générations.
L’identité
personnelle a une probabilité d’être fortement différente selon le pays de
naissance riche ou pauvre, selon la capacité de lire et d’écrire, selon les aléas de la vie.
L’homme est ce qu’il fait, mais n’est-il que cela ?
Notre identité dépend de celui qui nous la
donne : l’Etat (état civil, fisc, police), la religion, le milieu
professionnel, les assurances, les banques, les publicistes, facebook,
l’e-commerce, les sociologues, les amis,
le public, la famille, nous-mêmes. Chacune de ces instances sélectionne ses
critères propres pour définir l’identité d’une personne. Chacune a une vision
partielle de la personne.
L’identité institutionnelle
La
plupart des institutions, dans l’exercice de leur pouvoir ont tendance à
réduire la complexité des identités des personnes à des critères simples voire
uniques : numéro, sexe, profession, compte en banque, religion, etc. Le
goût pour la réduction à une étiquette ou pour la dépersonnalisation de l’autre
pour des motifs soi-disant nécessaires est une tendance, voire une perversion,
assez répandue de la nature humaine. L’imposition de l’uniforme, les défilés
militaires, la numérotation des assujettis aux services, les segmentations des
populations par le marketing, la notation des élèves ou des collaborateurs,
jusqu’au tatouage des prisonniers, flattent bien des zones troubles des personnalités
investies d’un pouvoir. Les technologies de l’information (moteurs de
recherche, croisement de fichiers) facilitent le traçage et la réduction des
identités individuelles et collectives et constituent probablement une grande
menace pour l’humanité et l’humanisation. La
barbarie est au fond la projection sur la personne humaine d’une identité
réductrice à l’extrême. L’identité réductrice légitime le racisme, les
guerres, les génocides, le bombardement des villes.
Identité et psychanalyse
Chaque personne a des zones d’ombres . Certaines sont conscientes et elles relèvent de son intimité. D’autres sont inconscientes et néanmoins déterminantes pour les comportements individuels et collectifs également. Gustav Jung a traité de cette question. Il parle d’archétypes et d’inconscient collectif : « Nous ne résoudrons pas le fond de la névrose et de la psychose sans la mythologie et l'histoire des civilisations »
Représentation conique de la structure de la psyché selon la psychologie analytique de
Jung :
1. le Moi ;
2. le conscient ;
3. l'inconscient personnel ;
4. l'inconscient collectif ;
5. la partie de l’inconscient collectif qui ne peut être connue, dite « inconscient archaïque »69.
1. le Moi ;
2. le conscient ;
3. l'inconscient personnel ;
4. l'inconscient collectif ;
5. la partie de l’inconscient collectif qui ne peut être connue, dite « inconscient archaïque »69.
Carl
G. Jung considère toutefois qu’il ne
faut pas attribuer à l'inconscient la psychologie du conscient.
« Il ne faut pas attribuer à tort à
l'inconscient une psychologie du conscient. L'inconscient possède une mentalité
instinctive; il ne connaît pas de fonctions différenciées; il ne pense pas
ainsi que nous entendons l'action de penser ».
Identité et neurosciences
Certaines
lésions neuronales ou troubles psychiatriques conduisent à des altérations de
l’identité La psychopathologie cognitive
se référant aux neurosciences s’intéresse aux relations de la mémoire, des émotions
et de l’identité. Les neurosciences tentent de décrypter les supports biologiques
de la conscience de soi.
La psychogénéalogie est une théorie
développée dans les années 1970 par le Pr Anne
Ancelin Schützenberger (Université de Nice) selon laquelle les événements,
traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d'une personne conditionneraient
son identité, ses troubles psychologiques, ses maladies, et ses comportements
étranges ou inexplicables.
Les
guerres, les génocides, l’esclavage, le colonialisme, tout comme les drames
familiaux laissent des traces sur plusieurs générations.
Le conditionnement statistique de notre
identité
Toutes
les sociétés comportent un spectre de personnalités de dominants et de dominés,
de prédateurs et d’altruistes, de respectueux de l’ordre et de délinquants, d’intelligents
et d’imbéciles, de gens en bonne santé et de malades. La sociométrie tente de
classer les populations en grandes catégories dans lesquelles chacun peut
éventuellement se retrouver. Ces catégories identitaires varient lentement dans
le temps et l’espace. Le libre arbitre de l’individu est limité à l’intérieur
de ces catégories. La dynamique sociale fonctionne selon ces catégories. Chacun
se positionne dans ces catégories en fonction
de son conditionnement génétique, social ou culturel en se plaçant dans une
de ces catégories. Le libre-arbitre devrait en principe permettre de choisir sa
catégorie. Notre identité est aussi une question de statistiques qui montrent
que les facteurs sont incitatifs mais non déterminants. Dans notre modernité,
le chic consiste à se classer dans la catégorie des inclassables.
