Station "L'homme et le cosmos"

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Cadran solaire analemmatique - juin 2014

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ACTIVITES DE L'ASSOCIATION

PROGRAMME DES ACTIVITES

Mise à jour 04/12/ 2017

NOS CAFÉS PHILO

Nos cafés philo fonctionnent selon les principes de respect des intelligences, de neutralité et de partage

énoncés, par exemple, sous l'onglet "Qu'est-ce?" du site de cafesphilo.org ou la vidéo

en général les derniers vendredis du mois, sauf pendant les vacances scolaires

A 20 heures, 11 rue Ferdinand Lesseps à 95570 Bouffémont Plan

(Photo +Parking derrière l’immeuble de la Poste)

La participation est libre.

Prochains cafés philo

préparés et animés par Catherine Delaunay et Pierre Haller

Vendredi 26 janvier 2018 : « Nos pensées sont-elles en notre pouvoir ? »

Vendredi 16 février 2018 : « La tolérance a-t-elle des limites ? »

Vendredi 30 mars 2018 : « Le transhumanisme est-il une opportunité ou menace ? »

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+ Vendredi 9 février 2018 à 20 h 00

Entretien avec Pierre Péan, journaliste enquêteur :

« Témoignages sur les relations des médias avec la politique »

au Centre culturel - Salle des arts plastiques - 1, rue Jean-Baptiste Clément –à F 95570 BOUFFEMONT.

Localisation http://tinyurl.com/philobouffemont

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samedi 29 mars 2014

Compte rendu du café philo du 28 mars 2014 – la vérité.





Nous étions quarante-deux personnes à participer à ce café philo, le vendredi 28 mars 2014, au centre culturel de Bouffémont, sur le thème : « Faut-il toujours rechercher la vérité ? »



Les participants, absents le mois dernier,  ont été invités à répondre au sondage sur la perception des activités du Chemin du philosophe. Ce sondage est également accessible en ligne sous http://tinyurl.com/cheminsondage. Amis Internautes, merci d’y consacrer quelques instants.



Le thème de la soirée a été préparé et animé par Catherine Delaunay et Pierre Haller.

Les poétesses Jeannine-Dion et Arlette Coutin nous ont fait parvenir trois de leurs poèmes. Ceux-ci sont reproduits à la fin.de ce compte rendu. 



Les thèmes des trois prochains cafés philo ont été votés.



Vendredi 25 avril 2014 : « Peut-on fonder une morale sans Dieu ? »

Vendredi 30 mai 2014 : « La consommation dans nos sociétés pervertit-elle la démocratie ? »

Vendredi 27 juin 2014 : «  Le renoncement fait-il partie du bonheur ? »



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Présentation Catherine Delaunay





FAUT-IL TOUJOURS RECHERCHER LA VERITÉ ?



Il faut d'abord souligner l'importance de cette question de la vérité pour la philosophie. Depuis le 5ème siècle avant JC, après Socrate et Platon en Grèce, philosopher c'est chercher la vérité.

Socrate se comparait à sa mère qui était sage-femme. De même que les sages-femmes aident le corps des femmes à accoucher de leurs enfants, de même les philosophes aident les esprits de leurs concitoyens à accoucher de la vérité. Cette méthode d'accouchement de la vérité, Socrate la nommait la maïeutique (mot grec qui signifiait l'art de faire accoucher), incite au dialogue.

Platon, condisciple de Socrate, répétait que "philosopher, c'est aller au vrai avec toute son âme".


Mais la vérité n'est pas seulement importante pour la philosophie. On constate que c'est une valeur fondatrice de nos sociétés, surtout dans nos sociétés occidentales rationnelles !

C'est d'autant plus le cas aujourd'hui que notre époque fait l'apologie de la transparence :

-          Dans les relations individuelles comme collectives : on y exige une certaine sincérité, on y dénonce l'hypocrisie.

-          Dans le registre de la connaissance : que seraient les sciences sans la recherche de la vérité ? Elles ne subsisteraient pas ; elles ne progresseraient pas.

-          Dans le registre de l'action : que serait une institution aussi prestigieuse que la justice sans la recherche impartiale de la vérité ?

