Qui sommes-nous ?

PRESENTATION

L’association du Chemin du philosophe comporte trois types d’activités :

1)  L’entretien et l’animation du Chemin du philosophe en forêt de Montmorency.

2)  L’organisation de cafés philos, de conférences, d’ateliers de lecture, de sorties à thèmes en forêt.

3)  La maintenance de ce blog qui tient à jour le programme des activités et qui les archive depuis 2008.

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+ La participation aux activités de l'association implique une éthique de neutralité et de tolérance ainsi qu'une étiquette de courtoisie. L’accès est libre à la plupart des activités.

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 PROGRAMME DES ACTIVITÉS A JOUR – OUVRIR LE LIEN

Station "L'homme et le cosmos"

Station "L'homme et le cosmos"
Cadran solaire analemmatique - juin 2014

samedi 31 mars 2012

Compte rendu du café philo du 30 mars 2012




Le café philo
Nous étions quarante-trois personnes ce premier vendredi de printemps au Centre culturel de Bouffémont (95) à débattre sur ce sujet de « l’autre et moi ». Certaines personnes, en particulier parmi les nouveaux, se sont dites étonnées par la richesse des échanges. Jeannine nous a récité un poème (voir ci-dessous) portant sur l’altérité et Patrick a agrémenté l’ambiance par un petit conte philosophique fort amusant. 
 
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Conte philosophique


Il était une fois quatre individus qu'on appelait:
Tout le monde - Quelqu'un - Chacun - Et Personne.


Il y avait un important travail à faire
Et on a demandé à Tout le monde de le faire
Tout le monde était persuadé que Quelqu'un le ferait
Chacun pouvait l'avoir fait
Mais ce fut Personne qui le fit

Quelqu'un se fâcha car c'était le travail de Tout le monde !
Tout le monde pensa que Chacun pouvait le faire
Et Personne ne doutait que Quelqu'un le ferait
En fin de compte, Tout le monde fit des reproches à Chacun
Parce que Personne n'avait fait
Ce que Quelqu'un aurait pu faire

moralité :
Sans vouloir engueuler Tout le monde,
Il serait bon que Chacun
Fasse ce qu'il doit, sans nourrir l'espoir
Que Quelqu'un le fera à sa place
Car l'expérience montre que
Là où on attend Quelqu'un,
Généralement on ne trouve Personne !

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 L’autre et moi
Le sujet est celui de la rencontre et de la reconnaissance de son semblable. Comment le moi reconnaît-il l’autre ? C’est aussi le jeu de la ressemblance et de la différence ; l’autre est en effet à la fois un autre moi-même et un autre que moi. Les liens à l’autre sont indispensables à différents niveaux :
-         - Biologique, autrui nous hominise.
-         - Psychologique, autrui nous humanise.
-         - Social, autrui nous socialise.
L’absence d’autrui conduit à de graves défaillances.
La cohabitation de soi et d’autrui pose souvent des problèmes. L’histoire montre qu’il n’a pas toujours été facile de reconnaître l’autre tel qu’il est. Les conquistadors des Amériques au 16è siècle ne considéraient pas, dans un premier temps que les Indiens aient une âme et ceux-ci pensaient qu’ils avaient affaire à des dieux.
La nature humaine comporte des penchants contradictoires de recherche et de rejet de l’autre. Kant parle de « l’insociable socialité ». Plusieurs philosophes ont donné leur interprétation de la violence. Pour Hobbes (1588-1679), l’homme est un loup pour l’homme. Pour Rousseau (1712-1778), l’homme naît bon, c’est la société qui le rend mauvais. Pour Hegel (1770-1831), l’homme jouit de la liberté et la violence est la conséquence de cette liberté.

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Le monde est constitué d’ensembles ayant des identités et des caractéristiques propres les distinguant les uns des autres. La distinction du soi et du non-soi est à la base de l’organisation du monde et particulièrement du monde des espèces animales et végétales. Cette distinction en assure la stabilité relative dans le temps. Mais elle n’est jamais immuable, la stabilité est dynamique, comme celle du cycliste, qui doit avancer pour ne pas tomber. Le soi évolue et se transforme au contact du non-soi afin de pouvoir exister et évoluer. La reproduction sexuée est l’exemple de la nécessaire rencontre avec l’altérité favorisant l’adaptation de l’espèce à l’environnement. Ce type de reproduction n’est cependant possible qu’à l’intérieur d’une même espèce, indiquant une limitation de l’ouverture à l’altérité nécessaire au maintien d’une certaine identité. Par ailleurs, les individus végétaux ou animaux ont pour la plupart tendance à mettre leurs « soi » individuels en commun pour constituer des communautés profitables à la survie de chaque individu et de l’espèce. S’il n’existe pas deux êtres identiques, tous partagent des caractères communs en quantité et en qualité plus ou moins importantes au sein d’une espèce donnée et même entre les espèces. Les homologies fonctionnelles et l’ADN de tous les êtres constituent l’unicité profonde du vivant.
Dans le domaine de la conscience humaine, la rencontre des cultures constitue un facteur d’enrichissement mutuel tant sur les plans des connaissances scientifiques que ceux de l’éthique, des arts ou des spiritualités. Le système cognitif humain est bâti non seulement sur la raison mais aussi sur l’empathie, cette capacité de penser et d’éprouver ce que l’autre pense et éprouve.

La personnalité de chacun de nous s’est construite grâce à la rencontre avec l’altérité. Albert Jacquard : « Ce n’est pas mon patrimoine génétique qui m’a permis de dire « je ». Si je suis capable de me savoir être, c’est que j’ai rencontré les autres. »
Hegel : « La conscience générale de soi est l’affirmative connaissance de soi-même dans l’autre moi. »
Le poète mexicain Octavio Paz formule cette symétrie dynamique de la reconnaissance de l’autre dans ces vers, véritable credo d'une métaphysique de l'altérité :
« Pour pouvoir être, je dois être autre, sortir de moi, me chercher parmi les autres, les autres qui ne sont pas si moi je n'existe pas, les autres qui me donnent pleine existence, je ne suis pas, il n'y a pas de je, nous sommes toujours nous autres. »

Mais le monde du vivant est aussi celui de la prédation, une espèce sert de nourriture à l’autre. Pour vivre le soi se nourrit et se défend en détruisant du non-soi. Le cycle de la matière vivante est fermé, les déchets ou les cadavres des uns servent de nourriture aux autres

Le maintien de l’identité est aussi source de conflits et d’exclusion. Le sentiment d’appartenance de certaines communautés humaines se conserve souvent grâce à leurs ennemis réels ou fantasmés. Mais c’est lorsque les peuples aux coutumes et aux langues différentes se rapprochent dans une attitude amicale qu’ils s’enrichissent mutuellement.
« L'humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l'un tend à instaurer l'unification, tandis que l'autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification.» selon Claude Lévi-Strauss.

