Station "L'homme et le cosmos"

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Cadran solaire analemmatique - juin 2014

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ACTIVITES DE L'ASSOCIATION

NOS CAFÉS PHILO

Nos cafés philo fonctionnent selon les principes de respect des intelligences, de neutralité et de partage

énoncés, par exemple, sous l'onglet "Qu'est-ce?" du site de cafesphilo.org ou la vidéo

en général les derniers vendredis du mois, sauf pendant les vacances scolaires

A 20 heures, 11 rue Ferdinand Lesseps à 95570 Bouffémont Plan

(Photo +Parking derrière l’immeuble de la Poste)

La participation est libre.

Prochains cafés philo

préparés et animés par Catherine Delaunay et Pierre Haller

+ Vendredi 30 juin 2017 : « Que penser de l’individualisme? »

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Programme 2017 de « TOUS PHILOSOPHES ! »

avec le Réseau des médiathèques de Val Parisis

Télécharger le programme 2017 « Tous philosophes » ou voir sur le site Internet de ces médiathèques.

+ Cafés philo préparés et animés par Catherine Delaunay et Pierre Haller

- Samedi 9 septembre 2017 à 15 h : Médiathèque de Saint-Leu-la-Forêt . « Les progrès scientifiques et techniques vont-ils de pair avec le progrès social et moral ? »

- Samedi 4 novembre 2017 à 15 h : Médiathèque d’Ermont. « L’autre et moi ».

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+ Cours d’initiation sur l’histoire de la philosophie (1 h 30) par Catherine Delaunay

- Samedi 7 octobre 2017 à 15 h : Médiathèque d’Eaubonne. « Descartes et l’émergence du rationalisme ».

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samedi 30 mars 2013

Compte rendu du café philo du 28 mars 2013









Nous étions 29 participants à ce café philo du vendredi 29 mars 2013 au centre culturel de Bouffémont (Val d’Oise) pour débattre du thème « La compétition est-elle le seul moyen de se dépasser ? » La séance était préparée et animée par Catherine Delaunay, Danielle Roslagadec et Pierre Haller.



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La compétition est-elle une composante idéologique au service d’ l’ordre social ou bien est-elle inscrite dans la nature ?

La compétition relève de la société, tandis que le dépassement semble concerner plutôt l’individu.

La compétition s’exerce dans de nombreux domaines : les idées, les égalités. On parle d’égalité des chances lorsque tout le monde peut concourir. La compétition donnerait une chance égale de devenir inégal.

Le dépassement permet de changer de plan, d’ordre, de paradigme. Pascal (1623-1662) considère trois ordres : la chair, l’esprit et  le cœur. Le dépassement consisterait à intégrer ces trois ordres dans le comportement et l’action. Pour Nietzsche (1844-1900) se dépasser, c’est construire ses propres valeurs. Les textes du  christianisme proposent une éthique de bienveillance envers autrui et de pauvreté. Gandhi (1869-1944) a été un théoricien de la résistance à l'oppression à l'aide de la désobéissance civile de masse fondée sur la non-violence. Il a contribué à conduire l'Inde à l'indépendance.



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Texte de Danielle Roslagadec



Qu’est ce que la compétition ?

•          Recherche simultanée par deux ou plusieurs personnes  d’un même poste, d’un même titre ou d’un même avantage (Larousse)

•          Epreuve sportive opposant 2 ou plusieurs concurrents ou plusieurs équipes (Larousse) championnat, coupe, critérium, match dont découle l’esprit de compétition

•          Concours, concurrence, conflit, rivalité

•          Mise en concurrence marchande ou économique dont découle le terme de compétitivité



Qu’est-ce que se dépasser ?

•          Progression, évolution,  être plus, faire plus que,  aller au-delà de l’attendu, au-delà du possible ou de l’imaginable, au-delà des limites

•          L’emporter sur  quelque chose, sur quelqu’un ou sur soi même

•          Réussir ce qui était inaccessible, aller parfois jusqu’à se surpasser

•          Ou tout simplement se révéler à soi même et aux autres ?



La compétition est elle un moteur de progression et de dépassement?

