dimanche 29 janvier 2012
Compte rendu du café philo du 27 janvier 2012
"L'Amour peut-il être vrai ? "
Une cinquantaine de personnes ont débattu ce thème de « L’amour peut-il être vrai ? » dans le nouveau centre culturel de Bouffémont. Nous remercions la mairie de cette commune de nous accueillir désormais dans ses locaux.
Préambule
Aristophane : « La Nuit aux ailes noires déposa un œuf né du vent, dans le sein du sombre et profond Erèbe. De la Nuit et de Thanatos nait Eros, l’Amour. » (Erèbe personnifie les Ténèbres infernales).
Tout le cosmos et toute organisation structurée de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du simple au complexe, résultent d’équilibres subtils et transitoires d’attractions et de répulsions. Est-ce là une marque profonde de la réalité de l’univers ou une simple métaphore de l'amour ?
Le système cognitif humain, inscrit dans le génome, intègre l’empathie et l’amour en synergie avec la raison « Le cœur a ses raisons que la raison ignore », selon Pascal.
Les formes de l’amour
Les différentes formes indissociables de l’amour, de l’empathie et de l’attirance ont déjà été admises par les anciens Grecs : Éros (l'amour physique), Agapè (l'amour spirituel), Storgê (l'amour familial, la tendresse) et Philia (amitié; lien social). On peut aussi évoquer le penchant ou l’amour des choses (l'argent, le luxe, les vêtements, la nourriture, les drogues), des plaisirs de l’esprit, (la poésie, la musique, les mathématiques), des concepts (la vérité, le bien, la vertu, Dieu), les pratiques (le pouvoir, métier, sport).
Eros est évoqué dans le Banquet de Platon comme l’amour passionnel, fougueux et égoïste. Il fonctionne dans le manque et la possession. Toutefois l’amour charnel d’un beau corps peut s’élever vers un amour plus spiritualisé de la beauté en soi.
Philia est développé par Aristote dans L’Ethique à Nicomaque. C’est la confiance, l’amitié, c’est se réjouir de l’existence de l’autre.
L’Agapè a été repris par le christianisme. C’est l’amour désintéressé qui s’adresse au prochain, y compris l’ennemi. «Aimer, c’est vouloir du bien à quelqu’un», selon Saint -Thomas-d’Aquin.
Les épreuves subies en commun tantôt divisent définitivement les êtres tantôt créent des liens indestructibles : compagnons d’armes, compagnons de captivité, victimes collectives, compagnons de cordée, drames familiaux, drames professionnels, etc.
Les pratiques de l’amour s’appuient sur des idéaux plus ou moins utopiques, de normes sociales ou religieuses structurantes, des variances dans ces pratiques ; elles connaissent des déviances allant de l’instrumentalisation à la violence voire au crime. Chacune de ces formes d’amour porte en elle le meilleur et le pire. Tout amour peut être égoïsme ou vice déguisé.
Les comportements et pratiques faisant intervenir l’amour sont la résultante de pulsions, d’éthique, de codes, de cultures individuelles et collectives.
Les hormones
Il convient d’évoquer le rôle de l’alchimie hormonale dans le cerveau, notamment de l’Ocytocine, la « molécule de l’amour ». Celle-ci intervient dans une vaste gamme de situations : la reproduction, l’attachement mère-enfant, l’attachement entre l’individu et le groupe social, l’attachement adulte-adulte, notamment conjugal et sexuel.
Ocytocine, la molécule de l’amour C43 H66 N12 O12 S2
Selon Richard Dawkins, l’amour est une stratégie de prolifération du « gène égoïste ».
Selon Desmond Morris, c’est grâce à la sexualité humaine, active tout au long de l’année contrairement aux autres animaux, qu’ont pu émerger les structures familiales permettant l’éducation longue des enfants et la transmission d’une culture.
« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison .» (Freud)
L’amour peut-il être vrai ?
Le philosophe peut se demander pourquoi l’amour tient une si grande place dans la vie des personnes et dans la littérature mondiale. Dans cette littérature, l’amour est la plupart du temps associé à la souffrance et à la mort (Tristan et Yseult, Phèdre, Roméo et Juliette, Madame Bovary). Sartre et Schopenhauer ont ironisé sur l’amour et le déguisement du désir sexuel ou du narcissisme qu’il représente.