La modélisation mathématique de la dynamique des populations semble indiquer qu’une certaine part de prédateurs et d’altruistes est nécessaire pour maintenir la survie à long terme de toute société animale ou végétale. « Le profit de l'un est le dommage de l'autre.» selon Montaigne.

Cette loi de la prédation mutuelle et limitée, si elle se vérifie depuis toujours dans le domaine des besoins alimentaires, elle pourrait ou devrait être inappropriée dans celui du partage de l’information, du savoir ou de l’empathie. « Si je partage un bien, j’en ai moins, mais si je partage une information je la garde quand même. »

Pour les bouddhistes, le moi est une illusion. On pourrait dire que c’est un artéfact qui fait fonctionner le monde. En tout état de cause les « moi » sont des étincelles éphémères à l’échelle de l’histoire du monde.

Illustration des liens sociaux humains


moi
l’autre
individuel
je
tu, il, elle
collectif
nous
vous, ils, elles


L’autre et moi sont les acteurs de jeux individuels et collectifs. Les frontières entre ces quatre catégories sont plus ou moins nettes selon les langues, les sociétés et les époques. Les règles grammaticales qui distinguent le singulier du pluriel et le masculin du féminin reflètent l’ordre social. Ces jeux peuvent se jouer selon différents modes : amoureux, familial, amical, intérêt, contractuel, d’indifférence, de domination, de soumission, d’hostilité, etc.

Le moi individuel est la résultante du patrimoine génétique et épigénétique (l’hérédité ne passe seulement par l’ADN), de l’environnement familial et social, de la trajectoire de vie, du hasard et un peu du libre-arbitre.
Pourquoi chacun de nous peut-il dire « je »? Pour le psychanalyste Lacan, le stade du miroir est le formateur de la fonction sujet, le « je » de l'enfant âgé de 6 à 18 mois. Mais cette fonction, ne peut se mettre en place que par la présence de l'autre. En effet, pourquoi dire « je », s'il n'y a personne à qui l'opposer ? Le sujet est donc social, il a besoin de l'autre pour se constituer.

Le moi a le devoir de se protéger contre lui-même, ses pulsions, ses tentations, son narcissisme, contre certains individus rencontrés dans le milieu familial ou professionnel, contre les narcissiques pervers, contre les névroses des autres, contre les êtres toxiques, contre les dérives idéologiques de sa collectivité.

Le moi se protège, parfois mal par l’agressivité, le repli, la drogue ou la fuite dans un identitaire collectif.  Le psychiatre Charles-Nicolas écrit : « Tout ce qui vient de l’extérieur peut être menaçant et se droguer c’est maîtriser ce qui vient de l’extérieur. (...) Les drogués incorporent l’héroïne pour se construire, pour se refaire. » En illustration, il décrit le cas d’un jeune homme qui se drogue parce qu’il ne sait pas dire non et qui déclare : « L’héroïne, c’est une barrière contre les autres, contre l’intrusion permanente de ses parents dans son espace psychique, depuis la plus tendre enfance [qui] n’a pas laissé la place à la représentation et à l’élaboration. »

Vivre avec l’autre, impose des codes, cela s’apprend.

Le « moi » collectif est constitué de nos appartenances sociales volontaires, acceptées ou subies. Ce moi collectif nous structure, nous protège, nous impose des devoirs et des contraintes, mais peut aussi entraver notre liberté voire nous aliéner. Les codes sociaux, religieux, de langage, de mode de vie, de loisirs, de réseaux forgent notre moi. Ils tendent également à nous enfermer dans des identités, des exclusions et des endogamies sociales.
Les « moi » collectifs sont des symboles matérialisés par des institutions. Nos ancêtres familiaux et nationaux en font partie. Tous les « moi » collectifs sont en général incarnés par des personnalités, des symboles, voire instrumentalisés par des leaders dominants.
Les « moi » collectifs se définissent souvent par opposition aux autres collectifs, leurs étrangers, ils les désignent dans certains cas comme les ennemis ou les barbares. Il peut s’agir de catégories sociales jalousées, méprisées ou simplement ignorées.
Certains « moi » collectifs entrainent parfois les personnes dans des spirales de violence en les légitimant. La violence collective ou individuelle prend alors souvent un caractère autotélique, c’est-à-dire qu’elle n’a plus d’autre justification qu’elle-même.

L’autre individuel, est une personne, c’est l’autre moi avec qui je peux, selon les cas, entretenir des relations amoureuses, fraternelles, amicales, solidaires, constructives, collaboratives, contractuelles, d’intérêt, de pouvoir, d’hostilité ou d’indifférence.
Les relations entre le moi et l’autre peuvent entrer dans des jeux vertueux d’épanouissement mutuel ou vicieux et pervers de dominations et de destructions mutuelles. Hobbes a rappelé le grand auteur comique latin Plaute : « lupus est homo homini », « l'homme est un loup pour l'homme. »
L’individu pervers narcissique, celui qui est incapable d’empathie, peut se prévaloir de son rang et rôle social pour imposer son pouvoir voire sa toxicité plus ou moins sournoise ou son sadisme.

L’autre collectif
Ce sont les gens les plus éloignés de nos cercles d’interactions, de connaissances et d’empathie. L’autre collectif, ce sont les anonymes de notre propre société, les peuples étrangers ou les cultures des autres. La frontière avec le moi collectif est floue. Dans notre propre société, ce sont les autres citoyens dont on se sent plus ou moins proche. Ils sont les acteurs du même système de production et de consommation. Les pauvres dans nos sociétés et dans le monde constituent une catégorie importante de cet autre collectif qui pour la plupart ne portent pas de noms.
Certains systèmes politiques, administratifs, médiatiques ou marchands ont tendance à traiter les citoyens assujettis (et néanmoins payeurs) comme des objets numérotables ou des segments de leur marketing. Les citoyens sont « leurs autres » collectifs. Dans « 1984 », Orwell fait dire : « Dites-moi, Big Brother existe-t-il vraiment ?  - C’est une mauvaise question. Ce n’est pas Big Brother qui n’existe pas. Vous n’existez pas. »
Tzvetan Todorov : «Dans notre démocratie libérale, je redoute une tyrannie des individus. De ceux qui disposent d’un pouvoir exorbitant. »

L’histoire est pleine des tragédies de personnes devenues bourreaux, soldats, terroristes, prisonniers et victimes le plus souvent par d’obscures fatalités dans les jeux des hostilités entre groupes sociaux, religieux ou nations. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine de la gestion des conflits dans le monde occidental après les horreurs du 20è siècle.
L’histoire est pleine aussi de ces systèmes d’enfermement qui ont traité les personnes en sous-hommes (esclavage, galères, prisons, camps, hôpitaux psychiatriques). Vladimir Boukovski (ancien et actuel dissident russe) : « Pour survivre, si l’on ne t’a pas définitivement cassé ou tué, il ne reste en effet que cette liberté intérieure. Il faut se battre en permanence pour en conserver une petite parcelle. Si tu la perds, tu n’es plus un homme, mais une chose. » Philosophie magazine , mars 2012.