Oui, pour les adeptes, c’est incontestable par l’émulation qu’elle suscite.

La compétition est non seulement inhérente à la vie mais c’est un important moteur de  croissance. Elle peut aussi se transformer en inspiration et en stimulation, c’est l’incitation à progresser pour battre l’autre, le dépasser qui est moteur pour aller toujours plus haut, plus vite, plus fort.

L'interaction intense que provoque une émulation entre partenaires égaux permet à chacun de dépasser ses limites habituelles. Chacun apporte à l'autre une inspiration nouvelle à travers ses efforts pour le dépasser et tous deux en sortent grandis.

La compétition c’est l'expression naturelle du désir d'exceller. C’est une des façons importantes de concrétiser le désir d'épanouissement. Elle aide l'enfant à grandir, elle contribue chez l'adulte à la création de nouvelles ressources et elle permet à l'espèce de s'adapter et de survivre lorsque les conditions deviennent difficiles.



Mais, la conception même de l’excellence est  partagée :

•          Pour Homère: c’est la grandeur, la gloire, la vertu morale.

•          Pour Aristote: c’est la juste mesure, la sagesse



Pour les détracteurs, non, ce n’est pas une source de dépassement, car elle entraîne des excès, des perversions, des tricheries, voire des souffrances.

La rivalité semble aujourd’hui remise en question, tant par les scientifiques, que dans le sport, et même dans le monde du travail.

Dans sa théorie de l’évolution Darwin lui-même dit que la sélection naturelle n’est pas la voie exclusive de transformation de l’espèce.

3 exemples d’observation scientifique qui mettent en doute l’idée que la compétition permette à l’espèce de s’adapter et de survivre dans les conditions difficiles :

•          Chez l'humain : Dans le cerveau les zones de la récompense seraient stimulées par les plaisirs artistiques, musicaux etc.. ainsi que dans les situations de coopération. Alors que les zones du dégoût elles, seraient activées face à l'injustice, et dans les situations de compétition.

Des scientifiques ont mis en évidence que ce que nous croyions la grande compétition à l’origine de toutes nos vies, c. à d.  la  course des spermatozoïdes qui donne gagnant le plus rapide, le meilleur,  le plus vigoureux est aujourd’hui ébranlée par l’observation faite que certains (peut être plus courtois) cèdent le passage et que d’autres (solidaires) feraient la courte échelle.

•          Dans le monde végétal : Lorsque les grands arbres empêchent les petits d’émerger, on a découvert que leurs racines sont interconnectées par des Mycéliums qui leur permettent de communiquer entre eux et mieux, de transférer des nutriments aux plus jeunes…

•          Dans le monde animal : Chez les primates, on a observé que des macaques, soumis au choix entre « manger, mais faire souffrir un congénère », ou s’abstenir de manger, choisiront l’abstention.

            Pour Albert Jacquard : La compétition, c'est « je ». Je cours contre vous, vous courez plus vite que moi. Cela me désole. Comme je veux arriver premier, j'emploie tous les moyens, y compris la tricherie. C'est vouloir vaincre et l'emporter sur l'autre.

L'émulation, c'est je cours avec vous, vous arrivez plus vite que moi et loin d'en être désolé, j'en suis tout heureux car vous avez des leçons à me donner sur ma façon de courir. C'est être content d'être dépassé par l'autre dans l'espoir qu'il vous ouvre des possibilités nouvelles. C'est l'exact opposé de la compétition.



Quels sont les domaines où nous pouvons observer les effets de la compétition sur le dépassement de soi ?

•          Au cours des études, examens, classements, concours, évaluations.

La réussite scolaire et plus tard la réussite sociale sont souvent définies en terme de performance, de prestige méritocratique. Encore que la dernière ait tendance à être  doublée par les richesses matérielles au mépris des richesses intérieures.



•          Combats, Conflits, les rivalités.

La rivalité a jalonné l'évolution humaine. Dans la  compétition c’est l'action qui occupe toute la place dans le cerveau. La conscience passe  au second rôle.  Les choses alors s'accélèrent et s'affolent comme dans n'importe quel combat. Ce fut le cas à l'époque des grandes conquêtes de la renaissance. Ce fut également le cas pour l'ère industrielle du XIXe siècle. De nouvelles puissances en compétitions, un marché plus ouvert avec peu de contraintes. L’apothéose étant la mondialisation et l’état d’urgence permanent auquel nous sommes soumis.



