Qui sommes-nous ?

PRESENTATION

L’association du Chemin du philosophe comporte trois types d’activités :

1)  L’entretien et l’animation du Chemin du philosophe en forêt de Montmorency.

2)  L’organisation de cafés philos, de conférences, d’ateliers de lecture, de sorties à thèmes en forêt.

3)  La maintenance de ce blog qui tient à jour le programme des activités et qui les archive depuis 2008.

+ Retrouvez facilement le site Internet du Chemin du philosophe en tapant "cheminphilo" sur un moteur de recherche Internet.

+ Pour découvrir le Chemin du philosophe en forêt : un petit film .

+ Pour télécharger la brochure 2021 du Chemin du Philosophe.

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+ Pour trouver le Chemin du Philosophe : carte (avec le GPS, programmer 179, rue de Paris, Montlignon, le parking est proche).

+ La participation aux activités de l'association implique une éthique de neutralité et de tolérance ainsi qu'une étiquette de courtoisie. L’accès est libre à la plupart des activités.

+ Pour soutenir et adhérer à l'association ou renouveler annuellement : Bulletin d'adhésion.

+ Pour nous écrire : cheminduphilosophe(arobase)wanadoo.fr

 

 PROGRAMME DES ACTIVITÉS A JOUR – OUVRIR LE LIEN

Station "L'homme et le cosmos"

Station "L'homme et le cosmos"
Cadran solaire analemmatique - juin 2014

lundi 28 novembre 2011

Compte rendu du café philo du 25 novembre 2011




Thème : La culture permet-elle d’échapper à la barbarie ?

Trente-six personnes ont participé à ce café philo du 25 novembre 2011 au restaurant Biouti de Montlignon (95). Martine, Georges (lien vers les textes de Georges et de Martine), Catherine et Pierre avaient préparé le sujet qui a donné lieu à un débat très animé. En voici quelques éléments.

Si l’homme était un animal ordinaire, le poids de son cerveau par rapport au poids de son corps serait de l’ordre de 600 grammes au lieu de 1300 grammes. C’est avec ce supplément de 700 grammes qu’il a fabriqué sa culture et sa barbarie, qui semblent constituer les deux faces de sa nature profonde. 

La culture
En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c'est-à-dire ce qui est de l'ordre de l'acquis et non de l'inné. Claude Lévi-Strauss considère que la culture est naturelle à l'homme. Tous les hommes en ont une. L’état de nature (état pré-culturel) ne serait que pure fiction. La culture a longtemps été considérée comme un trait caractéristique de l'humanité, qui la distinguait des animaux. Mais des travaux récents en éthologie et en primatologie ont montré l'existence de cultures animales.
En sociologie : la culture est définie comme "ce qui est commun à un groupe d'individus et comme ce qui l’identifie et le soude. Elle évolue dans le temps par des échanges. Elle se constitue en manières distinctes d'être, de penser, d'agir et de communiquer.

Il existerait 150 définitions différentes du mot culture :
Culture générale
Culture d’entreprise,
Culture d’ingénieur,
Religieuse, le sacré,  artistique, littéraire, scientifique,
Biens culturels,
Ministère de la culture
Us et coutumes, comportements, savoirs, éthique, paradigmes,
Valeurs, normes, artefacts,
Institutions politiques, sociales, économiques
Culture individuelle ou  collective
Cuisine, habitat, vêtements, monuments
Rites sociaux et religieux
Langage, etc.

Les modes de transmission des cultures : oralité, architecture, œuvres d’art, écriture, médias, Internet.

Les modes de transformation des cultures : rencontre des cultures, migrations, guerres, mariages, traductions, erreurs de traduction.
Tout comme il y a une évolution biologique, certains éthologues, ainsi que plusieurs généticiens, estiment qu’il y a une évolution culturelle, et que cette évolution se fait par mutation, puis est transmise par des "gènes" de la culture, appelés mèmes, (Richard Dawkin) qui subissent une pression sociale et environnementale, aboutissant à leur disparition ou au contraire à leur expansion en fonction de leur plasticité.

La culture contemporaine
Historiquement, ce fut la création des comités d'entreprise qui permit aux employés de bénéficier d’activités culturelles proches de leur lieu de travail (prêt de livres, de disques…).
Plus récemment, les activités de mécénat se sont multipliées, afin de renforcer l’image des entreprises : par exemple le sport (voile, tennis, football, cyclisme…), pour donner une image d’esprit d'équipe. Le mécénat tend à s’ouvrir aujourd’hui à des activités plus artistiques. Ainsi une entreprise du secteur pétrolier peut trouver des intérêts à participer à des expositions en relation avec la culture arabo-musulmane par exemple.
Les autres institutions : Le ministère de la culture, l’UNESCO, l’université, les associations, les industries culturelles, éditions, cinéma, télévision, musique, théâtres, Internet.

La barbarie
Le terme « barbare » est appliqué par les Grecs à tout peuple qui ne parle pas leur langue. Il a été ensuite utilisé par les Romains pour nommer tous les peuples qui se trouvent à l'extérieur du limes, dans le Barbaricum, la « terre des Barbares ». Il faudra attendre les invasions de l'empire romain pour que le terme devienne péjoratif à l'image des Vandales. Aujourd'hui, ces termes peuvent traduire à la fois le mépris pour l’autre, l’étranger, ainsi que la crainte qu’il inspire.
Michel de Montaigne, qui vécut l’époque « barbare » des guerres de religion de la fin du XVIe siècle, écrit dans ses Essais : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. ».
Au fil de l’histoire, le terme a revêtu différentes acceptions. Ce terme englobe donc tout ce qui a pu causer du tort à l’Occident en général, en particulier à l’Occident chrétien : les Huns, les Germains et les Sarrasins (Maures).

La barbarie collective
Dans la plupart des conflits les adversaires se positionnent en défenseurs de la civilisation en dénonçant la barbarie de l’adversaire. 
La découverte des camps nazis, soviétiques, chinois, japonais, l’utilisation de la bombe atomique, les génocides, les expériences médicales sur des humains a signifié la fin des concepts hégeliens stipulant que l’idéalisme puisse gouverner l’Histoire des idées. L’historiographie remet en cause la simplification selon laquelle l’Histoire évoluerait soit dans un sens positif et éclairé, soit dans un sens négatif, sombre, en attribuant la cause à des barbares désignés comme autant de boucs émissaires. L’énormité des barbaries du 20ème siècle a contribué à ébranler la foi des croyants en un Dieu juste. Bien des questions restent sans réponses sur ces cultures qui n’ont pas pu empêcher la barbarie.
Comment l’Evangile du Christ ou le Coran peuvent-ils être détournés pour justifier la barbarie ? Comment les penseurs du libéralisme, imprégnés des valeurs humanistes des Lumières, ont-ils pu justifier l’expansion coloniale européenne ?
Comment le peuple qui a généré Mozart, Schubert, Kant ou Goethe a-t-il pu suivre les nazis ?
Etc, etc....

Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? Les récents épisodes de révolte en banlieues ont confirmé que les bibliothèques étaient une cible privilégiée lors des émeutes. Les rapports de que certains jeunes entretiennent avec la culture de l’écrit sont troublants. Ils évoquent les plus sombres pages de l’histoire, mais symbolisent sans doute plus simplement l’échec scolaire et la fracture sociale.