Avoir ou être une identité
Les
objets, les vêtements, les lieux d’habitation, les réseaux sociaux participent
à l’identité de l’individu. La publicité, qui veut vendre des objets ou des services
dont les gens n'ont pas vraiment besoin, les persuade que ceux-ci ajouteront
quelque chose à l’image qu’ils se font d’eux-mêmes ou que les autres se font. Par
le biais de l’objet chacun peut se donner une identité et de l’importance.
L’identité est une histoire narcissique
L’identité
de chacun se confond avec son histoire personnelle. Cette histoire est un récit
vrai ou fantasmé. Le narcissisme est une auto-définition qui constitue une
dérive de la passion pour sa propre histoire. « Parlez-moi de moi, il n’y
a que ça qui m’intéresse. » (Guy Béart). Le narcissisme identitaire enferme l’individu ou les groupes dans leur
auto-image et empêche la quête de la vérité qui se situe toujours dans un
au-delà de soi.
La
douleur ou la victimisation peut être utilisée comme composante de l’identité
pour se faire reconnaître par autrui. Le ressassement de la mémoire exprime une
inquiétude identitaire. La mémoire réassurée dans les commémorations, permet
de ressouder une communauté et de lutter
contre l’oubli de son identité.
Identités partagées
Amin Maalouf, (1949-) dans
Les Identités meurtrières écrit ceci
: «
Grâce à chacune de mes appartenances, prises séparément, j’ai une certaine
parenté avec un grand nombre de mes semblables ». « Qui d’entre nous peut prétendre être français, espagnol,
anglais, etc. à cent pour cent ? La pureté
de sang, cela ne veut rien dire. Avec chaque être humain, j’ai quelques
appartenances communes ; mais aucune personne au monde ne partage toutes mes
appartenances. En tant qu’individu, je suis tout à fait unique le seul de mon
espèce ; mais en tant qu’homme, je partage mes caractéristiques avec des
milliers, des millions, des milliards d’êtres humains. »
Les identités meurtrières
Dans les périodes de tensions sociales,
de crise économique la différence se transforme en inimitié, l’inimitié en
aversion et l’aversion dégénère en terrorisme ou en guerre civile. L’autre devient le bouc émissaire, le
responsable des difficultés économiques, des calamités naturelles et l’ennemi.
Les sociétés ont besoin d’une anti-identité sous forme d’un axe du mal ou d’un
grand Satan pour fonder leur propre identité. La vertu a besoin du vice pour
s’en différencier.
Le droit à l’identité
Il
n'est nullement coupable de revendiquer une manière de vivre et de penser
différente de toutes les autres, ou d'éprouver peu d'attirance vers certains
genres de vie, respectables en eux-mêmes. Cette incommunicabilité relative
n'autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on ne fait pas
siennes.
La tolérance permet à l’ego de préserver
son identité. C’est aussi une façon de l’obliger à relativiser ses vues
très arrêtées, en l’invitant à admettre qu’un point de vue différent du sien
est parfaitement possible. Et qu’il est aussi légitime qu’il puisse s’exprimer.
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Poème d’Arlette Coutin
Celle
que je donne je ne peux m'y dérober
Celle
que je montre est celle que je veux donner
Celle
que je construis est celle de vérité
Car
l'homme même dans l'adversité peut choisir
Son
esprit et son cœur le font réfléchir
Il a
besoin des autres pour se reconnaître
Et
trouver en lui l'essence de son être
C'est
ainsi que chaque être humain est unique
Sa
personnalité dépasse son physique
Il
choisira ainsi son identité
En
montant les marches de son propre escalier
Citations
«
Cela va vraiment mal lorsque vous commencez à ressembler à votre photo
d'identité. » Anonyme
« Le
moi de l'homme n'est pas réductible à son identité vécue. »
Jacques
Lacan
«
Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres. »
Hannah
Arendt
«
Les frontières du moi doivent être durcies avant d'être assouplies. Une
identité doit être établie avant d'être transcendée. »
Scott
Peck
«
L'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se
transforme tout au long de l'existence. »
Amin
Maalouf
« La
France se nomme diversité. »
Fernand
Braudel
« Le
meilleur moyen de perdre sa liberté de penser et d'être, c'est d'avoir une
image à défendre coûte que coûte, une image qu'on a chargée d'être notre
identité. »
Alain
Amselek
« Nos
peurs nous paralysent et nous handicapent énormément. Elles doivent être
éliminées afin de nous redonner notre vraie identité. »
« Notre
besoin inné de se comparer aux autres nous éloigne trop souvent de notre vraie
identité. »
Daniel
Desbiens
« L'identité
sera convulsive ou ne sera pas. »
Max Ernst
Propos entendus
L’identité
et la différenciation sont liées à la vie en collectivité.