L’amour et la vérité relèvent de registres différents. L’amour peut s’opposer à la sincérité. Des couples se séparent au nom de la vérité et de la sincérité avec soi-même. La fidélité et la sincérité peuvent s’opposer. L’amour qui doit se soumettre à des règles et critères extérieurs est-il encore de l’amour ou bien cette soumission est-elle en fait le vrai amour ?
L’amour vrai selon certains auteurs
Kierkegaard : l’amour humain est capable de se diviniser en passant du stade esthétique (séduction), puis à l’éthique (fidélité, mariage), enfin au religieux (amour de Dieu).
Pascal : Amour de bienveillance. Aimer l’autre pour lui-même. « Le moi est haïssable. »
Simone Weil : L’amour refuse d’être captatif, il s’efface, renonce à être tout, se dépouille de toute exigence.
Alain Badiou : L’amour est l’occasion de découvrir la vraie altérité de l’autre, il pousse à l’universel. Il y a « un deux ». « En ce sens, tout amour qui accepte l'épreuve, qui accepte la durée, qui accepte justement cette expérience du monde du point de vue de la différence produit à sa manière une vérité nouvelle sur la différence. »
Jacques Lacan : L’amour vient suppléer au manque de rapport sexuel. L’amour implique la totalité de l’être tandis que la sexualité se concentre sur les zones érogènes. L’amour va au-delà du narcissisme.
Les contrefaçons de l’amour
- L’amour romantique fusionnel.
- L’amour juridique, mariage par intérêt économique ou clanique.
- L’amour sécurité contre les aléas de la vie, contre la solitude.
- L’amour de soumission, de domination plus ou moins consentie.
- L’amour narcissique, habillage du désir sexuel, parfois pervers.
- L’amour instrumentalisé pour mieux tyranniser.
Citations
Saint-Thomas-d’Aquin : « Aimer, c’est vouloir le bien de quelqu’un.»
Alain : « Aimer, c’est vouloir aimer. »
Nietzsche : « Beaucoup de brèves folies, c’est là ce que vous appelez l’amour. Et votre mariage met fin à beaucoup de brèves folies par une longue sottise. »
« Ce qui est fait par amour s’accomplit toujours par delà le bien et le mal. »
Jankélévitch : «Vaut-il mieux rester fidèle sans sincérité ou demeurer sincère sans fidélité ? »
Sibony : « N’être pas fiable, jusqu’à un certain point, c’est engendrer le chaos ; mais être totalement fiable, c’est aussi le chaos : pouvoir à tout moment se reposer sur quelqu’un, de façon absolue, c’est fausser le jeu. Si l’autre est totalement fiable, c’est vous qui n’existez plus, ou alors c’est lui qui triche en faisant croire qu’il est vivant, alors qu’en lui quelque chose s’est figé. »
Saint-Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. »
Badiou : «En ce sens, tout amour qui accepte l'épreuve, qui accepte la durée, qui accepte justement cette expérience du monde du point de vue de la différence produit à sa manière une vérité nouvelle sur la différence. »
« Tout amour propose une nouvelle expérience de vérité sur ce qu’est d’être deux et non pas un. »
« Un amour véritable est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l'espace, le monde et le temps lui propose »
Rimbaud : « L’amour est à réinventer, on le sait. »
Comte-Sponville : « L’amour vrai, c’est celui qui aime la vérité de l’autre. »
Rousseau : «Et de quel droit prétendez-vous être aimée aujourd'hui parce que vous l'étiez hier ? Gardez donc le même visage, le même âge, la même humeur, soyez toujours la même, et l'on vous aimera toujours, si l'on peut. Mais changer sans cesse, et vouloir toujours qu'on vous aime, c'est vouloir qu'à chaque instant on cesse de vous aimer ; ce n'est pas chercher des cœurs constants, c'est en chercher d'aussi changeants que vous. »
Khalil Gibran : « Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours. Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours. Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu. Mais laissez l'espace entrer au sein de votre union. Et que les vents du ciel dansent entre vous. Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne. Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes. Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même coupe. Donnez à l'autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche. Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul. De même que les cordes du luth sont seules pendant qu'elles vibrent de la même harmonie. Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l'un de l'autre. Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs. Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus : Car les piliers du temple se tiennent à distance, Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre. »
Propos entendus
- L’amitié de Montaigne pour Étienne de la Boétie: « Parce que c’était lui, parce que c’était moi… »
- Un ami, c’est une personne qu’on connaît bien mais qu’on aime quand même.