La barbarie rampante
La mondialisation et l’uniformisation constituent  une barbarie insidieuse.
Le modèle anglo-saxon, appuyé sur l’anglais comme langue véhiculaire, tend à imposer certains modes de fonctionnement dans les institutions mondiales, notamment commerciales, financières ou militaires qui sont une forme d’impérialisme culturel et linguistique. Le développement de la culture de masse depuis les années 1930, dans le sillage de l’américanisation, a favorisé des modes de consommation et de production qui ne sont plus aujourd’hui compatibles avec les contraintes sociétales et environnementales contemporaines.
En effet, après l'impasse du fascisme qui a fait disparaître l'individu dans les foules fanatisées et après celle du communisme qui a interdit à l'individu de parler tout en le collectivisant, est venue celle de l'ultra et du néolibéralisme qui réduit l'individu à son fonctionnement pulsionnel en le gavant d'objets.
Face à la  domination mondialisée, certains pays et groupes sociaux réagissent en prônant la diversité culturelle  qui paradoxalement sert parfois de paravent à un repli identitaire notamment religieux.
En France, l’expression exception culturelle tend à prendre un sens péjoratif, dans la mesure où les solutions adoptées pour défendre la diversité culturelle passent par des formes d’action concentrées autour de l’État (contrôle par des aides publiques et subventions aux différentes formes de médias et aux affidés…), qui ne vont pas nécessairement dans le sens de la qualité de la création culturelle.

Privatisation de la guerre ou du contrôle des migrations, la haute technologie militaire (drones), le contrôle mondial d’internet préfigurent des dérives préoccupantes pour la civilisation. 
Les nouvelles technologies de l’information portent en elles de graves dérives pouvant conduire à de nouvelles formes de barbarie : surveillance des personne tout au long de leur vie, atteinte à l’intimité.

Les excès législatifs peuvent être source de barbarie. « Corruptissima re publica plurimae leges ». « Jamais les lois ne furent plus multipliées que lorsque l'État fut le plus corrompu. » Tacite, Annales, 3, 27.

 
Les barbaries individuelles
Les comportements barbares individuels peuvent relever de la pathologie ou de l’histoire de la personne. Ils sont cependant souvent légitimés plus ou moins explicitement par une autorité politique et morale ou encore par une culture ambiante. Il s’agit, par exemple, des actes racistes, des violences familiales, de l’obéissance aux délires d’un leader charismatique, de la vendetta ancestrale, de l’exaltation religieuse ou patriotique. Les violences extrêmes qu’on observe pendant les guerres s’expliqueraient par la culture de guerre, la brutalisation des sociétés, le consentement des soldats, la contrainte.


La canalisation de la barbarie
Un certain nombre d’institutions canalisent et limitent la barbarie : religions, droit, justice, police, armée. Bien que parfois elles sont elles-mêmes les instruments de la barbarie. Les utopies idéologiques (politiques, religieuses, dogmes économiques,) connaissent des phases de barbarie. L’élévation du niveau culturel des sociétés semble toutefois corrélée avec la baisse de la criminalité individuelle.
« En vingt ans, le nombre d'homicides volontaires a sensiblement baissé. À la cour d'assises de Paris par exemple, 105 personnes ont été jugées pour ces faits ces cinq dernières années, contre 279 il y a vingt ans. À Lyon (Rhône), la baisse enregistrée est de 60 %. ». La Croix 2/2/10.

    « C'est une tendance de long terme, qui va de pair avec la délégitimation de la violence : historiquement, notre société stigmatise de plus en plus les actes violents, devenus donc moins socialement acceptables et davantage sanctionnés juridiquement.
    Les violences sont de moins en moins un moyen de régler les conflits de la vie civile ordinaire. » Laurent Mucchielli, Rue 89, 4/2/10

  
Les droits de l’Homme
Les droits de l'homme sont un concept selon lequel tout être humain possède des droits universels, inaliénables, quel que soit le droit positif en vigueur ou les autres facteurs locaux tels que l'ethnie, la nationalité ou la religion. La Déclaration universelle des droits de l'homme a été promulguée en 1948 à l'ONU à l'initiative de René Cassin.

Interview dans Le Monde du 5 novembre 2011, de Jean-Paul Costa qui vient de quitter la présidence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg.
Quel est, selon vous, l'état des libertés en France ? La France a fait beaucoup de progrès. Le pays a toujours tendance à se voir comme la patrie des droits de l'homme, alors que ce n'est que la patrie de la Déclaration des droits de l'homme, mais, comme dirait Robert Badinter, c'est déjà très bien. Ce n'est pas parce qu'on a été pionnier qu'on est toujours en avance. L'état des libertés, cependant, est meilleur qu'il ne l'était il y a une quinzaine d'années, sauf dans quelques domaines, la condition des détenus et la réglementation sur les étrangers. Les prisons restent un point noir. Quant aux étrangers, les problèmes ne sont malheureusement pas propres à la France. L'état global des libertés n'est pas mauvais. Notamment grâce à l'influence de la Cour européenne.

Edgar Morin :
Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel
Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.




Paroles entendues :
-          Dans la sphère privée, on peut choisir sa culture, ce qui n’est pas le cas en entreprise.
-          La barbarie provient soit du besoin de puissance soit de celui d’espace vital.
-          La taille de l’Empire romain, réservoir d’esclaves et de femmes, a été limitée par les distances d’acheminement supportables par ceux-ci vers Rome.
-          La barbarie est la lèpre de la civilisation.
-          La culture n’est pas l’antidote à la barbarie.
-          « Je suis responsable du visage de l’autre ». Lévinas.
-          La barbarie c’est déshumaniser l’autre.
-          La violence et la barbarie, ce n’est pas la même chose.
-          La barbarie est à la fois contrôlée et incontrôlée.
-          Elle est individuelle et collective.
-          Elle est rationnelle et irrationnelle.
-          Elle change de visage au cours de l’histoire.
-          Elle stigmatise des groupes entiers à partir du comportement de quelques individus.
-          Bien des personnes n’ont pas les moyens intellectuels d’analyser les situations ou les manipulations dont elles sont l’objet.
-          Notre système économique, qui crée le chômage, est barbare. Nous sommes tous complices. Le marché qui prend son autonomie n’a aucune éthique.
-          La culture sécrète la barbarie. On y bascule facilement. On ne peut pas y échapper.
-          La culture c’est ce qui nous rassemble. C’est un partage d’émotions.
-          Mais l’émotion est manipulable.
-          L’élitisme culturel exclue de la culture la majorité des citoyens.
-          Bien des barbaries ont été commises avec la caution des élites (expériences médicales sur des humains, théorisation du racisme, célébration des tyrans).
-          Le regard sur les autres cultures devrait nous interroger sur la nôtre.
-          Il faut se garder des amalgames : la barbarie des systèmes économiques n’est pas même nature que celle des systèmes politiques du 20ème siècle.
-          Les mégapoles et l’abandon des traditions secrètent de nouvelles formes de barbarie, notamment dans le tiers monde.
-          Antidote à la barbarie : se parler au-delà de l’institution.
-          La finance ultralibérale, c’est la barbarie.
-          Le productivisme est responsable des suicides dans les milieux professionnels, y compris chez les médecins.
-          La culture et la barbarie évoluent sans cesse.
-          Au-delà de la culture, il y a la conscience.
-          Il faut sans cesse chercher l’intelligence.
-          Il faut sortir de nos clichés.
-          La culture, ça s’organise.
-          Il faut mieux catégoriser les formes de barbarie.
-          Les jeux vidéo incitent à la barbarie.
-          La disparition des journaux est préoccupante.
-          La culture n’est pas de l’ordre de la morale. Or la barbarie en relève.
-          Certains problèmes méritent d’être oubliés pour éviter des explosions de barbarie (vendetta, par exemple).
-          Cultures et barbarie interfèrent avec l’ensemble des forces sociales.
-          Chacun a une part de barbarie en lui.
-          La science peut servir à sortir de la barbarie (réfutation des théories racistes, par exemple).
-          Certaines cultures familiales sont édifiées sur fond de violence. Celle-ci peut ressortir.
-          La réaction à la barbarie fait évoluer la culture (2nde guerre mondiale, Hiroshima, guerre de religions, esclavage).
-          L’homme est la terre, la culture en est la semence, la barbarie est la mauvaise herbe. Il faut trouver l’équilibre par la bienveillance.
-          Il faut s’adapter là où on est.
-          L’évolution et la mutualisation des cultures participent au processus d’humanisation.
-          Chacun a le droit d’échapper aux cultures et aux barbarie ambiantes en fonction de sa conscience.
-          La morale, l’empathie, la spiritualité permettent de résister à la barbarie plutôt que l’intelligence. 