•          Sport

Encore selon Albert Jacquard : la compétition n’est pas constitutive du sport. Ce mot anglais signifierait qu'il s'agit de s'améliorer soi-même tout au long de la vie.

Pour certains historiens, les coureurs ou les sportifs Grecs de l’antiquité essayaient de donner le meilleur d'eux-mêmes. Il n'apparaît pas évident qu'ils allaient jusqu'à employer les moyens de tricher, comme c'est devenu courant dans l'approche du sport contemporain. L'enjeu de civilisation contenu dans les jeux grecs était supérieur. Il visait à éviter la guerre. La vraie finalité n'était pas d'être le premier, le meilleur, mais de participer à la paix.

Au-delà du dopage, et des tricheries auxquels nous assistons aujourd’hui, le sport peut devenir aussi une drogue, un comportement pathologique. L’addiction à l’effort fabrique des endorphines et provoque des sensations de plaisir mais aussi des souffrances.



•          Travail

De nos jours dans  l’entreprise : la compétition est fortement présente, non seulement dans la gestion économique et la concurrence entre sociétés, mais aussi à l’intérieur même, par l’évaluation des salariés, les nouvelles  techniques de management  comme le benchmarker : c’est le point de référence, l’évaluation comparative qui permet d’étalonner. Ce concept est né dans les années 80 dans la société Xérox aux EU pour concurrencer les japonais qui avaient eux même déjà un mot (dantotsu) pour dire le meilleur des meilleurs.

La concurrence, la confrontation permanente, la course à la réussite, la compétition y semblent autant d’obstacles à l’ « humanité » des rapports interpersonnels et entraîne, la souffrance au travail, la dépression, voire le suicide.



•          La compétition fiscale est aujourd’hui mise en scène avec les évènements Chypriotes, grecques,  espagnole et ce n’est hélas sans doute pas terminé.



•          Dans les jeux bien sûr puisqu’il s’agit là de gagner et de l’emporter sur les autres. On voit de plus en plus dans les médias se multiplier les occasions de se mesurer aux autres (sport, culture, le people, le domaine culinaire est devenu très à la mode…etc…) sans parler des situations extrêmes qui ont fait l’actualité des jours derniers.



Existe- t-il  d’autres moyens de se dépasser ?

•          Connaissance de soi,  autonomie,  émancipation.

Ne pas chercher à être meilleur que l'autre, mais à 'être meilleur que moi-même, pour cela je dois me connaitre et connaitre mes limites. Ne pas m’opposer aux autres mais m’enrichir de ce que je peux échanger avec eux.



•          L’art, la créativité, l’imaginaire.

On peut considérer  que le but d'une vie d’humain, c'est de se créer, d’inventer, de construire.

Les plus grands artistes ne sont pas les gagnants d’un concours ou d’une course. Ils inventent, c’est le regard de l’autre sur l’œuvre qui les reconnait comme talentueux. C’est le regardeur qui est touché par l’œuvre.

Bien que, là aussi des perversions s’insinuent puisque dans notre société contemporaine, désormais le marché de l’art s’interpose entre les deux et fausse les repères et les appréciations.



•          Dans le travail par la coopération, le partage, l’entraide,  les gestes qui préservent ou sauvent. L'esprit de partage n’est pas compatible avec la compétition. Est-ce que nous nous dépassons  plus dans l’adversité que dans la  coopération ?

•          Dans le sport Il est possible substituer au culte de la performance la notion de beau jeu. Il suffit de changer les règles. Cette confusion entre sport et compétition a été exacerbée par la société d'aujourd'hui, qui ne cherche de source de dépassement de soi-même qu'à travers la confrontation avec l'autre. On peut se sentir meilleur que l'autre mais ne pas en faire le moteur de toute notre activité. 