- L’expression de l’amour est individuelle.
- L’amour n’est pas durable.
- La haine est plus vraie que l’amour.
- Il faut d’abord s’aimer soi-même et avoir été aimé avant d’aimer.
- On existe par l’amour de l’autre.
- L’amour a deux composantes : physique et spirituelle.
- Pour durer, l’amour doit se transcender.
- L’amour contrarié est le plus intéressant.
- Quelquefois les couples devraient se séparer dans l’intérêt des enfants.
- Le divorce est signe de loyauté.
- L’amour, ça s’apprend.
- L’amour, ça se gère.
- Mais quand on aime on ne compte pas.
- L’amour, c’est flou, la haine, c’est net.
- Le pardon est essentiel.
- Le don est l’essence de l’amour.
- Axel Honneth : « Nous aimons l’amour plus que la personne ».
- L’amour doit-il être gratuit ?
- La gratuité est un besoin de reconnaissance.
- Le culte des morts est une forme d’amour gratuite.
- Khalil Gibran : « L'amour est la seule liberté qui soit au monde, car il élève si haut l'esprit que les hommes et les phénomènes de la nature ne peuvent altérer son cours. »
- L’amour dans le couple demande un soin permanent. Il est compliqué. C’est regarder dans la même direction.
- L’amour ne suffit pas, il faut des actes.
- L’amour se définit par son contraire.
- L’amour, c’est le sens de la vie. Il transcende la vie.
- Aimer, c’est exister.
- C’est la grande aventure de notre passage sur terre.
- L’amour vrai est propre à chacun. Il n’est pas universel.
- C’est la conformité à la réalité.
- C’est aller de vérité en vérité.
- Il a besoin de liberté
- Il se décline en objet-sujet-regard.
- Le verbe aimer est difficile à conjuguer : le passé n’est pas simple, le présent est indicatif, le futur est conditionnel.
- L’empathie n’est pas une valeur reconnue dans notre société.
- C’est une gageure de vouloir associer la vérité avec un concept flou.
- L’essentiel est invisible aux yeux.
- L’amour qui fait souffrir peut rester vrai.
- L’amour c’est d’abord physique.
- L’amour vrai inclut la nature dans son ensemble, notamment les animaux.
- Il existe dans le règne animal.
- Comment l’amour pourrait-il ne pas être vrai ?
- Il devrait y avoir plus de mots pour caractériser les multiples formes d’amour, comme pour la neige chez les esquimaux.
- C’est un moyen de connaissance. S’il permet de connaître, alors il est vrai.
- On ne peut donner que ce qu’on a reçu.
- Il faut lire ou relire « Trois amours » de Cronin.
- On peut aimer et être tordu.
- Aucun amour n’est infaillible.
- L’évolution a sélectionné l’amour et l’empathie car la raison pure n’est pas viable.
- L’amour est toujours associé à une matérialité.
- L’amour vrai est-il une invention ou procède-t-il d’une transcendance ?
En guise de conclusion, proposons deux petits films d’une émission sur ARTE avec Raphaël Enthoven et Nicolas Grimaldi s’entretenant superbement sur l’amour, dont voici les liens
Video 1 La philosophie et l’amour Grimaldi-Enthoven
Video 2 La philosophie et l’amour Grimaldi-Enthoven
lundi 16 janvier 2012
dimanche 1 janvier 2012
Bonne Année 2012 !
Bilan du Chemin du Philosophe 2011
Le Chemin du philosophe est un aménagement forestier d’un chemin de méditation et l'association organise des activités dédiées à l’histoire, la nature, l’art et la philosophie.
ACTIVITES DE L’ANNEE 2011
Le projet principal est axé sur l'aménagement d'un Chemin du Philosophe en forêt domaniale de Montmorency, sur 2,5 km, comportant onze stations de réflexion ponctuées par des panneaux comportant des citations et des textes philosophiques.