 Paris, les Indignés de La Défense le 27.11. 2011
A   

Voir aussi "Spartacus" par le Théâtre La Licorne  

dimanche 27 novembre 2011

Salon Histoire et Patrimoine de la Vallée de Montmorency



Notre association a été invitée par Valmorency à présenter un stand dans ce salon qui s'est déroulé du 24 au 26 novembre 2011 à Groslay (95). Nous remercions les organisateurs et les communes de l'agglomération CAVAM, qui ont mis sur pied cette manifestation témoignant de l'intérêt pour le patrimoine ainsi que du dynamisme du milieu associatif du Val d'Oise.  Notre stand a largement mobilisé notre association et attiré de nombreux visiteurs curieux : des enfants des écoles, des familles, des élus. Plusieurs visiteurs  connaissaient déjà le Chemin du philosophe en forêt. Nous devrons désormais faire face à de plus en plus de sollicitations, car notre démarche tant en forêt que dans nos cafés philo suscite de plus en plus d'intérêt.

LA CULTURE PERMET-ELLE D'ECHAPPER A LA BARBARIE ?


LA CULTURE PERMET-ELLE D'ECHAPPER A LA BARBARIE ?
Contribution de Georges Sananès au café philo du 25 novembre 2011

La formulation du sujet de ce débat laisse supposer un antagonisme foncier entre culture et barbarie : la culture serait alors l'antidote à la barbarie. C'est à dire qu'en partant de ce postulat, on ne pourrait pas construire un titre tel : "Culture barbare" sans aussitôt construire par là un parfait oxymore dans le rapprochement de ces deux termes que tout semble séparer.
Allons cependant plus avant.
On va prendre comme fil conducteur le regard que porte la culture sur la barbarie, et parallèlement suivre les acceptions successives qu'a prises le mot barbare dans le cours de son élargissement sémantique, et découvrons où et jusqu'où il nous conduit.
D'un simple critère linguistique, le mot a pris rapidement une connotation péjorative, particulièrement par les Romains pour nommer tous les peuples qui se trouvent à l'extérieur du limes, dans le Barbaricum, la "terre des Barbares.
Il n'est que de se souvenir des cartes géographiques produites en Europe jusqu’au XVIe siècle désignaient le Maghreb sous le vocable de Barbarie. Le nom du peuple berbère a la même origine, et même l'espèce de canard originaire des Amériques fut dite canard de Barbarie !
Le barbare n'est donc plus celui dont on ne comprenait pas le langage, c'est maintenant celui qui ne partage pas nos valeurs instituées.
Une réciprocité se dessine en arrière plan de ce constat.
Lévi-Strauss signale à ce propos : "Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie".
Faisons maintenant une grande enjambée dans le temps : nous voici à Berlin en 1941. Le drapeau nazi flotte et a remplacé celui de l'éphémère république de Weimar.
Un auteur dramatique, Hanns Johst évoluant dans le cercle intime du Führer et des SS, produit une pièce de théâtre portant le nom d'un officier martyr. L'histoire a retenu cette pièce pour une réplique passée à la postérité :
«Quand j'entends le mot culture, j'enlève le cran de sûreté de mon browning !»
Nous voilà arrivés là à un point crucial, un point qui n'est pas un simple point de friction entre culture et barbarie, car contrairement aux apparences la culture n'a plus pour cible la barbarie.
La culture à laquelle nous nous proposions de faire appel pour échapper à la barbarie, à laquelle il est censé lui demander de tracer les frontières du territoire de l'homme qui ne veut pas verser dans la barbarie, cette culture nous y plonge d'une manière la plus perverse qui soit, non pas en occultant la barbarie, mais en l'intégrant à elle-même, en nous faisant des barbares malgré nous, par l'éducation qu'elle nous dispense pour nous instruire.
Vient en écho, en contrepoint, cette alerte d'Emmanuel Levinas: "L’être emprisonné, ignorant sa prison est chez soi"!
On aurait pu penser au début de notre réflexion, que dresser l'inventaire de tous les merveilleux esprits, dans toutes les disciplines, qui ont élevé la pensée et la sensibilité humaines à un si haut degré de culture, permettrait de trouver où s'est située la faille.
Illusion : la culture n'est pas un antidote à la barbarie. Eichmann était un amateur éclairé de Bach. Heidegger, alors recteur de l'université de Fribourg, avait pris sa carte du parti nazi et en avait même revêtu l'habit. C'est sous son mandant que HUSSERL est radié du corps professoral en raison de sa judaïté. Culture barbare n'est plus alors un oxymore !
Toute culture peut se prévaloir d'une supériorité selon un critère qui lui est propre, mais comme aucun de ces critères n'est plus pertinent qu'un autre, aucune culture ne peut se considérer comme supérieure aux autres.
Ce que nous avons appris sur la barbarie peut nous suffire. Se pose alors la question ultime : comment, non pas échapper à la barbarie, mais comment aller vers son éradication, comment éviter qu'elle naisse ?
On reste un peu interdit. De quelque coté vers lequel on se tourne, une objection surgit aussitôt :
la culture ? : ce sont les hommes qui l'écrivent,
la religion ? : elle a trop besoin des hommes pour survivre,
le droit : se sont les hommes qui légifèrent,
la société ? : pour qu'elle me dise avec qui coucher et qui j'ai le droit de tuer ? Emmanuel Levinas dit à ce propos : "l'impossibilité de tuer n'est pas réelle, elle est morale".
alors ne rien faire : le non-agir est encore un agir, et cet immobilisme les cautionne tous,
ou bien espérer dans l'avenir : je cite encore Levinas : "On ne peut travailler efficacement pour l'avenir, que si on veut le réaliser immédiatement". Alors que d'occasions manquées, ou alors que d'échecs, que de régressions !
ou encore le retour à la mythologie : je cite à nouveau Levinas : "le mythe fut-il sublime, introduit dans l'âme cet élément trouble, cet élément impur de magie et de sorcellerie et cette ivresse du sacré et de la guerre qui plongent l'animal dans le civilisé".
Il y aurait donc des choses que l'histoire ne peut pas transmettre !
Ce serait alors à la littérature, au théâtre par sa catharsis (ce lieu où on regarde), à la peinture (par la totale la liberté dont elle jouit), à la musique (Dans le film "Le Pianiste" de Roman Polanski, l'officier SS est "démobilisé" par la Ballade en sol mineur de Chopin que joue le pianiste), et tous les autres arts, bref, c'est à eux tous de transmettre, de constituer une culture qui crée du lien.
C'est aussi au droit, mais dans l'unique mesure où c'est sur le mode de la plainte que nous pénétrons dans le monde de l'injuste et du juste.
L'expérience de la reconnaissance juridique donne accès au respect de soi et par la-même à celui des autres. Ce n'est pas un hasard si au sortir de la 2ème guerre mondiale, les hommes ont éprouvé la nécessité de rédiger une déclaration universelle des droits de l'homme.
Notre sens de l'injustice est plus perspicace plus aigu que celui de la justice : c'est l'injustice qui doit nous révolter.
C’est pourquoi, chez les philosophes, c’est l’injustice qui la première met en mouvement la pensée.
Et cette pensée s'étaye sur une injonction dernière, irréductible :
"Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. Le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie". (Hillel à ses élèves -40)
Alors, pour s'en sortir, ou mieux encore, pour ne pas y entrer, ne pas donner naissance à la barbarie, on a alors un indispensable besoin de l'Autre. "Je suis responsable du visage de l'Autre", dit Levinas.
Il y a là comme une circularité : ce serait donc ce regard croisé et responsable qui est porté sur l'Autre qui interdirait la barbarie, qui y verserait dès qu'on s'en éloigne.
On serait donc retourné à notre point de départ : vers l'Autre, vers un visage auquel on parle et qu'on écoute. "Les mots qui me sont adressés m’invitent à un rendez-vous où je ne rencontrerai que moi-même mais dont je sortirai toujours quelque peu transformé par les intentions d’un autre" (Alain Bentolila).
C'est là, entre les hommes, que se trouve la clef, mais aussi, toutes les autres !