Et pourtant, en pratique, dans les faits, pour que la vie en société soit supportable, il faut bien respecter un certain nombre de secrets : secret de la vie privée, secret professionnel, secret médical, secret judiciaire, le secret défense, les services secrets, le secret des sources des journalistes : la vérité peut être volontairement masquée pour des raisons légitimes parfois.

C'est un fait aussi, qu’au niveau individuel, comme collectif, les antonymes de la vérité, les contraires de la vérité que sont l'ignorance, l'erreur, l'illusion, le mensonge fonctionnent comme autant d'obstacles réels qui se mettent en travers de l'accès à la vérité souvent pour de mauvaises raisons, mais parfois aussi pour de bonnes raisons.

La vérité c'est, selon une définition simple, qui remonte à Aristote (IVème siècle avant JC) reprise par Thomas d'Aquin (13ème siècles après JC) et de nombreux philosophes, l'accord de la pensée avec la réalité, l'adéquation de ce que l'on dit et de ce qui est. Si montrant la table je dis : c'est une table, ma proposition est vraie, si je dis : c'est un chat, ma proposition est fausse. C'est soit une erreur, soit un mensonge, soit une illusion si je perçois mal ce que j'ai vu.

-          Une erreur, c'est justement une affirmation non conforme à la réalité. Dire que la terre est immobile comme le croyaient les anciens, c'est une erreur. Dire qu'elle est en mouvement car elle tourne sur elle-même et autour du soleil, c'est vrai ; c'est confirmé et démontré par la science.

-          Une illusion, c'est aussi une affirmation erronée, mais dérivant de notre perception ou de notre désir. Voir de l'eau dans le désert alors qu'il n'y en a pas, être victime d'un mirage, c'est une illusion. D'ailleurs ce peut être à la fois une illusion d'optique et une illusion psychologique qui consisterait à prendre ses désirs pour la réalité. Aujourd'hui nous sommes victimes de nombreuses illusions psychologiques : illusions de croire que l'on pourrait échapper à la nécessité de travailler, de dépendre des autres, de vieillir, de mourir, etc.

-          Un mensonge, c'est une erreur, mais volontaire cette fois. C'est délibérément que l'on tient un propos erroné, quelquefois par intérêt personnel, quelquefois aussi pour protéger un proche. Des institutions ou même l'Etat peuvent mentir tantôt pour de bonnes, tantôt pour de mauvaises raisons. Dans le cas de l'Etat, on parle de "raison d'Etat", quand l'Etat ment soit disant pour préserver la nation, au nom de l'intérêt général.

Nous voyons déjà au niveau de cette simple introduction que le statut de la vérité est paradoxal :

-          En droit, en théorie, la vérité est une valeur éminente qui joue un rôle essentiel dans la plupart des secteurs de notre existence. C'est pourquoi la vérité est valorisée.

-          En même temps, dans les faits, la vérité est souvent contredite, omise, évitée, cachée, bafouée, malmenée, combattue, car elle peut inspirer de la crainte. Elle peut être considérée comme nuisible ou dangereuse pour l'individu comme pour la collectivité.



D'où la question faut-il toujours rechercher la vérité ?

-          Faut-il peut être compris dans deux sens :

o   Est-ce une nécessité ? C'est-à-dire qui ne peut pas être autre qu'il n'est dans la réalité ou selon la logique.

o   Est-ce un devoir, une obligation ? La vérité est alors référée à la morale, au bien,  au mal.

Ces deux dimensions pourront être envisagées dans le traitement du sujet.

-          Toujours vient conforter et amplifier le faut-il.

-          Adverbe de temps, toujours s'entend d'abord en effet dans le temps, comme signifiant continuellement, dans la totalité du temps, après des temps sans fin qui ne s'arrêtera pas. Il n'y a pas de terme à la recherche de la vérité.

-          Mais on peut aussi l'entendre dans l'espace : c'est-à-dire généralement en tous lieux, en toutes circonstances, dans toutes les situations, sans exception, il faut chercher la vérité.



-          Précision encore en extrapolant le toujours :

o    c'est quels que soient les moyens mis en œuvre

o   c'est quels que soient les effets, les conséquences de cette recherche de la vérité.