Notre association, qui existe depuis 2004, a mené en 2011 plusieurs autres activités grâce au bénévolat et au soutien de ses adhérents et de ses sympathisants :
Une opération d’entretien sur le Chemin du philosophe en forêt, notamment traitement de la sculpture Humanité ; 2 ateliers de land art sur le thème de « l’Enracinement » et « Le chemin du destin »; 2 sorties à thème (faune, lumière d’hiver) ; accompagnement d’autres associations et communes sur le Chemin (Art-Nature, Climax, Saint-Leu, Montlignon, randonneurs expatriés de Paris) ; 3 accompagnements d’artistes en vue de nouvelles œuvres d’art-nature ; deux séances de contes pour enfants à Beynes ; fête de l'Assemblée générale en mai à Bois Corbon ; coopérations avec les institutions : Musée JJ. Rousseau, Conseil Général du Val d'Oise, ONF (2 sorties), Comité du Patrimoine de la forêt de Montmorency ; visite du Préfet du Val d’Oise en août sur le Chemin du philosophe en forêt ; réédition de la brochure de 12 pages ; impression de 5000 flyers ; création d’affiches ; tenue à jour du site internet http://pagesperso-orange.fr/cheminphilo et d'un blog http://cheminphilo.blogspot.com ; neuf séances de cafés philo à Margency puis Montlignon réunissant chaque mois de 25 à 40 personnes ; création d’un bulletin d’information « La Feuille du Chemin », 4 pages, 2 numéros en 2011 ; stand au salon du patrimoine de Valmorency à Groslay en novembre ; excursion 50 personnes à Marquenterre et Amiens en septembre.
Nous estimons que près de 500 personnes de la région ont participé à nos activités directement, trois mille ont visité les deux sites internet, et plusieurs milliers de promeneurs ont vu les aménagements en forêt de Montmorency. Un millier de documents ont été distribués. Selon les moteurs de recherche d’Internet plusieurs sites évaluent positivement notre Chemin du philosophe. Nous disposons d’un livre d’or regroupant les éloges...
PROJETS POUR l'ANNEE 2012 :
Poursuite des activités mentionnées ci-dessus. Sont déjà programmés en 2012 :
- contribution au tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) par des panneaux dédiés sur le Chemin du philosophe en forêt
- des cafés philo mensuels tout au long de l'année,
- des ateliers land art
- sorties à thème
- des sorties selon les demandes
- l’AG et la fête annuelle en juin, création d’un spectacle
- des séances de contes
- ateliers philo pour enfants
- la collecte de fonds pour une nouvelle sculpture
- suite du dossier archéologique sur le prieuré du Bois des Saints-Pères
- excursion en juin au familistère de Guise.
mercredi 21 décembre 2011
Entretien du Chemin du philosophe
Cet entretien sur le Chemin du philosophe ne tenait ni de la maïeutique ni de l’herméneutique puisqu’il s’est agi de redresser une pierre de quelque 200 kilos sur la station « L’homme et le cosmos » et de dégager un arbre tombé sur la station « Enracinement ».
D’après les connaisseurs du vandalisme forestier, le renversement de la susdite pierre n’était pas l’œuvre des sangliers, pourtant fort actifs, mais probablement celle de chercheurs de trésors. En effet la configuration en triangle des trois pierres sur la station peut faire penser à un lieu de culte ancien. Que nenni ! Sur le Chemin du philosophe, il n’y a de trésor qu’immatériel, celui de la sagesse.
A cinq centimètres près, le panneau de la station « Enracinement » est sorti indemne de la chute d’un arbre mal enraciné lors de la dernière tempête. Il a juste fallu en dégager l’accès.
Voilà donc le Chemin du philosophe prêt à accueillir les promenades forestières après les agapes des fêtes de fin d’année, que nous souhaitons à tous très heureuses.
dimanche 11 décembre 2011
Lumière d’hiver sur le Chemin du philosophe.
Photo : Guy Bouchard
Le beau temps frais d’hiver a accompagné aujourd’hui dix-sept promeneurs sur le Chemin du philosophe en forêt domaniale de Montmorency pour la célébration de la fête de la lumière d’hiver. La promenade agrémentée de quelques boissons chaudes et de petits gâteaux a duré de 10 h à 12 h 30. Le thème de la lumière a été décliné par de courtes interventions et lectures de textes. Philippe a synthétisé les connaissances scientifiques sur la lumière. Il nous a notamment révélé les mystères de l'arc-en-ciel. Denise a chanté le poème "Pensée des morts" d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) et interprété en son temps par Georges Brassens. Pierre a évoqué le merveilleux réglage du système solaire qui permet à la terre de bénéficier d’un climat propice à la vie. Michèle a adapté un conte d’Isaac Bashevis Singer (1902-1991, prix Nobel de littérature en 1978) autour de la célébration d’Hanoucca dans la tradition judéo-polonaise. Catherine a évoqué les lumières de l’esprit de Platon aux philosophes des Lumières avec la lecture du texte de Kant (1724-1804) « Qu’est-ce que les Lumières ? » : Sapere aude ! Ose penser ! y est-il proclamé. La promenade a été conclue par l’évocation des multiples mythologies sur la lumière, la nuit et le solstice d’hiver qui accompagnent l’humanité depuis la nuit des temps. Ces mythologies, souvent assez ressemblantes, sont des métaphores de réalités transcendantes ; elles ont de tout temps façonné le monde des humains.