 Contribution de Martine Kervella au café philo du 25 novembre 2011 
 
Nous prononçons aujourd'hui le mot culture du domaine politique au domaine culinaire. L'Art universel contient aussi bien les grandes symphonies que les arts traditionnels de tous les pays classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Se veut créateur de culture celui ou celle qui s'adonne au vouloir de création qu'il soit intellectuel, artistique, technique ou artisanal. Se veut cultivé celui et celle face à la création qui désirent s'éveiller à cet ensemble d'évènements anciens ou nouveaux de l'archéologie à l'internet. On pourrait peut être penser que l'humain tente de se constituer sa propre culture dans la sphère privée. Mais c'est dans le  monde du travail qui façonne l'être que le principe d'efficacité et  l'incroyable développement de la technique met cet être face à une  incessante création et aussi face à des contraintes parfois insupportables. L’homme proie de son imagination a dû sans cesse la confronter au réel pour sa survie son bien-être et même ses croyances religieuses. D'où le développement de la technique et des mathématiques présentes déjà au cœur de toutes les civilisations dans l'habitat et les tombeaux, voire aussi dans la sculpture et la musique. La barbarie est toujours née du besoin des peuples érigés en empire d'agrandir leur espace vital et aujourd’hui d'acquérir des matières premières. Cela peut donner les grandes civilisations antiques pratiquant l'esclavage et la cruauté (le cirque romain) ainsi que la sculpture et aussi le mal absolu du 3ème Reich, grand pilleur de tableaux. L’internet permet la communication universelle et aussi les attentats de New York. Nous sommes aussi prévenus que la barbarie peut naître de la ruine morale et matérielle d'un peuple devenu fou. Alors quand la nécessité absolue l'exige les êtres sont en droit légitime de défendre les plus hauts acquis de la civilisation en faisant la guerre. Car peut-on être tolérant face à l'intolérable ? L'ultime motivation est l'appui sur la culture qui permet la prise de conscience et l'acte engagé. Accepter les aspects les plus remarquables d'autres civilisations c'est parfois se forger une identité plus forte en même temps que perdre quelques éléments de ses propres certitudes. L’absence des droits de l'homme en Chine n'empêche pas 4 millions de pianistes chinois de jouer la musique occidentale. On peut apprécier une culture mais pas son régime politique. Sept royaumes, aux dires de Jean-François Susbielle, devront cohabiter dans le futur! Dès lors il semblerait que la connaissance des autres civilisations dans l'ordre géopolitique mondial sera liée au développement de la science récente qu'est  l'anthropologie. Certains peuples persistent malgré la modernité à conserver leur identité (Maori de Nouvelle-Zélande). Car c'est bien grâce à cette diversité culturelle que 9 milliards d'individus ne  seront jamais identiques mais prenons garde à l'avertissement de Nietzsche  "derrière chaque mot, un préjugé" car l'homme campe malgré sa curiosité mais à cause de son irrationnel sur des certitudes qu'il veut rassurantes.

lundi 21 novembre 2011

Atelier d'art-nature sur le Chemin du destin



Une demi-douzaine d'amis philosophes ont retroussé les manches ce dimanche matin ensoleillé afin de procéder à une opération d'entretien du "Chemin du destin" sur notre Chemin du philosophe. Ce Chemin du destin, initié en 2007, est constitué des branchages secs du sous-bois rassemblés en un serpentin de section d'un mètre carré environ sur une longueur de quelque 200 mètres. Il représente une métaphore du destin de chacun construit à partir  d'une alchimie faite de déterminisme, de contraintes, de hasards et de libre-arbitre.
" Chacun, parce qu'il pense, est seul responsable de la sagesse ou de la folie de sa vie, c'est-à-dire de sa destinée." Platon (428-427 av. J.-C., mort en 348-347 av. J.-C.).

samedi 29 octobre 2011

Café philo du 28 octobre 2011 -compte rendu




" Peut-on avoir raison contre les faits ? " 
Nous étions vingt-six ce vendredi 28 octobre 2011 au café « Le Biouti » de Montlignon pour débattre du sujet de bac 2011 : « Peut-on avoir raison contre les faits ? ». Ce sujet concerne la connaissance de la réalité. 


 Nous fêtons cette semaine le bicentenaire de la naissance d’Evariste Galois. Évariste Galois (né à Bourg-la-Reine le 25 octobre 1811 – mort à vingt ans suite à un duel à Paris, le 31 mai 1832) est un mathématicien français qui a fait la découverte, « peut-être la plus grande qui ait jamais été faite dans le domaine de l'algèbre ». Alors que les mathématiciens depuis 25 siècles cherchaient des méthodes de résolution d’équations, Galois a mis au point une théorie qui permet de déterminer si une équation algébrique quelconque a des solutions intrinsèques ou pas. Il a raté par deux fois le concours d’entrée à Polytechnique, ses communications scientifiques ont été refusées par d’illustres mathématiciens de l’époque dont Poisson et Cauchy. Ce n’est qu’en 1843, onze ans après sa mort que Joseph Liouville présenta les travaux de Galois à l’Académie des sciences. Ses théories servent aujourd’hui dans le domaine de la conception numérique des objets industriels et de la cryptographie. A noter également que Galois passa plusieurs semaines en prison à Sainte Pélagie, comme prisonnier politique opposé au roi Louis-Philippe. Son destin, comme celui d’autres penseurs qui avaient « raison trop tôt », pourrait servir d’illustration à notre thème « Peut-on avoir raison contre les faits ? » 
« Il est dangereux d’avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort. » Voltaire.