Remarque :

Il était possible de traiter ce sujet en contestant la possibilité, même de l'accès à la vérité. Nous sommes à l'époque de la relativité, de l'idée que toutes les vérités se valent, qu'il n'existe que des vérités partielles, partiales qui sont constamment rectifiées, corrigées et on aurait pu, en effet, répondre au sujet qu'il ne faut pas toujours chercher la vérité, car l'idée de vérité est une pure illusion, ce qu'énonce en partie le scepticisme. J'ai volontairement dans mon exposé laissé cette philosophie de côté, car c'est me semble-t-il s'embarquer dans un autre sujet, mais si le groupe souhaite qu'on aborde cette question on le fera.



PLAN DE L'EXPOSÉ :trois temps



  1. Oui il faut jours rechercher la vérité :
    1. - nécessité vitale
    2.  - exigence morale
  2. Cependant dans les faits, pour sauvegarder des intérêts individuels et collectifs, nous choisissons volontairement ou non de bafouer les vérités jugées dangereuses.
  3. Néanmoins, est-ce la vérité qui en elle-même est dangereuse ou bien est-ce l'usage que nous en faisons qui peut se révéler blessant pour les autres ?



La question faut-il chercher la vérité toujours a de quoi surprendre le philosophe et le scientifique, tant cela leur paraît évident. Dans un premier temps, on est porté à répondre par l'affirmative à cette question, sans discussion.



I.                   Oui, il faut toujours rechercher la vérité en se référant aux deux sens du verbe falloir distingués précédemment.



  1. D'abord c'est une nécessité vitale pour l'homme et pour l'humanité.

·         Sans la connaissance exacte et fidèle de notre milieu, nous ne pourrions survivre. Très tôt même avec des modèles rudimentaires, les hommes ont tenté de décrypter, de comprendre, d'expliquer le monde dans lequel ils vivaient. A la fois ils construisaient des outils, des techniques pour dominer la nature et en même temps ils produisaient un savoir capable d'élucider progressivement les mécanismes de cet univers.

C'est grâce à ces vérités accumulées et organisées au cours des siècles que les hommes ont pu maitriser la nature, puis la transformer et finalement s'en libérer. L'existence même de l'homme en dépendait. C'était une nécessité vitale.

·         Il y a là une différence essentielle avec l'animal. L'animal est doté d'instincts de survie, de conservation, de perpétuation de l'espèce qui lui permettent de simplement s'adapter, s'insérer dans son milieu. Platon dans son dialogue du "Protagoras" reprenait un mythe célèbre de la tradition grecque, le mythe de Prométhée pour rappeler que
si les animaux sont pourvus, armés pour se défendre les uns contre les autres et contre les intempéries et se conserver, l'homme est la plus démunie de toutes les créatures. C'est pourquoi Prométhée en volant le feu du ciel ainsi que la connaissance de tous les arts, a permis à l'homme de se maintenir en vie : sans le savoir et le savoir faire, sans la recherche de la vérité, l'homme resterait à l'état animal, il se conterait de subir la nature. C'est parce qu'il n'est pas doté d'ailes qu'il imagine des avions pour voler. L'homme y gagne une immense liberté par rapport à son milieu. La vérité est émancipatrice.

C'est pourquoi la vérité est aussi une exigence, une obligation morale, un devoir. Nous retrouvons ici le second sens du verbe falloir.

·         Notre capacité de connaissance fait notre dignité, notre honneur, notre humanité. Nous ne sommes pas seulement mus par des instincts de survie, par des intérêts matériels. Nous sommes mus par la curiosité ; l'étonnement disait Aristote pousse toutes les recherches vers le progrès.

·         Notre connaissance peut être désintéressée et nous procurer une satisfaction pure, gratuite. Aristote faisait de la contemplation de la vérité le bonheur et la vertu suprême du philosophe qui avait atteint la véritable sagesse. Les philosophes comme Pascal, Descartes ont repris largement ce thème.

·         Beaucoup plus tard au 19ème siècle, un philosophe connu, Hegel, expliquera que la vérité advient, se construit
et progresse dans l'histoire. Chaque époque met à jour de nouveaux aspects de la réalité. C'est évident sur le plan scientifique mais c'est vrai aussi sur le plan politique et social : de nouveaux régimes politiques émergent comme la démocratie qui s'étend et apporte davantage de droits à tous. De nouvelles valeurs comme l'égalité, la solidarité s'imposent comme des vérités de vie qu'il faut promouvoir pour le bonheur du peuple.