Bernard Moitessier (1925-1994) qui, en 1968, était arrivé premier d’une course en solitaire, mais avait refusé de franchir la ligne d'arrivée du vainqueur. Les courses à la voile, sont d’ailleurs les rares épreuves qui nous font admirer le dernier presqu’au même titre que le vainqueur. C’est sans doute les qualités des concurrents, la compétence, l’endurance, la persévérance, la passion qui sont admirées plus encore que la performance.



La marche, ou toute autre épreuve choisie, solitaire ou collective qui invite à aller au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. De multiples exemples de marcheur : Théodore Monod a pu traverser le désert avec quelques litres d'eau, sans en faire une source de gloire, mais d'entraînement. Stevenson, H.D. Thoreau, Jean Jacques Rousseau, et tant d’autres  marcheurs et pèlerins se sont lancés sur les chemins en quête d’eux même et de sens.



•          La méditation, la spiritualité, l’ascèse

L’accomplissement de soi plutôt que l’excellence ou la performance. Il semble que nous sommes à une période charnière de remise en cause de systèmes de pensée qui ont atteint leurs limites. Un sociologue faisait récemment l’observation d’un croisement qui est en train de s’opérer entre orient et occident. L’orient, par le développement économique, se précipite dans la consommation, la compétition , l’individualisme, alors que l’effet de l’effet de la récession qui est infligée à l’occident le porterait à se tourner vers les disciplines plus proches des sagesses orientales.



Conclusion

Il me semble que le culte de la performance et du dépassement de soi qui s’impose à tous aboutit à un clivage entre ceux qui suivent le rythme qu’elle implique et ceux qui n’y parviennent pas, ou qui le refusent. Là aussi, me semble-t-il un changement s’opère qui porte les uns et les autres à se rassembler, à réfléchir ensemble. Dans nos activités, nous apportons un modeste, mais précieux exemple pour y contribuer.



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Texte de Pierre Haller




La compétition semble profondément inscrite dans la nature dans la lutte pour un territoire, les aliments, les partenaires sexuels, le rang social. L’observation des plantes, des animaux et des humains individuellement ou collectivement confirme partiellement cette tendance. Elle crée de la distance entre les individus et entre les espèces assurant ainsi la diversité et une certaine dynamique. Cependant cette compétition n’est pas le seul facteur de régulation sociale des espèces vivantes. On observe également des phénomènes de symbiose entre espèces fondés sur l’intérêt mutuel, des comportements altruistes, notamment vis-à-vis de la protection des enfants chez les animaux. Cette contribution de l’individu au comportement collectif participe à la stratégie la plus payante pour la survie de l’espèce. La compétition n’est qu’un des principes organisateur de la nature. La coopération est facteur de stabilité. Des millions d’espèces vivent sans se faire concurrence et, bien au contraire, chacune apporte sa contribution aux cycles de la vie. Notre organisme abrite 100 milliards de bactéries, virus et prions autant que le nombre de nos cellules. La masse de matière vivante sous la surface du sol est aussi importante qu’au-dessus (sauf dans les champs couverts de pesticides). Si la compétition existe à ces niveaux d’organisation du vivant, elle sert essentiellement à la survie de l’ensemble des espèces. « La forêt est le triomphe d’espèces mutuellement dépendantes », selon Edouard Goldsmith (1928-2009) dans le « Tao de l’écologie ».



Dans la plupart des sociétés humaines, la compétition entre les individus et les groupes participe à l’ordre et à la hiérarchie sociale. La compétition humaine s’exerce dans les domaines les plus divers : scolarité, reconnaissance sociale, argent, pouvoir, gloire, sex-appeal, symboles du statut social, profession.



Les avantages et inconvénients de la compétition. La compétition est facteur d’émulation et de motivation à progresser tant pour les individus, à l’école ou dans la profession, que pour les groupes en matière économique ou technologique. “Competition brings out the best in products and the worst in people.” « La compétition apporte le meilleur pour les produits et le pire pour les gens. » David Sarnoff, fondateur de  RCA.



Cependant la solidarité, l’accès aux services d’intérêt général, le droit, la justice, les valeurs morales participent au développement humain et ne font en principe pas l’objet de compétition. En principe, ils devraient être exclus de l’économie marchande. 