On peut s’interroger comment un fait peut être contesté par la raison, alors que le fait devrait s’imposer spontanément. Le fait contient sa propre vérité, il peut cependant faire l’objet de débat. 
On considère différents types de faits :
- Les faits empiriques du quotidien, qui ne devraient pas faire débats. Et pourtant dire que le soleil se lève et se couche constitue une fausse interprétation de l’observation immédiate. Les épicycles de Ptolémée qui ajoutaient des cercles autour des cercles pour expliquer les mouvements des astres autour de la terre censée être fixe, constituaient une explication fausse mais rassurante.
- Les faits naturels ne sont pas discutables : inondations, orages, etc.
- Les faits historiques (règnes, guerres, etc.) ont existé mais leur interprétation est sujette à discussion.
- Les faits scientifiques. Les théories scientifiques sont vraies à un certain stade de la connaissance et tant que de nouvelles observations ne les remettent pas en cause. Les technologies qui fonctionnent indiquent que les théories, dont elles sont issues, sont justes, même si celles-ci sont partielles. 
Les faits empiriques, tout comme les faits historiques font toujours l’objet d’interprétations. L’esclavage peut être interprété comme dû à l’absence de machines et/ou comme dû à une certaine conception de l’ordre social et humain. Un fait historique est sans cesse réinterprété par le futur. L’avenir fournit les clés du passé. L’histoire est écrite par les vainqueurs. « Les faits sont faits », disait le philosophe Alain (1868-1951). Avoir raison est un fait subjectif, qui peut être contraire à la raison. 
Contre les faits, l’histoire a connu les raison de visionnaires (hommes politiques, résistants, poètes, artistes, philosophes). Avec son « Dieu est mort », Nietzsche (1844-1900) annonce le déclin des religions. Kant (1724-1804) a développé les idées de paix perpétuelle, gouvernance mondiale. 
Les faits ayant leur propre raison. L’œuvre d’art est un fait, ses interprétations, ses intentions relèvent de multiples raisons possibles, notamment la beauté. L’ordre du droit n’est pas celui des faits. Dans le procès, la raison des uns s'oppose aux faits des autres. La raison peut aussi servir des intérêts particuliers et mise en forme dans les messages élaborés par la com des lobbies industriels, politiques, idéologiques.  
Les raisons et le doute. Certains faits peuvent être avérés sans que la science ne puisse toujours les expliquer (science du vivant, émergence de la conscience dans le cerveau, expansion de l’univers, supraconductivité, radiesthésie). Les religions officielles canalisent les extravagances sectaires, comme la médecine académique canalise le charlatanisme, tout en n’étant pas totalement exemptes des maux qu’elles normalisent ainsi. Pour avoir raison, il est nécessaire, mais pas suffisant, d'avoir la caution de la majorité. 
Les bases de la raison : Il existe différents degrés de raisons selon les faits : - Logique binaire : les faits sont objectivement vrais ou faux, le tiers est exclu (théorèmes mathématiques, une technologie fonctionne ou ne fonctionne pas, un être est mort ou vivant). - Syllogisme : tous hommes sont mortels, donc Socrate est mortel. (Si A donne B et B donne C alors A donne C). 
- Cette vérité objective binaire fonctionne dans un environnement donné à une certaine échelle d’observation, de temps, de taille, de connaissance. Au-delà du domaine la représentation de cette vérité peut être indécidable ou fausse : Notre représentation classique du monde ne fonctionne plus au niveau des atomes. Les logiques du local et du global, de l’individuel et du collectif, du cours et du long terme sont différentes. Des propriétés émergentes apparaissent lors du changement de taille. Le tout est plus que la somme des parties.  
- La démarche scientifique. L’étude de régularités dans la nature est la base de la science. Les quatre principes des sciences sont : universalité (valables partout), absolu, (indépendant de l’observateur), éternels (indépendant du temps), omnipotence (rien n’y échappe). Mais elles n’expliquent pas tout. Des règles particulières président aux différentes formes du vivant ou des systèmes écologiques ou sociaux. - L’illumination scientifique est un accès soudain au monde des idées, qui existe en dehors de l’homme selon Platon. Les mondes de la matière, celui des idées, celui des modèles générés par le cerveau humain semblent posséder des liens profonds. 
- Dans les systèmes complexes, à cause des rétroactions, les lois de causalités changent. L’évolution d’un système complexe est par essence imprédictible à long terme. Exemples : les phénomènes météorologiques, l’évolution des espèces, le système solaire ne sera pas indéfiniment stable, l’histoire des peuples peut être bouleversée par de petits événements.
- Intervention du hasard. La nature, l’histoire humaine évoluent avec une grande part de hasard. Le hasard est une stratégie de l’évolution pour explorer les combinaisons de gènes, de molécules ou de faits les plus aptes à perdurer. 
- Les raisons de l’irrationnel sont des faits même s’ils ne sont pas scientifiquement rationnels : l’art, les religions, les pseudo- ou demi-sciences, les superstitions. Même si les ovnis n’existaient pas, c’est un fait que certains y croient. Idem pour les dieux. Ces croyances s’appuyant sur des récits structurent le monde. Les constellations d’étoiles sont des constructions de l’esprit humain.
- Les controverses. Bruno Latour, né en 1947, est sociologue et philosophe des sciences, actuellement directeur scientifique à Sciences–Po Paris, il a étudié la construction sociale des faits scientifiques. Un certain nombre de sujets sensibles tels que la diminution des stocks de poissons, la mortalité des abeilles, les OGM, les ondes électromagnétiques, le bisphénol A, le changement climatique, la vaccination, l’éthique médicale, etc. donnent lieu à des controverses. L’opinion publique doute des experts et la masse des informations numériques disponibles sur un sujet donné est loin d’être fiable. Les positions sociales font partie intégrante du fait scientifique pour lequel Latour propose une objectivité de second rang qui tient compte de l’environnement social. Il coordonne un projet européen Macospol qui est l’acronyme anglais pour Cartographie des controverses scientifiques pour la politique. La méthodologie s’appuie sur le « data mining », la fouille profonde et l’analyse des données sur internet. Il s’agit de mettre en balance les arguments scientifiques, de mettre en évidence les conflits d’intérêts, les liens entre les types de controverses, les réseaux d’appartenance des acteurs, les porteurs de positions, les leaders, les lobbies. C’est un outil service de la politique qui devrait permettre de savoir où placer la confiance et faciliter les prises de décision sur des sujets complexes et controversés. Il est assez probable qu’un tel instrument assez coûteux soit détourné au service des puissants pour affiner leurs stratégies. Puisque les faits sont autant sujets à débat et qu'on peut avoir tort ou raison le dernier mot doit appartenir à un collège extérieur.
- La quantification. L’évaluation quantitative des faits peut servir à en objectiver la réalité, alors que l’évaluation qualitative relève davantage de la subjectivité. L’opinion publique en général semble faire preuve d’anumérisme, l’illettrisme numérique. Deux notions mathématiques essentielles semblent échapper à l’opinion publique, celle d’ordre de grandeur et celle de probabilité.  
- Les limites de la quantification. Mais vouloir tout quantifier comporte également des inconvénients, voire des dérives dangereuses pour les individus et la société : politique du chiffre, rendement des capitaux entrainant les délocalisations et le chômage, déshumanisation de la médecine, de l’école et des services publics, fracture sociale, etc. Tout système a besoin pour fonctionner de marges de manœuvre, de jeu mécanique, parfois inquantifiables. L’homme a besoin de liberté et cette liberté doit permettre une part d’imprévisible. 
- Le rôle du langage pour la légitimation d’une raison. Les langages et leurs codes spécifiques (jargons) tiennent lieu parfois de raison en sciences, en politique, en idéologie, en religions, dans les milieux professionnels. En 1996, Alan Sokal, de l’université de New-York, a monté un canular en réussissant à publier dans une revue prestigieuse « Social text » l’article plein de non-sens intitulé : « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravité quantique ». Il voulait par là dénoncer une certaine mode des sciences humaines, notamment des dits postmodernes, de faire appel à des concepts des sciences dures pour se draper de scientificité. Les idéologies ont le plus souvent raison contre les faits. Elles traversent parfois l’Histoire en laissant beaucoup de décombres derrières elles. 
- Les bulles sont des ensembles très refermés sur eux-mêmes fonctionnant selon des logiques internes propres et dominantes. Il peut s’agir d’individus, de groupes sociaux, professionnels, clans, de systèmes idéologiques, de gouvernements (voir le film « L’exercice de l’Etat »), de bulles financières. Ils sont auto-référents et narcissiques. Ils développent leur propre langage. Souvent l’essentiel de leur énergie sert à leur fonctionnement interne, ce qui les amène à être tantôt prédateurs, tantôt autodestructeurs. Que l’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur de telles bulles, il est difficile voire impossible d’avoir raison contre leur raison. Il faut souvent attendre qu’elles éclatent spontanément.  
- Les mouvements de fond de l’histoire. Peut-on, devrait-on avoir raison contre la mondialisation, les migrations de populations, Internet, les mouvements vers la démocratie, la laïcisation des sociétés, la technologie ? 