C'est bien la preuve qu'il faut rechercher toujours davantage la vérité pour faire progresser l'humanité.

·         Sans compter que la vérité est connectée avec le sens de l'existence, ce qui intéresse le philosophe et tout un chacun. Nous désirons tous accéder à l'alpha et l'oméga de ce monde, aux raisons d'être de l'existence. Et pourtant l'existence prouve que cet idéal de vérité est souvent pris en défaut.



II.                Mais dans les faits, dans la réalité, la vérité peut être volontairement ou non escamotée, bafouée, reléguée aux oubliettes pour lui préférer l'ignorance, l'erreur, l'illusion, le mensonge et ce, pour sauvegarder des intérêts individuels et collectifs.



  1. Sur le plan individuel on peut illustrer par quelques exemples.
    • On peut préférer l'ignorance à la vérité. Certains affirment ne pas lire le journal, ne pas écouter la radio, ne pas consulter les différents moyens d'informations, pour ne pas être troublés, affectés, blessés par les malheurs et désastres du monde.

Les prisonniers de la caverne de Platon vivaient aussi confortablement dans un monde d'ignorance.

·         On peut aussi se laisser entrainer par toutes sortes d'erreurs, de rumeurs, par les idéologies, les opinions fausses, tout un conformisme de pensée, celui de sa classe sociale, de ses origines, de sa famille, de sa religion.

Lorsque Copernic puis Galilée ont démontré que la terre n'était pas le centre du monde comme le croyaient leurs contemporains, ils heurtaient de plein fouet la conscience et la croyance communes. La vérité vient toujours bousculer une vision traditionnelle du monde. On peut préférer ses habitudes de pensée et refuser la vérité.

·         Les illusions, les chimères, les rêves, l'imaginaire sont une autre manière de fuir la réalité. On peut s'illusionner sur soi-même, sur ses proches, sur ses fans et ses modèles, sur le parti politique auquel on est affilié !

Après l'effondrement du communisme beaucoup d'intellectuels, beaucoup d'ouvriers aussi qui avaient adhéré à ces idées se sont sentis floués, trompés. La révélation de la vérité peut être cruelle, violente. On la retarde, on préfère un certain aveuglement, on préfère les illusions.

·         Que dire enfin des mensonges aux autres, à soi-même qui sont conscients et délibérés ?

Je laisse de côté les exemples, ils sont à foison. Nous savons que les mensonges se font par peur, par lâcheté, par intolérance, par orgueil, par intérêt surtout, mais aussi pour préserver sa liberté, son bon plaisir, son bien être, son bonheur.

Finalement on pourrait dire que tous ces obstacles à la vérité fonctionnent comme un voile protecteur devant une réalité vécue comme menaçante.





  1. C'est encore plus vrai sur le plan collectif.

Nos sociétés intègrent complètement la nécessité du mensonge et de l'hypocrisie. Un auteur a particulièrement bien décrit cette situation, c'est Pascal au 17ème siècle, dans ses Pensées, voici son propos :

·         "Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle, on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que
sur cette mutuelle tromperie ; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion. L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie envers soi-même et à l'égard des autres. Il ne veut donc pas qu'on lui dise la vérité".

·         On pourrait remarquer que même une institution, comme la politesse, est une forme d'apprentissage de l'hypocrisie par laquelle on couvre et habille notre jugement sur les autres par un vernis de rituels convenus, de formules toutes faites, conventionnelles. Cela évite des échanges trop francs qui pourraient déboucher sur des conflits ou de la violence.

·         Probablement en effet le tréfonds de nous-mêmes n'est pas que bons sentiments et innocence. Freud a bien mis en évidence que notre inconscient baigne dans l'ambigüité, l'ambivalence, l'équivocité. Nous pouvons aimer et haïr à la fois les mêmes êtres. Et ce mécanisme fondé sur la dissimulation de la vérité serait paradoxalement bénéfique à la cohésion sociale et au vivre ensemble.

·         On voit que si individuellement les motifs de cacher la vérité peuvent être suspects, collectivement ils peuvent être sains, utiles apaisants et pacificateurs pour la société.