Deux textes ont illustré le propos :
Hymne d’Akhnaton au soleil, Egypte, vers -1350 av. J.-C.
« Tu rayonnes de beauté à l'horizon du ciel,
ô vivant soleil qui vécus le premier !
Tu te lèves, oriental,
et tu remplis chaque pays de ta beauté.
Tu es beau, tu es grand,
tu étincelles et tu es au-dessus de toute contrée.
Tes rayons embrasent les terres
et tout ce que tu créas.
Tu es Râ, tu atteins leur extrémité,
Tu les enchaînes de ton amour pour ton fils.
Tu es au loin, tes rayons sont sur terre.
On te vois sans pourtant connaître ta marche »
Hymne orphique à la nuit, Grèce, 6ème siècle av. J.-C.
« Je vais chanter la génératrice des hommes et des dieux, je vais chanter la Nuit.
La nuit est la source de l’univers, et nous l’appelons encore Cypris.
Exauce-nous, ô divinité bienheureuse, d’étoiles toute étincelante, ô noir Soleil,
Que réjouit la paix, et le calme et multiple sommeil,
Ô Bonheur, ô Enchantement, ô Reine des veillées, ô Mère des rêves,
Ô Consolatrice, ô Toi qui donnes le bon repos à toutes les misères,
Ô Endormeuse, Cavalière, Lumière Noire, Amie Universelle,
Ô Inachevée, ô tour à tour de la terre et du ciel,
Ô Arrondie, ô toi qui joues avec les élans ténébreux,
Ô toi qui chasses la lumière de chez les morts et qui t’enfuis à nouveau chez eux.
La terrible Fatalité est de toute chose la maîtresse,
Ô Bienheureuse Nuit, ô Million de Félicités, ô universelle Tendresse,
En écoutant la voix suppliante qui t’implore, ô Indulgente,
Puisses-tu chasser les terreurs qui luisent dans l’ombre et nous apparaître bienveillante. »
C’est tout le bien que nous souhaitons à tous à la veille des fêtes de fin d’année.
vendredi 2 décembre 2011
lundi 28 novembre 2011
Compte rendu du café philo du 25 novembre 2011
Thème : La culture permet-elle d’échapper à la barbarie ?
Trente-six personnes ont participé à ce café philo du 25 novembre 2011 au restaurant Biouti de Montlignon (95). Martine, Georges (lien vers les textes de Georges et de Martine), Catherine et Pierre avaient préparé le sujet qui a donné lieu à un débat très animé. En voici quelques éléments.
Si l’homme était un animal ordinaire, le poids de son cerveau par rapport au poids de son corps serait de l’ordre de 600 grammes au lieu de 1300 grammes. C’est avec ce supplément de 700 grammes qu’il a fabriqué sa culture et sa barbarie, qui semblent constituer les deux faces de sa nature profonde.
La culture
En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c'est-à-dire ce qui est de l'ordre de l'acquis et non de l'inné. Claude Lévi-Strauss considère que la culture est naturelle à l'homme. Tous les hommes en ont une. L’état de nature (état pré-culturel) ne serait que pure fiction. La culture a longtemps été considérée comme un trait caractéristique de l'humanité, qui la distinguait des animaux. Mais des travaux récents en éthologie et en primatologie ont montré l'existence de cultures animales.
En sociologie : la culture est définie comme "ce qui est commun à un groupe d'individus et comme ce qui l’identifie et le soude. Elle évolue dans le temps par des échanges. Elle se constitue en manières distinctes d'être, de penser, d'agir et de communiquer.