La mondialisation des échanges de marchandises et d’informations ainsi que les migrations de populations ou les grands projets technologiques et scientifiques transnationaux sont porteurs à la fois de risques et de bienfaits. Dans le monde entier, les identités culturelles connaissent aujourd’hui des évolutions fulgurantes parfois accompagnées de terribles drames, mais conduisant aussi vers la libération du joug d’identités collectives traditionnelles tyranniques et l’émergence d’intelligences nouvelles. Les droits de l’homme, ceux du « soi », font leur chemin.

Conclusion
Ces jeux fort complexes entre le soi et le non-soi, semblent indispensables à la stabilité et à l’évolution du monde et de chaque personne. Ils sont sources de bonheurs et de malheurs très inégalement répartis entre les êtres.
« Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin. » Sören Kierkegaard (1813-1855)

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Ils étaient deux
Chacun naufragé
D’une presqu’île jumelle

Ils étaient deux
Fêlés par la vague
Médiane et le détroit
des mots
qu’ils n’ont pas su dire
ne sauront plus se dire
            II
Unis-les unis-nous
Toi Elle Moi-même
Unis-toi à celle
Qui ne te sait pas
Qui ne se sait plus

Là où plane ténue
L’onde confidentielle
Des âmes sur le monde
Là où l’aile de la colombe
En finira un jour
De se voir crucifiée

« De chair et de lumière » (1997, Editions AE Belgique)

Regardez aussi Jeannine réciter Prière de Paix de Léopold Senghor

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Propos entendus
-         Le moi est chez l’autre, l’autre qui existe grâce à un prédicat.
-         L’enfant prend conscience de soi par le contact avec l’autre.
-         Au fond de chacun il y a un besoin d’amour.
-         Dans la cure psychanalytique on parle à un autre qu’on ne voit pas et qui ne se dévoile pas.
-         Le moi n’est pas unifié.
-         La personne a des personnalités multiples.
-         On peut se tromper en donnant à l’autre.
-         Dans la ville, l’autre dans foule est irréel.
-         Le langage est la source de la richesse des échanges.
-         Le langage est aussi corporel. Il est aussi dans le ton de la voix.
-         L’entretien de recrutement c’est essentiellement du langage non verbal.
-         Le langage parlé est cause de division.
-         Par les nouvelles technologies de l’information, notamment les réseaux sociaux, la relation aux autres s’est dématérialisée. Les relations se sont multipliées, mais pas nécessairement en qualité.
-         On échange sans communiquer sur Facebook.
-         Notre imaginaire déforme la réalité des personnes.
-         La reconnaissance de l’autre nécessite de la tolérance.
-         Le groupe fait émerger des comportements collectifs.
-         Le racisme est un effet de masse.
-         La communication est affaire de codage et de décodage, parfois déphasés du fait de la projection de l’un sur l’autre.
-         La relation à l’autre peut être perturbée par des facteurs extérieurs.
-         Pour se reconnaître soi-même, il faut reconnaître tous les autres en soi.
-         Connaître, ce n’est pas nécessairement reconnaître.
-         Le moi est lié à l’avoir et au territoire.
-         L’esclave n’était pas considéré comme humain.
-         Le racisme est un faux problème.
-         Il est difficile de transmettre l’intériorité entre les gens de cultures différentes.
-         Si les autres n’existaient pas, je ne serais pas moi.
-         Le manque de vocabulaire est source de violence.
-         Dans notre société, certains enfants de 5 ans possèdent 450 mots, d’autres 4500.
-         Le vocabulaire est insuffisant.
-         Il faut commencer par l’écoute et l’estime de soi pour s’ouvrir à la différence.
-         Les anachorètes se forgent d’autres types de rapports à l’autre.
-         Notre parcours passe par l’autre.
-         Pour donner, il faut de la sérénité.
-         Comment le « nous » devient-il « moi » ?
-         Nous appartenons à la même humanité.
-         Tolstoï est parti vers la solitude après une vie bien remplie.
-         Chacun attend de l’autre le moyen de se dépasser.
-         J’ai une part de responsabilité de l’autre.
-         Il faut se taire pour écouter.
-         La rencontre est une aventure qui peut conduire à la remise en question.
-         Pourquoi a-t-on peur de l’autre ?
-         L’autre est tout à fait identique et tout à fait différent.
-         Pour JJ Rousseau, il faut entrer en soi pour trouver le bien commun.
-         Sans les autres je ne suis rien. (Mais sans certains, je suis bien...)
-         La transcendance permet la rencontre.
-         On peut aussi appeler l’autre à se dépasser.
-         Pour mieux écouter l’autre, il faut mettre son moi de côté.
-         Pourquoi mon « moi » est-il en dans mon corps et pas dans le corps d’un autre ?
-         Par les technologies de l’information mondialisées chacun deviendra peut-être le neurone d’un super cerveau planétaire.
-         L’autre est un autre moi qui n’est pas moi.
-         On a besoin de l’autre pour se rendre utile.
-         On a aussi besoin de solitude et de lien spirituel pour réfléchir.
-         Je crois à la force du groupe.
-         La solidarité crée la solidité.
-         Sacha Guitry : « Parlez-moi de moi, ce n’est que ça qui m’intéresse. »
-         L’autre c’est aussi le migrant.
-         L’homme a besoin « d’être » plus que « d’avoir ».
-         Face à la crise écologique, il faudrait que les hommes considèrent la nature dans son ensemble comme un autre à respecter et non comme un simple objet.

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Citations
« Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. »
« Les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes. »
« L’enfer, c’est les autres. »
« Si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui, et alors, en effet, je suis en enfer, et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. »
« Autrui c’est ce moi-même dont rien ne me sépare si ce n’est sa pure et totale liberté. » Jean-Paul Sartre (1905-1980)
« A mesure que tu parles, j’existe. » Paul Claudel (1868-1955)
« Je est un autre. » Arthur Rimbaud (1854-1891)
«  Soi-même comme un autre. » Paul Ricœur (1913-2005)
«  Tu te dois à autrui. »
« Le statut même de l’humain implique la fraternité et l’idée du genre humain. »
«  La conscience de soi est en même temps la conscience du tout. »
« Le visage est ce qui nous interdit de tuer...Le visage est signification, et signification sans contexte....Autrui est visage. » Emmanuel Lévinas (1906-1995)
 « Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. » Montesquieu (1689-1755)

dimanche 26 février 2012

Compte rendu du café philo du 24 février 2012





Qu’est-ce que le sacré ? Est-il encore une valeur ?