Propos entendus et notés : 
- Il n’y a pas de faits, mais que des interprétations. 
- Selon Guillaume d’Okham (1285-1347), « Il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité. » (Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem). 
- Le fait est signe du passage du passif à l’actif. 
- Une opinion est un fait.
- Une idée fausse est un fait vrai.
- Le fait est neutre. 
- L’essentiel de ce que nous savons vient d’ailleurs. Un fait est une narration. 
- Karl Popper (1902-1994) a inventé la réfutabilité comme critère de discrimination entre la science et la pseudoscience. 
- La mécanique quantique semble déraisonnable. 
- La réalité existe-t-elle en dehors de notre imagination ? 
- La science, l’art, les idéologies ont besoin d’hérétiques.
- En médecine on redécouvre des remèdes ancestraux. 
- La vérité, c’est ce qui marche. 
- Le darwinisme est contesté. 
- La science est une quête sans fin. 
- On ne comprendrait pas un monde chaotique. 
- Il est extraordinaire que le monde soit compréhensible. 
- L’art n’est pas universel. Il n’est pas de l’ordre de la raison. C’est un langage.
- L’artiste rejoint le scientifique par l’intuition. 
- L’art peut enfermer ou libérer. 
- La raison n’a rien à voir avec la morale. 
- Nous sommes prisonniers de notre modèle occidental. Il faut penser la fin de ce modèle.
- Il faut sortir de nos modes de penser.
- Les faits permettent de construire la représentation du monde. 
- Le spectre d’interprétation des faits est très large. Il va au-delà de la raison.
- On n’a pas parlé de Faurisson... 
- Face aux faits, il faut être humble, mais pas nécessairement soumis. 
- Le temps vérifie les faits. 
- Les faits et leurs représentations sont subjectifs.
- Notre subjectivité reconstruit les faits. 
- Malgré la raison, le monde reste barbare. 
- Dans le domaine de la justice, il y a le juge des faits et le juge du droit (cour de cassation). 
- Les faits et la raison évoluent. Ils dépendent du lieu et du temps. 
- Il faut plus que la raison pour interpréter les faits. 
- La controverse de Valladolid est un exemple de raison contre les faits. 
- Quand on a raison trop tôt, on a tort longtemps. 
- Les faits sont interprétés en permanence. 
- L’essentiel de notre existence se passe en dehors de la raison. 
- Les injonctions contradictoires aboutissent à des raisons du moindre mal. 
- L’optimum local n’est pas l’optimum global. 

Citations : 
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Blaise Pascal 
Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison. Blaise Pascal 
La raison se perd par le raisonnement. 

Recommandation :  
LA CONTROVERSE DE VALLADOLID De Jean-Claude Carrière - par la Cie Hubert Jappelle 18 novembre au 11 décembre 2011 Mardi, vendredi et samedi - 21h, dimanche - 16h Au Théâtre de l'Usine / Éragny-sur-Oise  www.theatredelusine.net

lundi 17 octobre 2011

LUD'AUTISME 95 - Exposition des 29 et 30 octobre 2011


L'association LUD'AUTISME 95, créée par notre ami Patrick Liautaud, qui regroupe des parents d'enfants autistes, travaillant autour d'une méthode de stimulation basée sur le jeu et œuvrant pour leur reconnaissance sociale, nous invite à l'exposition vente de jouets de collection les 29 et 30 octobre à la salle des fêtes de Soisy-sous-Montmorency. Venez nombreux !

samedi 15 octobre 2011

LA FEUILLE SUR LE CHEMIN

Le numéro 2 d'octobre 2011 (4 pages) est paru. Une centaine d'exemplaires sur papier en noir et blanc sera disponible. Vous pouvez consulter, télécharger et imprimer la version couleur sur Google docs (via Fichier en haut à gauche). Bonne lecture.

samedi 8 octobre 2011

Journée porte ouverte de la carrière de gypse de Baillet en France


Aujourd'hui une petite équipe de notre association a profité de la journée porte ouverte de la carrière de gypse de Baillet en France qui se situe à quelque quatre-vingt mètres sous terre sous notre Chemin du philosophe en forêt domaniale de Montmorency. C'est avec grand intérêt que nous avons découvert les dessous de notre chemin guidés en cela dans les longues galeries souterraines par le personnel de Lafarge et de Placoplatre  dont les excellentes explications ont passionné l'ensemble des participants. Ce voyage sous terre a constitué une sorte de métaphore de deux au moins de nos stations du chemin du philosophe : l'enracinement et l'homme et son oeuvre.

mardi 4 octobre 2011

Entretien du Chemin du philosophe



Profitant du temps sec, nous avons procédé à l'opération d'entretien annuel de la sculpture en bois "Humanité" de Michel Leclercq installée en juin 2009 sur la station "L'homme et la nature" du Chemin du philosophe. Nous en avons profité pour également nettoyer la station "L'homme et le cosmos", dont les alentours, comme on le constate, ont été sérieusement labourés par les sangliers attirés peut-être par la philosophie.

dimanche 2 octobre 2011

Atelier d'art-nature sur le Chemin du philosophe







Ce dimanche 2 octobre 2011 de 14 h à 17 h, NINA DIAS, artiste peintre, a animé l'atelier"L'art liberté ou art nature" sur le Chemin du philosophe. Cet atelier a été commandité par l'Office National des Forêts et le Conseil Général du Val d'Oise. Une vingtaine de personnes y ont participé, dont des enfants. Les œuvres éphémères réalisées à partir essentiellement des matériaux forestiers ont été construites sur la station du Chemin du philosophe dédiée à "L'homme et son œuvre". Au-delà des performances artistiques, ce fut un agréable moment de rencontre avec de nouveaux amis.

samedi 1 octobre 2011

Compte rendu du café philo du 30 septembre 2011 - populisme







La tentation du populisme en politique



Nous étions une quarantaine de personnes ce vendredi soir 30 septembre 2011 dans ce nouveau lieu abritant notre café philo. Yann, le patron du « Biouti », nous a fort bien accueillis et nous l’en remercions. Après l’ouverture de la séance, consacrée au choix des sujets pour les mois de novembre 2011 et de janvier 2012 (voir plus haut le programme) nous avons abordé, sous l'angle de la philosophie politique,  entre gens de bonne compagnie et avec sérénité, le sujet de « la tentation du populisme en politique ».