Il existerait 150 définitions différentes du mot culture :
Culture générale
Culture d’entreprise,
Culture d’ingénieur,
Religieuse, le sacré, artistique, littéraire, scientifique,
Biens culturels,
Ministère de la culture
Us et coutumes, comportements, savoirs, éthique, paradigmes,
Valeurs, normes, artefacts,
Institutions politiques, sociales, économiques
Culture individuelle ou collective
Cuisine, habitat, vêtements, monuments
Rites sociaux et religieux
Langage, etc.
Les modes de transmission des cultures : oralité, architecture, œuvres d’art, écriture, médias, Internet.
Les modes de transformation des cultures : rencontre des cultures, migrations, guerres, mariages, traductions, erreurs de traduction.
Tout comme il y a une évolution biologique, certains éthologues, ainsi que plusieurs généticiens, estiment qu’il y a une évolution culturelle, et que cette évolution se fait par mutation, puis est transmise par des "gènes" de la culture, appelés mèmes, (Richard Dawkin) qui subissent une pression sociale et environnementale, aboutissant à leur disparition ou au contraire à leur expansion en fonction de leur plasticité.
La culture contemporaine
Historiquement, ce fut la création des comités d'entreprise qui permit aux employés de bénéficier d’activités culturelles proches de leur lieu de travail (prêt de livres, de disques…).
Plus récemment, les activités de mécénat se sont multipliées, afin de renforcer l’image des entreprises : par exemple le sport (voile, tennis, football, cyclisme…), pour donner une image d’esprit d'équipe. Le mécénat tend à s’ouvrir aujourd’hui à des activités plus artistiques. Ainsi une entreprise du secteur pétrolier peut trouver des intérêts à participer à des expositions en relation avec la culture arabo-musulmane par exemple.
Les autres institutions : Le ministère de la culture, l’UNESCO, l’université, les associations, les industries culturelles, éditions, cinéma, télévision, musique, théâtres, Internet.
La barbarie
Le terme « barbare » est appliqué par les Grecs à tout peuple qui ne parle pas leur langue. Il a été ensuite utilisé par les Romains pour nommer tous les peuples qui se trouvent à l'extérieur du limes, dans le Barbaricum, la « terre des Barbares ». Il faudra attendre les invasions de l'empire romain pour que le terme devienne péjoratif à l'image des Vandales. Aujourd'hui, ces termes peuvent traduire à la fois le mépris pour l’autre, l’étranger, ainsi que la crainte qu’il inspire.
Michel de Montaigne, qui vécut l’époque « barbare » des guerres de religion de la fin du XVIe siècle, écrit dans ses Essais : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. ».
Au fil de l’histoire, le terme a revêtu différentes acceptions. Ce terme englobe donc tout ce qui a pu causer du tort à l’Occident en général, en particulier à l’Occident chrétien : les Huns, les Germains et les Sarrasins (Maures).
La barbarie collective
Dans la plupart des conflits les adversaires se positionnent en défenseurs de la civilisation en dénonçant la barbarie de l’adversaire.
La découverte des camps nazis, soviétiques, chinois, japonais, l’utilisation de la bombe atomique, les génocides, les expériences médicales sur des humains a signifié la fin des concepts hégeliens stipulant que l’idéalisme puisse gouverner l’Histoire des idées. L’historiographie remet en cause la simplification selon laquelle l’Histoire évoluerait soit dans un sens positif et éclairé, soit dans un sens négatif, sombre, en attribuant la cause à des barbares désignés comme autant de boucs émissaires. L’énormité des barbaries du 20ème siècle a contribué à ébranler la foi des croyants en un Dieu juste. Bien des questions restent sans réponses sur ces cultures qui n’ont pas pu empêcher la barbarie.
Comment l’Evangile du Christ ou le Coran peuvent-ils être détournés pour justifier la barbarie ? Comment les penseurs du libéralisme, imprégnés des valeurs humanistes des Lumières, ont-ils pu justifier l’expansion coloniale européenne ?
Comment le peuple qui a généré Mozart, Schubert, Kant ou Goethe a-t-il pu suivre les nazis ?
Etc, etc....
Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? Les récents épisodes de révolte en banlieues ont confirmé que les bibliothèques étaient une cible privilégiée lors des émeutes. Les rapports de que certains jeunes entretiennent avec la culture de l’écrit sont troublants. Ils évoquent les plus sombres pages de l’histoire, mais symbolisent sans doute plus simplement l’échec scolaire et la fracture sociale.
La barbarie rampante
La mondialisation et l’uniformisation constituent une barbarie insidieuse.