Trente-huit personnes ont participé à ce café philo à Bouffémont sur le thème du sacré : beaucoup de fidèles et toujours quelques nouvelles personnes ouvrant sur de nouveaux et riches horizons. Nous avons, dans un premier temps, décidé de changer le sujet du café philo d’avril 2012 qui devait avoir pour thème «  Pour quelle cause peut-on donner sa vie ?», qui, à la réflexion, est très proche sous certains aspects du thème du sacré de ce soir. Nous avons retenu donc pour le 30 avril l’autre thème qui avait suscité de l’intérêt lors du vote à savoir : « La sobriété peut-elle être heureuse ? » 

Préliminaire
Il est impossible dans un café philo, et même en dehors, d’explorer toute la littérature et tous les aspects du sacré que les multiples cultures ont engendrés depuis la nuit des temps.
Le sacré s’avère un sujet délicat à traiter en raison des susceptibilités qu’il peut éveiller. S’il convient de respecter le sacré de chacun, il convient également de parler de sa propre conception avec humilité.

Définitions
Le sacré concerne des objets, actes, espaces, parties du corps, valeurs, etc. Le sacré désigne donc ce qui est mis en dehors des choses ordinaires, banales, communes ; il s'oppose essentiellement au profane, mais aussi à l'utilitaire. « Pro-fanum » représente ce qui est à l’extérieur du temple, c’est-à-dire le monde ordinaire. « Sacer » représente ce qui est séparé, ce qui ne doit pas être touché. « Le sacré est saturé d’être » (Mircea Eliade).C’est un monde à part d’une réalité supérieure inspirant la crainte, l’interdit, le mystère, la fascination, le respect ou la ferveur. Le sacrifice consiste à renoncer ou à donner sa vie pour une cause considérée comme sacrée. Selon Carl Gustav Jung, le sacré est : "ce qui saisit l'individu, ce qui, venant d'ailleurs, lui donne le sentiment d'être." René Girard , pour sa part, a décrit les rapports complexes entre la violence et le sacré. Le bouc émissaire est un exutoire de la violence.
Si l'Homme fait l'expérience du sacré, c'est qu'il veut précisément échapper à sa condition d'être fini et mortel.
La culture occidentale distingue le sacré religieux et le sacré laïque.

Le sacré religieux judéo-chrétien rompt avec l’ordre de la nature. Il est monothéiste. Il se dit révélé directement par Dieu à travers ses prophètes. Dieu est le tout autre, infini, absolu et transcendant, toutefois incarné pour les chrétiens. Toute forme de matière et de vie est créée par Dieu. Le sacré procède d’une inspiration supra-rationnelle. Il engendre des « valeurs éminentes », selon Emmanuel Levinas, qui dit par ailleurs voir dans l’autre l’image de Dieu. Selon Marcel Gauchet, le christianisme a contribué à créer un monde séculier.

Le sacré laïque occidental est centré sur l’humain et investit toutes ses institutions, activités et aspirations : progrès, bonheur, amour, droits de l’homme, humanisme, corps, art, sciences, techniques. Ce sacré, tout comme le religieux, revendique la transcendance de l’homme ou de la liberté. Il prétend ainsi recréer ou du moins façonner le monde. « C’est l’homme en tant que tel qui apparaît aujourd’hui comme sacré », Luc Ferry. Le sacré laïque est relatif, il est, bien plus que le religieux, volatile en fonction des époques et des lieux. Il perd plus facilement sa substance en tombant dans l’idolâtrie ou l’insignifiant.

Le sacré oriental, notamment le bouddhisme, comporte des formes sans dieux, sans surnaturel, sans ego individuel. Il refuse la dualité. Le sacré est une attitude intérieure de relation intense avec le réel, une disposition d’empathie et de compassion avec tout ce qui existe. C’est une vision panthéiste du sacré. « Le sacré n’est pas quelque chose qui brille mystérieusement au fond du firmament, mais ce qui est le plus intime et que nous partageons tous », Roland Rech, Bouddhisme Zen. « L’expérience du sacré, c’est vivre le bonheur du monde dans les choses les plus simples, c’est réaliser que les choses les plus ordinaires sont animées dans leur intériorité par une présence extraordinaire », Jean Letschert, Hindouisme.

Le chamanisme est, avec les rites funéraires, l’expression la plus ancestrale du sacré. Les transes du chamane constituent un voyage sacré dans le monde des esprits, qui est celui de la nature dans sa totalité. Leur but est de concilier les bonnes grâces de ces esprits avec la communauté humaine et de souder celle-ci autour du rite chamanique.

Les religions païennes sont caractérisées par trois aspects : polythéisme, la nature est la manifestation du divin (théophanie), les divinités sont féminines et masculines. Ces religions païennes ont institué une hiérarchie avec  les dieux, les demi-dieux et les héros légendaires.
La Grotte de Chauvet contient des représentations d’animaux et d’une seule femme datant de 35.000 ans. Elles suggèrent des liens forts avec les esprits de la nature.

Les neurosciences s’intéressent aujourd’hui aux états modifiés de la conscience par les pratiques religieuses et sacrées : méditation, prière, liturgies collectives religieuses ou laïques, fêtes dionysiaques. Les effets du sacré vont du bien-être, à la pleine conscience des bouddhistes, à l’extase mystique, parfois à l’hystérie. C’est lorsque le sujet perd le contrôle, qu’on parle de psychopathologie. Il semble que les pratiques sacrées ont des effets similaires à certaines drogues.
Le sacré peut entrer par irruption dans la vie des personnes : guérisons miraculeuses (Lourdes), visions (Jeanne d’Arc), conversions subites (St Paul, Paul Claudel), extases (Nuit de feu de Pascal).
Le sens du sacré est profondément ancré dans le système mental humain.