La mise en concurrence des services publics fondamentaux (énergie, transports, santé, éducation, propreté, information, culture, sécurité) avec le marché semble cependant nécessaire pour une saine régulation. Réguler, c’est s’assurer que le marché compétitif contribue à l’intérêt public et, inversement, que l’intérêt public assume une certaine dose de concurrence, pour qu’il n’y ait pas sclérose des structures, des économies de rente et ce que les économistes appellent allocation suboptimale des ressources. Cet équilibre entre intérêts privé et général devrait chercher à protéger l’intérêt général.



Le sport spectacle (foot, JO, etc.) constitue un fonds de commerce qui brasse des milliards d’euros à travers le monde. Il s’auréole souvent de vertus humanistes qu’il instrumentalise. Il est le nouvel opium des peuples. Cependant les championnats transcendent les conflits entre les groupes et les nations. Le sport spectacle est source de richesse et d’emplois. L’idéologie sportive cache les coûts des dommages collatéraux. Selon l’étude datant de 2008, le sport cause chaque année de l’ordre de 1 million d’accidents en France. Une autre étude consacrée au ski rapporte 150.000 accidents par saison dont 25  % de fractures. Par contre l’Organisation Mondiale de la Santé souligne que la sédentarité est une cause majeure de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité. Elle entraînerait plus de 2 millions de décès par an.



La compétition permet l’émergence d’une élite basée sur le mérite et moins sur l’héritage social comme dans les sociétés anciennes. Cette élite basée sur le mérite se constitue également à son tour en castes à travers ses concours, ses codes sociaux, ses réseaux, faussant ainsi l’égalité des chances.



La compétition peut susciter des réserves sous bien des aspects. Chacun prend sa place dans l’échelle sociale selon ses succès mais aussi et surtout en fonction de ses échecs. Le phénomène de frustration s’opère à tous les niveaux de la société. La course aux concours ou à la sélection sportive peut être traumatisante à vie pour ceux qui n’ont pas réussi et dont les efforts n’ont pas été couronnés du succès escompté.



Selon un dossier du journal Le Monde du 16 mars 2013, l’évaluation des salariés s’est frénétiquement généralisée et industrialisée dans les entreprises. Elle exacerbe la compétition entre les personnes et détruit les liens d’amitié. La réduction des êtres à des critères mathématisables est cause de blessures et de souffrances au travail. « Toutes les pathologies de la solitude que l'on observe aujourd'hui dans le monde du travail, le plus souvent des dépressions et des réactions paranoïaques, sont une grande nouveauté », selon  Christophe Dejours (1949-), médecin, ergonome, psychiatre et psychanalyste. Sans doute faut-il réévaluer l’évaluation des humains et des entreprises.



L’externalisation massive des activités des entreprises, au nom de la compétitivité, précarise le statut des employés, porte atteinte à leur besoin de reconnaissance et exacerbe la compétition. La croissance exponentielle des salaires aux plus hauts échelons de la hiérarchie (les rapports des salaires iraient de 1 à 70) est démobilisatrice pour le reste des 99 % des employés. 



Le traitement humain des sportifs de haut niveau est parfois peu compatible avec la dignité humaine (dopage, maladies, abandon, renvoi à la pauvreté lorsqu’ils ne sont plus rentables).

La compétition se base le plus souvent sur des critères simplistes des performances sportives, des connaissances normalisées et livresques, de la maitrise de codes sociaux ou de langage. L’appartenance à des réseaux sociaux, à de clans ou le népotisme constituent des modes de compétitions encore bien en vogue dans la plupart des sociétés. 



La compétition exacerbe les rivalités au détriment de l’empathie.



La compétition peut devenir une fin en soi et constitue une forme de narcissisme. Le narcissisme est le renfermement sur soi, l’incapacité à s’identifier à l’autre, et menace autant les individus que les sociétés qui finissent par investir toute leur énergie dans leur image de soi au détriment de l’autre.