Le 15 août 2011 Arte a diffusé l’opéra de Wagner « Rienzi ».

Dans la Rome médiévale, alors que s'opposent les patriciens Colonna et Orsini, surgit l'homme providentiel, Rienzi issu du peuple pour le peuple. Il clame son indignation contre les nobles et l’Eglise ainsi que son engagement pour les libertés. Rienzi, acclamé par le peuple, devient le premier citoyen romain, élevé au rang de Tribun du peuple. Ivre de son pouvoir, il se compromet progressivement dans les jeux politiques et le chaos finit par se réinstaller dans Rome. Il périra dans l’effondrement du Capitole. Pour Wagner, il s'agissait dans cet opéra de jeunesse (créé à Dresde en 1842) d'affirmer la figure d'un démocrate libertaire et révolutionnaire; le compositeur a lui-même participé aux révolutions de 1848 en passant des armes en contrebande.

C'est l'opéra le plus scandaleux de Wagner : Hitler y puisa la révélation de sa mission politique, comme une justification de sa propre destinée ; en Rienzi, le caporal autrichien trouva le modèle du héros libérateur, porteur d'une nouvelle société...

Cet opéra pourrait servir d’illustration de notre thème de cette soirée : « La tentation du populisme en politique ». Il met en exergue les différents ingrédients du populisme et des trajectoires historiques qu’il génère : appel à la vertu, appel au peuple, désignation d’un ennemi de classe, simplification des problèmes, radicalité des solutions. Apparemment Hitler n’a retenu qu’une partie de la leçon de Rienzi, puisque l’opéra se termine, tout comme sa propre histoire, sur le retour à la barbarie, la ruine complète du pays et sur sa propre mort tragique. L’instinct de mort semble roder dans les coulisses du populisme.


Qu’est-ce que le populisme ?

Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites et prônant le recours au peuple (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti. Quelques caractères essentiels sont : il est protestataire, identitaire et nationaliste, autoritaire, démagogique et manipulatoire, moralisateur et nostalgique de l’ordre ancien.


Pourquoi la tentation du populisme ?

Il est simplificateur des problèmes et des solutions tant pour les leaders que pour le peuple. Il se greffe sur des contextes économiques de crise (déclin de l’occident face aux pays émergents). Il s’inscrit aussi dans un contexte de bouleversements des identités nationales, culturelles et religieuses notamment par les migrations. Les dysfonctionnements politiques de la démocratie parlementaire et des institutions européennes engendrent la défiance. La cohésion sociale est bouleversée par les inégalités, le chômage et la misère. La perte des repères moraux en occident engendre un désir de retour vers le passé qu’on pourrait nommer « le populisme patrimonial ».

Le populisme propose des solutions illusoires et dangereuses. Illusoires car les faits sont ce qu’ils sont : modernité, mondialisation, évolution des mœurs, immigration, éducation, information, etc. Dangereuses car le populisme prône l’ostracisme tandis que le plus important c’est le vivre ensemble et le sens de la vie pour chacun.


 Éléments d’histoire du populisme

Les Populares étaient une faction officieuse du Sénat romain dont les partisans étaient connus pour leur programme populiste. Les plus connus, Jules César et César Auguste, ont utilisé les référendums pour contourner le Sénat romain.

Au 16ème siècle la Réforme protestante a été stimulée par certaines formes de populisme. Luther dénonçait les abus de la papauté.

Le boulangisme, le péronisme, ainsi que le poujadisme sont des mouvements populistes des 19ème et 20ème siècles. Le mot populisme connaît un nouveau succès depuis les années 1980, comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout lorsqu'il s'agit de mouvements d'opposition. Le populisme a, depuis cette époque souvent été identifié à l'extrême-droite. Pourtant, comme le souligne Michel Winock (historien français né en 1937), le populisme n'est pas spécifiquement d'extrême droite. Le mot désigne une « confiance dans le peuple que l'on rencontre dans les discours de Robespierre ou les écrits de Michelet». Ceux-ci considéraient le peuple comme une entité d’essence mystique.

Vers la fin du 20ème siècle, à la suite de la chute du communisme, de Varsovie à Sofia, la vague populiste s’est abattue sur les pays d’Europe de l’Est et une profonde crise de confiance a frappé leurs institutions politiques.

Stuart Hall (sociologue britannique né en 1932), voit du « populisme autoritaire », dans thatchérisme et blairisme, qui seraient « une forme exceptionnelle de l’Etat capitaliste qui, contrairement au fascisme classique, conserve la plupart des anciennes institutions représentatives, tout en construisant autour de lui un consentement populaire actif » Le « blairisme » est une variante de son prédécesseur, il se résumerait essentiellement à un « populisme d’entreprise, managérial, accompagné d’un style de leadership hiérarchique et d’une attitude moralisatrice vis-à-vis de ses bénéficiaires ».


Gustave Le Bon

Gustave Le Bon (1841-1931), le « Machiavel des sociétés de masse », a publié  « Psychologie des Foules ». Ses idées jouèrent un rôle important au début du XXe siècle. L'ouvrage de Sigmund Freud (1856-1939), « Psychologie collective et analyse du moi », paru en 1921, mentionne les travaux de Le Bon, notamment sur « les modifications du moi lorsqu'il est au sein d'un groupe agissant ». 

Dans un article intitulé « De l'évolution de l'Europe vers diverses formes de dictature » Le Bon prévoit dès 1924 la montée du fascisme par le biais d'un meneur de foules prenant, à la faveur d'événements violents, les rênes du pouvoir et les confisquant ensuite à son seul profit. Si les praticiens du totalitarisme - Mussolini, Hitler, Staline et Mao - passent pour s'être inspirés de Gustave Le Bon, beaucoup de républicains - Roosevelt, Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc.- s'en sont également inspirés. Le Bon considère notamment la suggestion comme l’explication principale de tous les mystères de la domination. Le diagnostic de Le Bon et de Freud est le même : l'autorité traditionnelle, attachée à la fonction, est remplacée par la suggestion pure, qui permet aux chefs de se faire obéir des masses par la seule force de leur personnalité. « Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient en un mot : le prestige». (Jean-Baptiste Decherf, De Gaulle et le jeu divin du héros. Une théorie de l'action).

Le Bon a  été le premier penseur à avoir pointé du doigt le danger de la mystique de la supériorité de la race aryenne et condamné par avance la montée du nazisme : « L’Allemand moderne est plus dangereux encore par ses idées que par ses canons », écrit-il en 1918.

Deux idées fondamentales de Le Bon :

1. La tendance des groupes à la soumission à l'autorité se trouve démultipliée dès lors que des événements sont théâtralisés, orchestrés et utilisés par des leaders pour pousser à l'action un groupe qui alors devient "foule".

2. Ce groupe peut être constitué des participants à une assemblée générale, à une manifestation mais aussi à un jury d'assises ou à toute autre forme institutionnelle de réunion.