Les expressions du sacré
Elles sont multiples et protéiformes. Sacré religieux, patriotique, éthique (la vie, la dignité), culturel (la langue, les humanités), personnel (l’intime, le privé, la famille, les objets souvenirs, les pratiques).
Sacralisation des idoles : les chefs, les stars, les saints, les gurus, les savants, les idéologies (Marx), le matérialisme.
Ferveurs sacrées des rassemblements de masse politiques, religieux, sportifs, musicaux, les pèlerinages.
Certaines personnes, objets ou lieux liés à des émotions et des souvenirs heureux ou malheureux peuvent devenir sacrés dans l’intimité de chacun.
Architecture sacrée.
Art sacré.
Danses sacrées.
Géométrie sacrée (les cinq solides de Platon, les cathédrales et temples, les mandalas, spirale du nombre d’or).
L’ésotérisme et les rites initiatiques (hermétisme, pythagorisme, Kabbale, alchimie, gnose, la quête du Graal, etc.).
La quête scientifique, le progrès (astrophysique, physique des particules, sciences du vivant)
Histoire sacrée. «J'habite une blessure sacrée, j'habite des ancêtres imaginaires, j'habite un vouloir obscur», Aimé Césaire
Langue sacrée.
Musiques, chants sacrés dans toutes les religions.
Mystères sacrés, (Eleusis).
La maladie sacrée, (l’épilepsie selon Hippocrate).
Prostitution sacrée, dans l’antiquité, dans certains temples pour honorer les divinités de la fertilité.
Textes sacrés, (Tora, Bible, Coran, Evangiles, les prières).
Traditions sacralisées, (voile, rituels, aliments kasher ou halal).
Eaux sacrées, (Gange, Lourdes, baptême).
Lieux sacrés, Sinaï, Voie sacrée près de Verdun, temples, pèlerinages.
Les saints des religions.
Les références culturelles quasi sacrées, académiques ou spécifiques à certains milieux : Einstein, Freud, Lacan, la psychanalyse, Marx (communisme), Milton Friedman (libéralisme économique), Montaigne, Galilée, Homère, Virgile, Godard, Méliès, Sartre, Foucault, Deleuze, Derida, etc.

Les lieux sacrés.
Les lieux sacrés sont limités, entourés d’une frontière (temple, ville). Le sacré est aussi symbolisé par l'élévation, le pic, le clocher, le minaret, les montagnes sacrées (Sinaï Israël, Mont Fuji Japon, Machu Pichu Pérou, Urubu en Australie).
« Le prof a perdu son estrade et le respect des parents d’élèves » dit Régis Debray.
 
Il existe des terres sacrées, là où sont enterrés les ancêtres. Elles génèrent régulièrement des conflits encore aujourd’hui sur les terres tribales africaines ou en Amérique et en Australie entre les populations natives et les colonisateurs
La construction de lieux sacrés (pyramides, mégalithes, temples, cathédrales, monastères, palais royaux) mobilisent des richesses considérables de la collectivité et disproportionnées au regard des richesses du peuple. Le sacré a un coût économique énorme. Il participe à l’ostentation des richesses et de la puissance comme le potlatch, les temples, les palais, inhérente à la plupart des sociétés.

Les lieux, les textes, les traditions deviennent sacrés
De nombreux lieux sacrés sont repris lorsqu’une religion en rencontre ou en supplante une autre : La Mecque, Ephèse, Rome, Jérusalem, certaines cathédrales sur des lieux druidiques.
Dix Commandements de Dieu de Moïse seraient pris du Livre des Morts égyptien et du Code d'Hammourabi (datant de plusieurs siècles avant les Hébreux).
Les traductions et les narrations multiples engendrent des glissements de sens des textes. Des métaphores ou des paraboles sont prises au sens littéral et deviennent des vérités dogmatiques et historiques.
Il en est de même des rites religieux ou laïques (Noël, solstices, baptêmes, rites de passage).

Le sacré rassemble.
Le haut lieu fait lien. Les pèlerinages, Delphes, La Mecque, Lourdes, Bénarès, les jeux olympiques, les matchs de football, les concerts classiques ou rock font vibrer ensemble.

Le sacré interdit.
Un lieu sacré a ses comportements prohibés et ses zones réservées à des initiés et des ayants-droits et interdites aux autres. La sacralité impose l’inviolabilité. Il n’y a pas de sacralité sans pénalité.
Le sacré est hors système marchand : reliques, organes, sang, certaines œuvres d’art comme la Joconde, ne sont pas vendables (en principe).

Le sacré divise et pousse au crime.
Il serait fastidieux de reprendre tous les crimes commis au nom du sacré religieux ou laïque au cours de l’histoire. La carte indique qu’aujourd’hui encore les violences religieuses s’exercent pour les trois quarts de l’humanité. Les religions sont nées dans le conflit et y survivent. Un signe sacré d’appartenance cache toujours mal celui de l’exclusion et la diabolisation de l’autre. Toute sacralisation prépare un conflit et fait le lit de crimes contre l’humain et l’humanité, selon Regis Debray dans « Jeunesse du sacré ».
Ces crimes, souvent au service de causes étrangères à la religion, s’appuient sur des lectures littérales des textes sacrés qui comportent encore des « versets douloureux » demandant le massacre des impies. Les théologiens éclairés, qui aimeraient bien balayer devant leur porte, n’arrivent pas à faire abroger ces textes en raison de leur sacralité. Ceux-ci, nous disent-ils, doivent être pris dans un sens symbolique du combat intérieur. Ce qui n’est évidemment pas l’interprétation de tout le monde.

Le blasphème.
Le blasphème est source de renouveau. Jésus a été condamné pour blasphème, selon les us en cours. La force de l’Occident depuis la Renaissance est en fait liée à la profanation de proche en proche des dogmes scientifiques, religieux ou politiques. Le primat sacralisé de l’individu sur le groupe constitue aujourd’hui une force d’attraction planétaire. Le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme ou l’islam, malgré bien des vicissitudes, proposent, mais pas toujours, la quête de la sainteté intérieure de la personne plutôt que celle de la sacralité extérieure des tabous et rites collectifs.

Mais on assiste aussi dans notre société du spectacle à l’instrumentalisation du blasphème : la publicité, l’art, le théâtre, le cinéma. La victimisation des blasphémateurs et des blasphémés profite aux deux.  

La dérision
La dérision tout comme le blasphème accompagne le sacré : théâtre (Molière, Tartuffe), carnaval, aphorismes (« si Dieu existe, j’espère qu’il a des excuses », Woody Allen), blagues sur le pouvoir politique ou la religion.

Le sacré est instrumentalisé
Selon Régis Debray, le temps d’héroïsme et de sacrifice des combattants de la Grande Guerre est aussi l’occasion pour d’autres citoyens de s’enrichir ou de se soustraire à leur devoir patriotique.
Le sacré est source de pouvoir laïque et religieux. Il assure l’emploi, le gîte et le couvert, parfois la richesse, de pans entiers de populations à travers le monde (monastères, armées, oligarchies).
Les ressources de matières premières, pétrole et gaz notamment, avec leurs lobbys militaro-industriels ou les chefs de guerres locaux stimulent aujourd’hui les conflits à prétextes sacrés. Le sacré de l’histoire est probablement lié aux besoins de main-d’œuvre bon marché des sociétés sous formes d’esclaves, de soldats, de galériens, de serviteurs, de serfs et aujourd’hui de ressources d’énergies premières et de minerais.
Tout temple a ses marchands du temple.