La tricherie dans les compétitions, notamment sportives, scolaires ou professionnelles constitue des entorses morales et conduisent parfois à des délits ou à des crimes. Les règles du jeu cependant s’affichent toujours publiquement frappées du coin de la morale et de la probité. La France est souvent montrée du doigt pour ses castes d’élites qui bloquent les évolutions sociales et contribuent à un climat de défiance vis à vis de ces élites et des institutions qu’elles phagocytent.

Le monde la finance montre qu’aujourd’hui la compétition échappe aux compétiteurs et à leur démesure (hybris). Selon l’ouvrage dont le titre est « 6 », éditeur Zones sensibles, les vrais maîtres de la Bourse ne sont pas des financiers sans scrupules mais des algorithmes sans âme agissant à la vitesse de l’éclair dans des ordinateurs abrités dans des hangars de banlieues et prenant le pouvoir sur les humains. Ce n’est pas de la science fiction. « Les marchés ne sont plus qu’un réseau de machines impénétrables... Les technologies, la structure des marchés et les nouveaux produits financiers ont évolué plus rapidement que notre capacité à les comprendre et à les contrôler. Le système tout entier est désormais un jeu truqué. » (Le Monde du 20 mars 2013.) La compétition moderne est technologique.

Après le tournant ultra libéral des années 1980 aux Etats-Unis, l’action de l’État a été progressivement subvertie par les intérêts privés, les années 2000 constituant l’apogée du processus : dans la santé, l’éducation, le logement, la défense, les politiques publiques ont de plus en plus consisté à garantir des rentes à des entreprises privées proches du pouvoir. L’État garant de l’intérêt général s’est mué en État prédateur soumis à «l’exploitation systématique des institutions publiques pour le profit privé », selon James K. Galbraith, (1952-) dans «L’Etat prédateur ».



Se dépasser.

Se dépasser concerne les individus et les sociétés. Dans les deux cas, l’enjeu est triple : assumer la vie normale, faire face aux forces de délitement et enfin se mettre au service de quelque chose de plus grand que soi. Pour l’individu, la vie normale consiste à maintenir le cap dans les difficultés et tourments de la vie. Les forces de délitement sont d’une part la maladie et le vieillissement et d’autre part les péchés capitaux que sont : l'orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la paresse, la gourmandise. Les excès dans ces domaines sont des formes de narcissisme. Les victoires contre la maladie, le vieillissement et la mort ne sont que temporaires. La compétition contre le délitement peut donner du sens à la vie. Le service à quelque chose de plus grand que soi peut prendre de nombreuses formes : le travail, la famille, l’amitié, l’amour, l’art, l’étude, les sciences, la philosophie, la spiritualité, la culture, l’humanitaire, le soin et l’attention aux autres, etc. Beaucoup de sports, de jeux ou de hobbies peuvent être pratiqués sans esprit de compétition exacerbé, pour le simple plaisir, par amitié, pour s’autoévaluer et s’améliorer.

Pour les sociétés démocratiques, la vie normale devrait être la paix. Les forces de délitement, les péchés capitaux, sont  les excès du clanisme, du  populisme, du consumérisme, du vedettariat, de la société de spectacle, de la stigmatisation d’ennemis, de la corruption, du rationalisme compulsif et à court terme dans les domaines financier et économique. Le service à quelque chose de plus grand c’est leur devoir de civilisation dans les domaines du contrôle des pouvoirs, de la justice, de la paix, de l’éducation, des sciences, des lettres et des arts, de l’environnement naturel et de la biosphère. Le plus grand que soi, c’est l’ordre émergeant dans les domaines de l’esprit et du cœur pris dans le sens de Pascal mentionné plus haut. .



Ces enjeux de lutte contre le délitement ou le service au plus grand que soi ne sont pas uniquement de l’ordre de la compétition. Les prix littéraires ou scientifiques et aujourd’hui des classements des pays avec des Indices de développement humain (IDH jugeant les systèmes d’éducation ou de santé, le fonctionnement de la justice, la protection de l’environnement, les degrés de corruption, etc.) relèvent du « benchmarking ».  Le « benchmarking » met en exergue des talents, des bonnes pratiques et constitue une forme d’intelligence collective.