Le modèle anglo-saxon, appuyé sur l’anglais comme langue véhiculaire, tend à imposer certains modes de fonctionnement dans les institutions mondiales, notamment commerciales, financières ou militaires qui sont une forme d’impérialisme culturel et linguistique. Le développement de la culture de masse depuis les années 1930, dans le sillage de l’américanisation, a favorisé des modes de consommation et de production qui ne sont plus aujourd’hui compatibles avec les contraintes sociétales et environnementales contemporaines.
En effet, après l'impasse du fascisme qui a fait disparaître l'individu dans les foules fanatisées et après celle du communisme qui a interdit à l'individu de parler tout en le collectivisant, est venue celle de l'ultra et du néolibéralisme qui réduit l'individu à son fonctionnement pulsionnel en le gavant d'objets.
Face à la domination mondialisée, certains pays et groupes sociaux réagissent en prônant la diversité culturelle qui paradoxalement sert parfois de paravent à un repli identitaire notamment religieux.
En France, l’expression exception culturelle tend à prendre un sens péjoratif, dans la mesure où les solutions adoptées pour défendre la diversité culturelle passent par des formes d’action concentrées autour de l’État (contrôle par des aides publiques et subventions aux différentes formes de médias et aux affidés…), qui ne vont pas nécessairement dans le sens de la qualité de la création culturelle.
Privatisation de la guerre ou du contrôle des migrations, la haute technologie militaire (drones), le contrôle mondial d’internet préfigurent des dérives préoccupantes pour la civilisation.
Les nouvelles technologies de l’information portent en elles de graves dérives pouvant conduire à de nouvelles formes de barbarie : surveillance des personne tout au long de leur vie, atteinte à l’intimité.
Les excès législatifs peuvent être source de barbarie. « Corruptissima re publica plurimae leges ». « Jamais les lois ne furent plus multipliées que lorsque l'État fut le plus corrompu. » Tacite, Annales, 3, 27.
Les barbaries individuelles
Les comportements barbares individuels peuvent relever de la pathologie ou de l’histoire de la personne. Ils sont cependant souvent légitimés plus ou moins explicitement par une autorité politique et morale ou encore par une culture ambiante. Il s’agit, par exemple, des actes racistes, des violences familiales, de l’obéissance aux délires d’un leader charismatique, de la vendetta ancestrale, de l’exaltation religieuse ou patriotique. Les violences extrêmes qu’on observe pendant les guerres s’expliqueraient par la culture de guerre, la brutalisation des sociétés, le consentement des soldats, la contrainte.
La canalisation de la barbarie
Un certain nombre d’institutions canalisent et limitent la barbarie : religions, droit, justice, police, armée. Bien que parfois elles sont elles-mêmes les instruments de la barbarie. Les utopies idéologiques (politiques, religieuses, dogmes économiques,) connaissent des phases de barbarie. L’élévation du niveau culturel des sociétés semble toutefois corrélée avec la baisse de la criminalité individuelle.
« En vingt ans, le nombre d'homicides volontaires a sensiblement baissé. À la cour d'assises de Paris par exemple, 105 personnes ont été jugées pour ces faits ces cinq dernières années, contre 279 il y a vingt ans. À Lyon (Rhône), la baisse enregistrée est de 60 %. ». La Croix 2/2/10.
« C'est une tendance de long terme, qui va de pair avec la délégitimation de la violence : historiquement, notre société stigmatise de plus en plus les actes violents, devenus donc moins socialement acceptables et davantage sanctionnés juridiquement.
Les violences sont de moins en moins un moyen de régler les conflits de la vie civile ordinaire. » Laurent Mucchielli, Rue 89, 4/2/10
Les droits de l’Homme
Les droits de l'homme sont un concept selon lequel tout être humain possède des droits universels, inaliénables, quel que soit le droit positif en vigueur ou les autres facteurs locaux tels que l'ethnie, la nationalité ou la religion. La Déclaration universelle des droits de l'homme a été promulguée en 1948 à l'ONU à l'initiative de René Cassin.
Interview dans Le Monde du 5 novembre 2011, de Jean-Paul Costa qui vient de quitter la présidence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg.