Les pistes de réflexions pour le groupe
Qu’est-ce que le sacré pour vous ?
Pourquoi le sacré religieux est-il contesté comme superstition ?
Pourquoi le sacré humain est-il considéré comme simple produit de substitution ?
Avons-nous besoin de sacré ? A quoi aspirons-nous ? Pouvons-nous nous en passer ? Peut-on revendiquer l’effacement de toute forme de sacré ?

Propos lus ou entendus et notés
-          Hervé C. (théologien catholique) : "Le sacré est un concept éminemment ambivalent. Le sacré, chez les civilisations dites “premières” est à la fois « tremendus », qui fait peur, et objet d’attraction, donc de vénération ou d’adoration. Le Dieu de la Bible est à la fois celui qui fait peur et celui qui délivre de la peur (cf. le “n’aie pas peur, petit troupeau”, de Jésus, dans Saint Luc). Le problème du sacré (religieux), aujourd’hui, est d’arriver à se libérer de son aspect sacrificiel (cf. René Girard). Il reste à ce point englué de connotations négatives que pour ma part, je préfère m’intéresser à la transcendance. Par ailleurs le sacré, sur un plan purement sociologique est ce qui doit rester intouchable : “Touche pas à mon enfant” (ou les “Intouchables”). Mais la transgression, voire la profanation est aussi parfois érigée en valeur : elle est prônée comme chemin de libération. Existe-t-il encore des sanctuaires universels, de nos jours ? Autre question : le sacré est-il, doit-il être, relié à un dieu (ou à Dieu), c’est à dire personnalisé (hypostasié, disent les Grecs) ? L’existence d’un dieu (ou de Dieu) est réputé fonder ou en tout cas conforter le sacré. Peut-on concevoir un sens du sacré qui ne se réfère à aucune transcendance, au risque de rester transcendantal et d’être soumis à la seule subjectivité, avec toutes ses déviances possibles ? Le sacré est-il circonscrit au religieux (à la religion), et doit-il être validé par un corps institutionnel garant de l’orthodoxie de la sacralité ? Toutes ces questions sont passionnantes à traiter. Une soirée n’y suffira pas..."

-          Arlette C. (Infirmière et artiste peintre) "Le Sacré me renvoie à la vie, à l'existence, à soi, à l'autre, aux autres, à la capacité d'émerveillement par la transcendance : poétique, affectif, spirituel. Quel est le plus sacré si ce n'est la vie de l'autre, des autres et de sa propre vie. Le sacré est de deux ordres : humain et cosmique, il me renvoie au point de départ de la vie : à la création."

-          Il y a un paradoxe à vouloir endiguer la violence par une violence sacrée.
-          Le sacré imposé ne dure pas.
-          Le sacré est un surinvestissement du désir dans l’absolu.
-          Plus le sacré est absolu, plus il est dangereux.
-          "Quand le mythe meurt, la musique devient mythique de la même façon que les œuvres d’art, quand la religion meurt, cessent d’être simplement belles pour devenir sacrées" (Lévi-Strauss 1971).
-          Pour faire société, il faut du sacré, par ex. la dignité humaine.
-          L’interprétation de la dignité pose problème, ex. l’avortement ou l’euthanasie.
-          Il faut faire la différence entre une valeur et son interprétation.
-          Toute société a besoin de totems du lien social par des objets.
-          Le sacré défie le temps.
-          Chacun a plusieurs sacralités, avec des hiérarchies.
-          Le sacré religieux sert à asseoir l’autorité laïque.
-          La sacralisation passe par  une histoire.
-          Il existe des sacralisations privées d’objets, de souvenirs, etc.
-          Le besoin de sacré est un besoin d’organisation, de sens et de sur-moi individuel et collectif.
-          Le sacré rassure.
-          Il est ambivalent, il ne rassure que sous l’aspect psychologique.
-          Son existence est effrayante.
-          C’est un sentiment, un ressenti. Il ne relève pas de la raison.
-          C’est ce que je m’impose à moi-même.
-          Il donne des raisons de vivre.
-          Le sacré est à la base de la création artistique.
-          Il donne des repères pour se réaliser.
-          Il n’y a pas d’art sacré, tout art l’est.
-          Il y a du sacré dans le vivant, ainsi que dans l’émerveillement du quotidien.
-          C’est l’ouverture aux sources de la vie, aux arbres, au soleil à la terre.
-          Le mystère ouvre notre rationalité.
-          Les institutions fédératrices et sécurisantes deviennent insupportables quand leur sacralité est prise en défaut.
-          On a sacralisé la finance.
-          La science contemporaine réenchante le monde (cosmologie, physique des particules, science du vivant).
-          La tragédie grecque constitue une catharsis par le sacré.
-          La pensée magique n’est pas le sacré.
-          Les religions ont canalisé le magique sans toute fois l’éliminer.
-          Les religions se sont approprié le sacré.
-          Les fêtes païennes ont été reconverties en fêtes religieuses.
-          Le rituel fabrique le sacré.
-          La famille, c’est sacré.
-          Le sacré est supérieur à l’homme. C’est ce qui est digne d’un respect absolu.
-          Le sacré ne représente rien pour moi. C’est simplement l’amour des uns pour les autres.
-          C’est un besoin de sublimation, une exacerbation du désir.
-          C’est intime, de l’admiration pour la beauté de ce qui me dépasse.
-          Chacun y met ce qu’il veut. Mais le sacré c’est encore et toujours autre chose.
-          Il faut désacraliser le sacré.
-          Je n’avais aucune notion du sacré.
-          Le religieux et le sacré, c’est différent.
-          Le fait d’être est le sacré.
-          Je suis un déçu de la religiosité. La personne seule est sacrée, d’où ma pratique du yoga.
-          L’institution du sacré et la soumission imposée me font peur.
-          Je n’entends pas l’appel du sacré.
-          Tout homme est une histoire sacrée.
-          Nous avons besoin de sens face à la mort, mais pas de religion.
-          Il faut du sens avant la mort.
-          Il n’y a de sacré qu’humain.
-          Le sacré relève d’une autre dimension.
-          Il faut distingue l’intime et le collectif.
-          Il y a trop de violence dans l’histoire. On n’a pas besoin de ce concept. Il suffit de l’émerveillement, de tabous et du respect de l’autre.
-          Le manque de définition claire du sacré c’est le vrai problème pour les sociétés.
-          Pour le chrétien, le sacré est relié à la transcendance et à Dieu. Il est reçu, révélé et non inventé. Le Christ est le médiateur.
-          Je ne suis pas réceptive au sacré collectif. Chacun peut devenir un être spirituel et aller vers la transcendance.
-          La terminologie oppose les gens.
-          Tout le monde a sa part de sacré.
-          L’homme a accédé au sacré parce qu’il est sapiens sapiens, il sait qu’il sait, il a besoin de sens.
-          Deux choses menacent l’humanité, trop de sacré ou pas assez.
-          « Il faut honorer les dieux mais garder ses distance », proverbe chinois.
-          Ce qui est sacré : liberté de penser, le doute, la priorité de la personne sur le groupe.
-          L’Homme ne peut pas se déchiffrer tout seul.