Le journal Le Monde de ce 28 mars 2013 rapporte le classement des lycées français en fonction de leur taux de réussites au bac. Il est intéressant de noter l’évolution du critère de classement qui n’est plus le taux de réussite absolu mais la « valeur ajoutée » qui est la différence entre le taux obtenu et le taux escompté en fonction du profil social des élèves. Cette valeur ajoutée traduirait donc la qualité des efforts des équipes enseignantes en vue de la réussite des plus défavorisés. Les lycées publics d’Argenteuil et de Goussainville dans notre département du Val d’Oise sont ainsi classés dans les 20 premiers de France.



En conclusion, comme on s’y attendait, la compétition n’est pas le seul moyen de se dépasser. Elle y contribue, mais elle a des effets pervers. Saint Thomas d’Aquin (1224-1274) disait qu’un minimum de bien-être (donc issu de la compétition sociale) est nécessaire pour pratiquer la vertu. Confucius (-551 à –479) ne condamnait pas seulement « la poursuite de l’intérêt mais tout esprit de compétition vulgaire. L’honnête homme ne cherche qu’à se surpasser lui-même ». Le bien-être est très inégalement réparti entre les humains en raison de compétition entre les individus et entre les groupes. Le dépassement de soi est plus aisé lorsqu’on n’est pas confronté à des problèmes de survie au quotidien. A contrario, il importe de mettre son bien-être au service d’autre chose que son narcissisme. Paradoxalement la compétition est à la foi l’alliée et l’ennemie dans la lutte éternelle de la personne humaine pour sa dignité.

Il faut avoir conscience que dans tout processus d’évolution, tel que la vie, l’optimum local et immédiat n’est pas l’optimum global. Le chemin vers le dépassement de soi passe parfois par l’échec.



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Paroles entendues



-          Nous ne sommes pas égaux à la naissance. Mais la fable de La Fontaine, « Le lièvre et la tortue »« La tortue arriva la première. "Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? »

-          On laisse trop de gens au côté de la route.

-          L’école française favorise trop le travail individuel.

-          Nous ne sommes pas égaux devant le temps de l’histoire qui s’accélère.

-          Dans les études, selon le niveau, on favorise les performances et/ou les efforts. Dans le monde du travail c’est plutôt les efforts (discutable ...).

-          Dans l’amour d’un couple, il n’y a pas de compétition.

-          Le monde artistique est un ensemble de talents et de compétitions.

-          Le vrai sportif assume la compétition. On rencontre l’amitié dans le sport.

-          La confrontation avec un apprentissage, par exemple celui d’un instrument de musique, est source de bonheur.

-          En alpinisme, on est capable grâce aux autres. Au départ tous sont pareils.

-          En économie, c’est chacun pour soi.

-          Les morts de la guerre économique, ce sont les chômeurs.

-          Le classement des lycées en fonction des résultats du bac est contestable. Certains bons chiffres sont obtenus au prix de trois redoublements en six ans. Certaines écoles privées obligent les élèves douteux à se présenter en candidats libres.

-          Selon Bourdieu (1930-2002), tout le monde n’a pas les mêmes chances dans la vie. A Saint-Denis (9-3), bien des jeunes, garçons ou filles, n’ont pas d’autre horizon mental que celui de la rue des Francs-Moisins.

-          Les concours ne sélectionnent pas les meilleurs. Cela dépend des critères.

-          Les performances sportives gagnées à centième de seconde près n’ont pas de sens.

-          Les entreprises ne travaillent  pas pour le bien du pays.

-          En vieillissant nous choisissons d’autres challenges.  

-          La compétition est horizontale, individuelle et matérielle. Le dépassement est rationnel, spirituel et sert aux autres.

-          La compétition saine est celle qui sert à tous.

-          L’émulation est saine. Le travail en groupe donne envie de réussir ensemble. Voir les expériences pédagogiques du collège Aristide Briand de Domont (95).

-          L’alpinisme c’est l’expérience de l’inutile qui permet la découverte de soi.

-          Dans le compagnonnage, l’apprentissage est un dépassement de soi.

-          Il y a aussi des querelles de compagnons.

-          La désobéissance est un moyen de se dépasser.