L’identité
revêt un aspect juridique.
On
change d’identité parce qu’on n’est pas satisfait de la sienne.
On
peut changer d’identité par amour.
Vivant
plus longtemps que nos ancêtres, nous sommes davantage sujets au changement
d’identité.
Nous
partageons une identité commune à toute l’humanité.
L’identité
est physique et psychologique, individuelle et collective, opératoire et
profonde.
Il
existe une identité profonde qu’on ne peut changer.
La
psychanalyse cherche à atteindre l’identité profonde.
Il y
a une identité rêvée.
On
peut jouer mais est-on encore dans l’authenticité ?
L’être
existentiel est différent de l’être essentiel.
L’être
essentiel est le départ du chemin de formation de l’identité.
On
est ce qu’on est à chaque instant. L’être essentiel est une quête sans fin. Je cherche
un art de vivre et une sagesse.
Le
comédien sur scène change-t-il d’identité ?
L’identité
est révélée par l’action. Mais il y a une part irréductible.
Les
grands changements d’identité sont la conversion religieuse, une nouvelle
nationalité ou l’adoption pour un enfant.
Etre
dans l’illégalité sans papiers est une situation traumatisante.
L’identité
a besoin d’intimité.
Il
n’est peut-être pas souhaitable de maîtriser entièrement son identité.
Le
changement de sexe va au-delà du changement d’apparence.
La
résurgence de la revendication identitaire religieuse peut s’avérer
totalitaire.
On
peut se mentir à soi-même.
Les
humains se sécurisent dans l’entre soi.
Nous
avons besoin d’exister dans le regard des autres.
Le
tatouage répond au besoin d’identité.
La
maladie peut transformer l’identité d’une personne, en bien comme en mal.
L’épreuve
peut révéler la vraie identité.
On
cache sa personnalité derrière son identité sociale.
L’identité
personnelle doit résister à l’identité
sociale.
Nous
avons tous progressivement une identité numérique.
Nous
ne sommes pas que notre génome.
L’identité
est un sujet inépuisable.
Le
passeport européen ne suffit pas pour se sentir européen. L’identité ce n’est
pas seulement une étiquette.
Nos
identités sont soit données, soit choisies.
Il
est des identités honorables ou honteuses de quitter ou d’acquérir.
On
ne choisit pas ses aptitudes.
L’identité
sociale s’attarde sur le visuel. La découverte de la vraie identité demande du
temps.
La femmes
change d’identité quand elle se marie, divorce ou devient veuve.
En
Chine, qui impose l’enfant unique, une multitude de puinés ne sont pas déclarés
et donc n’ont pas d’existence officielle.
Mon
identité m’est donnée par Dieu.
Il
faut chercher à être le plus vrai possible, être en adéquation avec soi-même.
Deviens ce que tu es.
Dans
le Bouddhisme, l’identité est comme un fleuve changeant.
L’identité
s’acquiert par les autres. Elle nous protège.
Il
faut être Stoïcien et ne pas s’occuper de l’opinion des autres.
L’identité
se construit à notre insu.
Les
animaux domestiques ressemblent à leur maître.
L’identité
essentielle c’est comme les racines d’un arbre, l’existentielle, comme le
feuillage.
Le
rôle sert d’identité.
Chassez
le naturel, il revient au galop.
L’identité
c’est complexe, flou et changeant.
Je
suis aussi ce que je ne suis pas.
« On
n’ose plus paraître ce que l’on est » JJ Rousseau.
L’identité
est une recherche d’harmonie psychologique et morale.
L’identité
fait que la personne est une valeur en soi.
On
est près à la transgression et à la subversion pour affirmer son identité.
On
cherche à imiter et à changer.
La
vie est un changement permanent.
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