mercredi 8 février 2012

LA FEUILLE DU CHEMIN numéro 3


Le numéro 3 de février 2012 (4 pages) de notre petit journal est paru. Il est largement consacré à Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dont nous commémorons le tricentenaire de la naissance. Une centaine d'exemplaires sur papier en noir et blanc sera disponible. Vous pouvez consulter, télécharger et imprimer la version couleur sur Google docs (via Fichier en haut à gauche). Bonne lecture.

dimanche 29 janvier 2012

Compte rendu du café philo du 27 janvier 2012




"L'Amour peut-il être vrai ? "

Une cinquantaine de personnes ont débattu ce thème de « L’amour peut-il être vrai ? » dans le nouveau centre culturel de Bouffémont. Nous remercions la mairie de cette commune de nous accueillir désormais dans ses locaux.
 

Préambule
Aristophane : « La Nuit aux ailes noires déposa un œuf né du vent, dans le sein du sombre et profond Erèbe. De la Nuit et de Thanatos nait Eros, l’Amour. » (Erèbe personnifie les Ténèbres infernales).
 

Tout le cosmos et toute organisation structurée de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du simple au complexe, résultent d’équilibres subtils et transitoires d’attractions et de répulsions. Est-ce là une marque profonde de la réalité de l’univers ou une simple métaphore de l'amour ? 

Le système cognitif humain, inscrit dans le génome, intègre l’empathie et l’amour en synergie avec la raison « Le cœur a ses raisons que la raison ignore », selon Pascal.
 

Les formes de l’amour
Les différentes formes indissociables de l’amour, de l’empathie et de l’attirance ont déjà été admises par les anciens Grecs : Éros (l'amour physique), Agapè (l'amour spirituel), Storgê (l'amour familial, la tendresse) et Philia (amitié; lien social). On peut aussi évoquer le penchant ou  l’amour des choses (l'argent, le luxe, les vêtements, la nourriture, les drogues), des plaisirs de l’esprit, (la poésie, la musique, les mathématiques), des concepts (la vérité, le bien, la vertu, Dieu), les pratiques (le pouvoir, métier, sport).
Eros est évoqué dans le Banquet de Platon comme l’amour passionnel, fougueux et égoïste. Il fonctionne dans le manque et la possession. Toutefois l’amour charnel d’un beau corps peut s’élever vers un amour plus spiritualisé de la beauté en soi.
Philia est développé par Aristote dans L’Ethique à Nicomaque. C’est la confiance, l’amitié, c’est se réjouir de l’existence de l’autre.
L’Agapè a été repris par le christianisme. C’est l’amour désintéressé qui s’adresse au prochain, y compris l’ennemi.  «Aimer, c’est vouloir du bien à quelqu’un», selon Saint -Thomas-d’Aquin.
Les épreuves subies en commun tantôt divisent définitivement les êtres tantôt créent des liens indestructibles : compagnons d’armes, compagnons de captivité, victimes collectives, compagnons de cordée, drames familiaux, drames professionnels, etc.
Les pratiques de l’amour s’appuient sur des idéaux plus ou moins utopiques, de normes sociales ou religieuses structurantes, des variances dans ces pratiques ; elles connaissent des déviances allant de l’instrumentalisation à la violence voire au crime. Chacune de ces formes d’amour porte en elle le meilleur et le pire. Tout amour peut être égoïsme ou vice déguisé.
Les comportements et pratiques faisant intervenir l’amour sont la résultante de pulsions, d’éthique, de codes, de cultures individuelles et collectives.


Les hormones 

 Il convient d’évoquer le rôle de l’alchimie hormonale dans le cerveau, notamment  de l’Ocytocine, la « molécule de l’amour ». Celle-ci intervient dans une vaste gamme de situations : la reproduction, l’attachement mère-enfant, l’attachement entre l’individu et le groupe social, l’attachement adulte-adulte, notamment conjugal et sexuel.


 
Ocytocine, la molécule de l’amour C43 H66 N12 O12 S2

Selon Richard Dawkins, l’amour est une stratégie de prolifération du « gène égoïste ».
Selon Desmond Morris,  c’est grâce à la sexualité humaine, active tout au long de l’année contrairement aux autres animaux, qu’ont pu émerger les structures familiales permettant l’éducation longue des enfants et la transmission d’une culture.
« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison .» (Freud)
 

L’amour peut-il être vrai ?
Le philosophe peut se demander pourquoi l’amour tient une si grande place dans la vie des personnes et dans la littérature mondiale. Dans cette littérature, l’amour est la plupart du temps associé à la souffrance et à la mort (Tristan et Yseult, Phèdre, Roméo et Juliette, Madame Bovary). Sartre et Schopenhauer ont ironisé sur l’amour et le déguisement du désir sexuel ou du narcissisme qu’il représente.
L’amour et la vérité relèvent de registres différents. L’amour peut s’opposer à la sincérité. Des couples se séparent au nom de la vérité et de la sincérité avec soi-même. La fidélité et la sincérité peuvent s’opposer. L’amour qui doit se soumettre à des règles et critères extérieurs  est-il encore de l’amour ou bien cette soumission est-elle en fait le vrai amour ?


L’amour vrai selon certains auteurs
Kierkegaard : l’amour humain est capable de se diviniser en passant du stade esthétique (séduction), puis à l’éthique (fidélité, mariage), enfin au religieux (amour de Dieu).
Pascal : Amour de bienveillance. Aimer l’autre pour lui-même. « Le moi est haïssable. »
Simone Weil : L’amour refuse d’être captatif, il s’efface, renonce à être tout, se dépouille de toute exigence.
Alain Badiou : L’amour est l’occasion de découvrir la vraie altérité de l’autre, il pousse à l’universel. Il y a « un deux ». « En ce sens, tout amour qui accepte l'épreuve, qui accepte la durée, qui accepte justement cette expérience du monde du point de vue de la différence produit à sa manière une vérité nouvelle sur la différence. »
Jacques Lacan : L’amour vient suppléer au manque de rapport sexuel. L’amour implique la totalité de l’être tandis que la sexualité se concentre sur les zones érogènes. L’amour va au-delà du narcissisme.