-          « Rien ne fonctionne si les opérateurs sont strictement obéissants », selon le psychiatre, psychanalyste Christophe Dejours (1949-).

-          L’estime de soi est importante.

-          Je ne sais pas ce que veut dire « se dépasser ».

-          Le groupe est plus que la somme des individus.

-          On peut s’appeler mutuellement à se dépasser.

-          La famille a un rôle dans la motivation à se dépasser.

-          Le dépassement est une affaire personnelle.

-          La compétition sert-elle à faire avancer ou est-ce de l’égoïsme ?

-          Le dépassement peut être de la vanité.

-          Le dépassement peut être une réponse au sentiment de vide.

-          La construction européenne est un dépassement de l’histoire.

-          Non, l’Europe, c’est de l’intérêt !

-          Le dépassement peut être négatif (drogue, anorexie) ; il doit s’appuyer sur des valeurs.

-          Le dépassement c’est se ressourcer en soi.

-          C’est le plaisir qui en résulte.

-          C’est aimer les autres.

-          Le migrant, celui qui se sépare, se dépasse.

-          Sortir c’est se dépasser.

-          Le divorce peut en être.

-          La reconnaissance est indispensable.

-          Un pays doit se dépasser.

-          En entreprise, les objectifs de compétition peuvent détruire les personnes. La compétitivité c’est la destruction des rapports humains.

-          Le cerveau crée ses propres drogues.

-          La reconnaissance du groupe est essentielle. Avec la gentillesse on obtient de bons résultats. Ce qui manque à notre société, c’est l’écoute mutuelle. 

-          Le musicien Olivier Messiaen (1908-1992) prisonnier au Stalag en 1942, a composé Quatuor pour la fin du Temps (écouter)

-          On est toujours face à soi-même. Les plus belles victoires sont celles qu’on remporte contre soi-même.

-          Il faut penser au-delà de sa propre préoccupation.

-          Donner c’est important.

-          On oppose coopération et compétition. Quand on évolue il faut réguler la compétition. La compétition est un mal nécessaire qu’il faut réguler.

-          Je préfère le mot challenge.

-          Je préfère émulation.

-          Il faut se transcender par rapport à l’immédiat.

-          Je me dépasse dans la consommation religieuse ou esthétique.

-          La compétition est une valeur vitale, mais elle doit être positive.

-          Il y a des dépassements de soi inattendus.

-          Confiance, écoute, regard.

-          Entraide et désobéissance.

-          Grâce au défi on avance.

-          Le groupe a été créatif.



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Citations



« Il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui en prennent le crédit. Tentez d'être du premier groupe ; il y a moins de compétition. »,  Indira Gandhi



« Baisser les bras dans une compétition sous prétexte qu'on ne peut terminer premier est incompatible avec l'esprit du sport. »,  Eric Tabarly



« Internet accélère l'avènement de la société de marché, avec une poussée violente de concurrence et de compétition. »,  Alain Minc



 « Celui qui ne court pas après le record, qui ne cherche pas à être riche, ou n’a pas peur d’être pauvre, qui n’a pas le moindre intérêt y compris pour lui-même, celui-là est libre. » Rumi



« L’apprentissage réel intervient lorsque l’esprit de compétition a disparu. » Jiddu Krishnamurti



« La vie est une course que je ne veux jamais gagner, je préfère vagabonder et jouir du paysage. » Aditya Chandra



« La compétition apporte le meilleur pour les produits et le pire pour les gens. » David Sarnoff,  RCA



« Dépasser ses limites, c'est témérité et présomption. » Emmanuel Kant



« La bienfaisance consiste à dépasser ses devoirs envers les autres hommes. » Duc de Lévis



« Aimer, c'est se surpasser. » Oscar Wilde



« Dépasser les limites n'est pas un moindre défaut que de rester en deçà. » Confucius



«  S'il existe une réalité qui dépasse le rêve, c'est ceci : Vivre. » Victor Hugo



« Nous devons apprendre aux enfants à vivre ensemble, dans un milieu sans compétition. C'est à travers la rencontre de l'autre que nous nous formons. Sinon, nous ne sommes qu'un vulgaire tas de protons et neutrons. » Albert Jacquard 

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