Quel est, selon vous, l'état des libertés en France ? La France a fait beaucoup de progrès. Le pays a toujours tendance à se voir comme la patrie des droits de l'homme, alors que ce n'est que la patrie de la Déclaration des droits de l'homme, mais, comme dirait Robert Badinter, c'est déjà très bien. Ce n'est pas parce qu'on a été pionnier qu'on est toujours en avance. L'état des libertés, cependant, est meilleur qu'il ne l'était il y a une quinzaine d'années, sauf dans quelques domaines, la condition des détenus et la réglementation sur les étrangers. Les prisons restent un point noir. Quant aux étrangers, les problèmes ne sont malheureusement pas propres à la France. L'état global des libertés n'est pas mauvais. Notamment grâce à l'influence de la Cour européenne.
Edgar Morin :
Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.
La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…
Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.
Paroles entendues :
- Dans la sphère privée, on peut choisir sa culture, ce qui n’est pas le cas en entreprise.
- La barbarie provient soit du besoin de puissance soit de celui d’espace vital.
- La taille de l’Empire romain, réservoir d’esclaves et de femmes, a été limitée par les distances d’acheminement supportables par ceux-ci vers Rome.
- La barbarie est la lèpre de la civilisation.
- La culture n’est pas l’antidote à la barbarie.
- « Je suis responsable du visage de l’autre ». Lévinas.
- La barbarie c’est déshumaniser l’autre.
- La violence et la barbarie, ce n’est pas la même chose.
- La barbarie est à la fois contrôlée et incontrôlée.
- Elle est individuelle et collective.
- Elle est rationnelle et irrationnelle.
- Elle change de visage au cours de l’histoire.
- Elle stigmatise des groupes entiers à partir du comportement de quelques individus.
- Bien des personnes n’ont pas les moyens intellectuels d’analyser les situations ou les manipulations dont elles sont l’objet.
- Notre système économique, qui crée le chômage, est barbare. Nous sommes tous complices. Le marché qui prend son autonomie n’a aucune éthique.
- La culture sécrète la barbarie. On y bascule facilement. On ne peut pas y échapper.
- La culture c’est ce qui nous rassemble. C’est un partage d’émotions.
- Mais l’émotion est manipulable.
- L’élitisme culturel exclue de la culture la majorité des citoyens.
- Bien des barbaries ont été commises avec la caution des élites (expériences médicales sur des humains, théorisation du racisme, célébration des tyrans).
- Le regard sur les autres cultures devrait nous interroger sur la nôtre.
- Il faut se garder des amalgames : la barbarie des systèmes économiques n’est pas même nature que celle des systèmes politiques du 20ème siècle.
- Les mégapoles et l’abandon des traditions secrètent de nouvelles formes de barbarie, notamment dans le tiers monde.
- Antidote à la barbarie : se parler au-delà de l’institution.
- La finance ultralibérale, c’est la barbarie.
- Le productivisme est responsable des suicides dans les milieux professionnels, y compris chez les médecins.
- La culture et la barbarie évoluent sans cesse.
- Au-delà de la culture, il y a la conscience.
- Il faut sans cesse chercher l’intelligence.
- Il faut sortir de nos clichés.
- La culture, ça s’organise.
- Il faut mieux catégoriser les formes de barbarie.
- Les jeux vidéo incitent à la barbarie.
- La disparition des journaux est préoccupante.
- La culture n’est pas de l’ordre de la morale. Or la barbarie en relève.
- Certains problèmes méritent d’être oubliés pour éviter des explosions de barbarie (vendetta, par exemple).
- Cultures et barbarie interfèrent avec l’ensemble des forces sociales.
- Chacun a une part de barbarie en lui.
- La science peut servir à sortir de la barbarie (réfutation des théories racistes, par exemple).
- Certaines cultures familiales sont édifiées sur fond de violence. Celle-ci peut ressortir.
- La réaction à la barbarie fait évoluer la culture (2nde guerre mondiale, Hiroshima, guerre de religions, esclavage).
- L’homme est la terre, la culture en est la semence, la barbarie est la mauvaise herbe. Il faut trouver l’équilibre par la bienveillance.
- Il faut s’adapter là où on est.
- L’évolution et la mutualisation des cultures participent au processus d’humanisation.
- Chacun a le droit d’échapper aux cultures et aux barbarie ambiantes en fonction de sa conscience.
- La morale, l’empathie, la spiritualité permettent de résister à la barbarie plutôt que l’intelligence.
Paris, les Indignés de La Défense le 27.11. 2011
Inscription à :
Articles (Atom)