Les contrefaçons de l’amour
-    L’amour romantique fusionnel.
-    L’amour juridique, mariage par intérêt économique ou clanique.
-    L’amour sécurité contre les aléas de la vie, contre la solitude.
-    L’amour de soumission, de domination plus ou moins consentie.
-    L’amour narcissique, habillage du désir sexuel, parfois pervers.
-    L’amour instrumentalisé pour mieux tyranniser.
 

Citations
Saint-Thomas-d’Aquin : «  Aimer, c’est vouloir le bien de quelqu’un.»
Alain : « Aimer, c’est vouloir aimer. »
Nietzsche : « Beaucoup de brèves folies, c’est là ce que vous appelez l’amour. Et votre mariage met fin à beaucoup de brèves folies par une longue sottise. »
 « Ce qui est fait par amour s’accomplit toujours par delà le bien et  le mal. »

Jankélévitch : «Vaut-il mieux rester fidèle sans sincérité ou demeurer sincère sans fidélité ? »
Sibony : « N’être pas fiable, jusqu’à un certain point, c’est engendrer le chaos ; mais être totalement fiable, c’est aussi le chaos : pouvoir à tout moment se reposer sur quelqu’un, de façon absolue, c’est fausser le jeu. Si l’autre est totalement fiable, c’est vous qui n’existez plus, ou alors c’est lui qui triche en faisant croire qu’il est vivant, alors qu’en lui quelque chose s’est figé. »
Saint-Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. »
Badiou : «En ce sens, tout amour qui accepte l'épreuve, qui accepte la durée, qui accepte justement cette expérience du monde du point de vue de la différence produit à sa manière une vérité nouvelle sur la différence. »
 « Tout amour propose une nouvelle expérience de vérité sur ce qu’est d’être deux et non pas un. »
« Un amour véritable est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l'espace, le monde et le temps lui propose »

Rimbaud : « L’amour est à réinventer, on le sait. »
Comte-Sponville : «  L’amour vrai, c’est celui qui aime la vérité de l’autre. »
Rousseau : «Et de quel droit prétendez-vous être aimée aujourd'hui parce que vous l'étiez hier ? Gardez donc le même visage, le même âge, la même humeur, soyez toujours la même, et l'on vous aimera toujours, si l'on peut. Mais changer sans cesse, et vouloir toujours qu'on vous aime, c'est vouloir qu'à chaque instant on cesse de vous aimer ; ce n'est pas chercher des cœurs constants, c'est en chercher d'aussi changeants que vous. »
Khalil Gibran : « Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours. Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours. Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu. Mais laissez l'espace entrer au sein de votre union. Et que les vents du ciel dansent entre vous. Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne. Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes. Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même coupe. Donnez à l'autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche. Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul. De même que les cordes du luth sont seules pendant qu'elles vibrent de la même harmonie. Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l'un de l'autre. Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs. Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus : Car les piliers du temple se tiennent à distance, Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre. »


Propos entendus
-    L’amitié de Montaigne pour Étienne de la Boétie: « Parce que c’était lui, parce que c’était moi… »
-    Un ami, c’est une personne qu’on connaît bien mais qu’on aime quand même.
-    L’expression de l’amour est individuelle.
-    L’amour n’est pas durable.
-    La haine est plus vraie que l’amour.
-    Il faut d’abord s’aimer soi-même et avoir été aimé avant d’aimer.
-    On existe par l’amour de l’autre.
-    L’amour a deux composantes : physique et spirituelle.
-    Pour durer, l’amour doit se transcender.
-    L’amour contrarié est le plus intéressant.
-    Quelquefois les couples devraient se séparer dans l’intérêt des enfants.
-    Le divorce est signe de loyauté.
-    L’amour, ça s’apprend.
-    L’amour, ça se gère.
-    Mais quand on aime on ne compte pas.
-    L’amour, c’est flou, la haine, c’est net.
-    Le pardon est essentiel.
-    Le don est l’essence de l’amour.
-    Axel Honneth : « Nous aimons l’amour plus que la personne ».
-    L’amour doit-il être gratuit ?
-    La gratuité est un besoin de reconnaissance.
-    Le culte des morts est une forme d’amour gratuite.
-    Khalil Gibran : « L'amour est la seule liberté qui soit au monde, car il élève si haut l'esprit que les hommes et les phénomènes de la nature ne peuvent altérer son cours. »
-    L’amour dans le couple demande un soin permanent. Il est compliqué. C’est regarder dans la même direction.
-    L’amour ne suffit pas, il faut des actes.
-    L’amour se définit par son contraire.
-    L’amour, c’est le sens de la vie. Il transcende la vie.
-    Aimer, c’est exister.
-    C’est la grande aventure de notre passage sur terre.
-    L’amour vrai est propre à chacun. Il n’est pas universel.
-    C’est la conformité à la réalité.
-    C’est aller de vérité en vérité.
-    Il a besoin de liberté
-    Il se décline en objet-sujet-regard.
-    Le verbe aimer est difficile à conjuguer : le passé n’est pas simple, le présent est indicatif, le futur est conditionnel.
-    L’empathie n’est pas une valeur reconnue dans notre société.
-    C’est une gageure de vouloir associer la vérité avec un concept flou.
-    L’essentiel est invisible aux yeux.
-    L’amour qui fait souffrir peut rester vrai.
-    L’amour c’est d’abord physique.
-    L’amour vrai inclut la nature dans son ensemble, notamment les animaux.
-    Il existe dans le règne animal.
-    Comment l’amour pourrait-il ne pas être vrai ?
-    Il devrait y avoir plus de mots pour caractériser les multiples formes d’amour, comme pour la neige chez les esquimaux.
-    C’est un moyen de connaissance. S’il permet de connaître, alors il est vrai.
-    On ne peut donner que ce qu’on a reçu.
-    Il faut lire ou relire « Trois amours » de Cronin.
-    On peut aimer et être tordu.
-    Aucun amour n’est infaillible.
-    L’évolution a sélectionné l’amour et l’empathie car la raison pure n’est pas viable.
-    L’amour est toujours associé à une matérialité.
-    L’amour vrai est-il une invention ou procède-t-il  d’une transcendance ?
 

En guise de conclusion, proposons deux petits films d’une émission sur ARTE avec Raphaël Enthoven et Nicolas Grimaldi s’entretenant  superbement sur  l’amour, dont voici les liens
Video 1 La philosophie et l’amour Grimaldi-Enthoven
Video 2 La philosophie et l’amour Grimaldi-Enthoven