Les idées de Le Bon se sont trouvées largement vérifiées, ainsi la tendance des masses à se plier à la servitude volontaire. « Le fait que le régime totalitaire, écrit Hannah Arendt (1906-1975), malgré l’évidence de ses crimes, s’est appuyé sur les masses, est profondément troublant." (Les origines du totalitarisme, Éditions du Seuil, 1950)


Pierre Rosenvallon

Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président de l'atelier intellectuel « La République des idées », a traité le sujet « Penser le populisme » en introduction des Rencontres de Pétrarque, organisées par le Monde et France Culture en juillet 2011 à Montpellier.

Il y a paradoxe : on exècre le populisme alors que l'on exalte le principe de la souveraineté du peuple.

Le peuple est en crise. Il y a une crise de la représentation. La société ne fait plus corps, elle est disloquée par les inégalités.

Le populisme est à la fois le symptôme d'une détresse réelle et l'expression d'une illusion.

Le 21ème siècle sera peut-être l'âge des populismes comme le 20ème siècle avait été celui des totalitarismes.


Une triple simplification par le populisme :

Premièrement, une simplification politique et sociologique : considérer le peuple comme simplement par la différence avec les élites.

Deuxième simplification : considérer que le système représentatif et la démocratie en général sont structurellement corrompus par les politiciens, et que la seule forme réelle de démocratie serait l'appel au peuple, c'est-à-dire le référendum.

Troisième simplification : celle de la conception du lien social. Il est simpliste de considérer que ce qui fait la cohésion d'une société, c'est son identité et non pas la qualité interne des rapports sociaux. Une identité qui est toujours définie négativement. A partir d'une stigmatisation de ceux qu'il faut rejeter : les immigrés ou l'islam.


Le peuple, nul ne peut prétendre le posséder, nul ne peut prétendre être son unique haut-parleur.

L'important est de donner leur place à ces différents peuples : le peuple électoral-arithmétique, le peuple social, le peuple-principe et le peuple aléatoire.

Électoral : celui qui vote. Social : les différentes communautés avec des expériences et des modes de vie communs. Principe : les règles, constitution communes. Aléatoire : celui des potentialités.

Car la démocratie n'est pas simplement un régime de la décision. Elle est un régime de la volonté générale, ce qui se construit dans l'histoire. Cela implique notamment le fait que l'on soumette les gouvernants à une surveillance accrue, à des redditions de comptes plus fréquentes, à des formes de contrôle. Le citoyen ne peut pas espérer être derrière chaque décision, mais il peut participer d'une puissance collective de surveillance, d'évaluation.

Trouver les moyens de produire un commun qui fasse sens ; produire une société qui ne soit pas une simple collection d'individus. Aujourd'hui, c'est un des problèmes essentiels auxquels nous sommes confrontés.

Une démocratie qui se conçoit à partir de ce qui était au cœur des révolutions américaine et française : la recherche d'une société plus égale.

Il conviendrait donc de redéfinir et de reconstruire la démocratie selon différents plans.

Politique : représentation des citoyens, contre-pouvoirs, contrôle des gouvernants.

Social : répartition et redistribution plus justes des richesses.

Economique : rendre la mondialisation et l’Europe moins « onéreuses ».

Identitaire et culturel : intégration de la diversité culturelle.

Moral : repères, exemplarité des dirigeants.


Réflexions entendues :

-          Le populisme originel est une bonne chose.

-          Le peuple en désarroi a trois solutions, le populisme, la révolte ou l’indifférence.

-          La notion de peuple est floue.

-          Le film de Fellini « Prova d’orchestra » montre la transformation d’un chef d’orchestre séducteur en tyran, puis l’évolution de l’orchestre vers le chaos.

-          On ne parle plus de classes sociales.

-          Chacun peut être populiste.

-          Le peuple est source d’idées dans tous les domaines de la culture.

-          Les moyens de communications actuels contribuent à la personnalisation du pouvoir, mais aussi à l’émergence d’intelligence collective.

-          Les organismes de sondage, de sociométrie et de communication actuels sont de puissants moyens au service du populisme.

-          Le populisme exploite les situations de crise.

-          Le populiste doit convaincre les gens qu’ils sont malheureux.

-          Le populisme s’adresse à l’enfant.

-          Le populisme c’est la séduction, le narcissisme et le slogan.

-          Le populisme pose de vraies questions.

-          Le populisme pose la question de l’éducation populaire.

-          Le populisme, en instrumentalisant la morale et les valeurs, contribue à la perte de repères.

-          Le populisme fait appel à des pulsions archétypales : besoin d’ordre, eros et thanatos, instinct de vie, instinct de mort.

-          Il faut distinguer le et la politique. C’est la politique qui est l’objet des déviances.

-          La crise, c’est la crise des représentations. L’éducation ne suit pas la complexification du monde.

-          Le problème c’est aussi celui de la formation des politiciens. (On peut rappeler que Sciences Po a été créé après 1870 en réponse à l’incurie de la classe politique, qui a conduit à la défaite contre l’Allemagne et la perte de l’Alsace-Lorraine.)

-          Le populisme cherche à diviser, alors qu’il faudrait promouvoir le dialogue.

-          Il faut éduquer les dirigeants au-delà de leurs ambitions personnelles.

-          La situation est grave, nous sommes devant une récession.

-          Ce populisme est un signe terrifiant.

-          En latin, Populus c’est le peuple et le peuplier ; la langue de bois ?

-          L’élite compétente, ce sont les technocrates. Comment les contrôler ?

-          Beaucoup de gens vivent des situations difficiles. Ils n’ont pas le temps de se poser des questions.

-          Il faut un suivi des promesses électorales.

-          Le contre-pouvoir ne doit pas être un faire-valoir du pouvoir.

-          Si le populisme n’existait pas, il faudrait l’inventer.

-          Les promesses non tenues et la langue de bois ont entrainé la perte de confiance.

-          Il faut passer à l’international, ne pas penser seulement localement.

-          L’éducation seule ne peut pas régler le problème du populisme.

-          Les tea parties populistes aux USA sont le fait de nantis.

-          Le populisme est un symptôme. C’est une soupape. C’est la révolte nécessaire.

-          Les populistes ont conduit les peuples à la guerre.

-          Le populisme est différent du fascisme.

-          Aujourd’hui chacun craint d’être déclassé socialement.

-          L’abstention est une plaie sociale.

-          La justice bafouée illustrée par le film « Présumé coupable » est insupportable.

-          L’éducation doit reprendre les fondamentaux de la société.

-          L’immoralité des puissants est un problème. Il semble que la défiance à leur égard soit généralisée dans toutes les sphères de la société.

-          Il faut apprendre aux enfants à réfléchir.

-          Le populisme après tout existe parce qu’il est efficace à court terme.

O  On a parlé du populisme, des populistes, des causes mais pas de ce qui en fait le lit, autrement dit, du "panem et circenses" des romains, des chaines de tv, d'internet où il n'y a pas que de l'honorable, des publicitaires, et de tout le mépris qui y est véhiculé à propos des masses populaires chez nous à notre époque. Par ailleurs il est plus facile de ne pas succomber au populisme à St Germain-des-Prés (7-5-006) qu'à St Denis (9-3). (Précision de Patricia et de Bernard)

        
« Dans ce pays, ils parlent de populisme quand il y a des programmes pour aider les pauvres, mais quand vous aidez des banquiers, c’est appelé du développement. »

        Andrés Manuel López Obrador, homme d’Etat mexicain né en 1953.