N'est-il pas légitime au fond de taire la vérité, de la refouler même, de ne pas vouloir la voir quand nous sentons qu'elle peut nuire à autrui ?

III.             La vérité est-elle vraiment dangereuse, nuisible en elle-même ou bien est-ce l'usage que nous en faisons qui peut devenir blessant ?



Remarque : Toute la difficulté, c'est que tant que l'on cherche la ou les vérités, on ne connait pas les effets, les conséquences, applications possibles, tantôt les risques, les dangers, tantôt les bienfaits.



·         C'est le problème que rencontrèrent les vérités scientifiques. Les découvertes peuvent parfois donner lieu à des applications très divergentes, pour guérir, pour soigner ou pour détruire, car ce sera utilisé dans la production d'armes par exemple, ce fut le cas des travaux de Marie Curie.

·         Einstein dans sa correspondance explique, avec un peu de provocation peut-être, que la découverte de la fission atomique n'est pas en soi plus dangereuse que l'invention des allumettes. Tout dépendra de l'usage qu'on en fera. On pourrait dire la même chose pour la génétique, on pourra guérir des maladies auto-immunes, mais aussi procéder au clonage reproductif ou bien modifier le génome humain.

·         Il en est peut être de même sur le plan politique et social. On a cru pendant longtemps qu'il fallait cacher, dissimuler certaines actions plus ou moins immorales conduites par un Etat : la torture en Algérie, l'assassinat politique, les écoutes téléphoniques sous la présidence Mitterrand, l'affaire du sang contaminé, l'affaire du Rainbow-warrior, etc.

Aujourd'hui on exige que ces vérités soient mises sur la place publique. L'affaire Cahuzac a été exposée. En revanche quel mauvais usage a-t-il été fait autour des écoutes téléphoniques de l'ancien Président et de son avocat ! Pourquoi les pouvoirs n'assument-ils pas la vérité ?

Les citoyens ne sont-ils pas responsables et capables de faire bon usage y compris des vérités les plus inquiétantes ? Combien de voix s'élèvent aujourd'hui pour conseiller aux hommes politiques de dire la vérité sur la situation d'un pays même quand elle est difficile ou lieu de tergiverser et de mentir ?

·         Chacun de nous dans son métier, dans ses échanges est confronté à ce problème.

·         Le médecin peut dire la vérité sur un mauvais diagnostic à son patient avec tact, délicatesse ou bien il peut le faire sans compassion, sans soutien. Il peut parfois décider de passer par des tiers s'il juge cette vérité insupportable pour son malade.

·         Dans nos relations, il est de bon ton d'afficher une franchise, une sincérité totale mais il y a un usage cynique de la vérité à accabler, à écraser quelqu'un sous prétexte de lui dire "ses quatre vérités" pour le réveiller ou le mettre sur le bon chemin.



Donc faire un usage moral de la vérité, c'est prendre soin de son semblable sans instrumentaliser la vérité pour son propre compte.



CONCLUSION : Deux courants contraires, deux écueils.



  • Notre époque assiste au déclin de la suprématie de la vérité. C'est l'ère de la relativité, de la subjectivité. Chacun veut pouvoir interpréter la réalité à sa guise. Si toutes choses sont relatives à notre époque, à notre culture, à notre tempérament alors il n'y a pas lieu de rechercher la vérité ! Il suffit de se laisser porter par notre temps.

Le premier danger ce serait de ne plus la rechercher au nom de ce relativisme.

  • Le second danger serait de la rechercher trop comme un absolu, une idole, qu'il faudrait et que l'on pourrait posséder une fois pour toutes. C'est ce que font les systèmes de pensée intégristes qui aiment tellement leur vérité qu'ils tombent dans le fanatisme et l'intolérance. Alain disait "Le fanatisme, ce redoutable amour de la vérité".
  • Peut être que le sujet contient la réponse : rechercher, suppose, si on prend ce verbe au mot, que l'on n'est jamais satisfait, jamais arrivé définitivement. On accepte d'attendre, de continuer à douter, à interroger. Kant d'ailleurs définissait la philosophie comme une simple "méthode de recherche".
  • Cela signifie surtout que "la vérité" on ne peut pas l'englober, l'embrasser, la cerner, la saisir, la circonscrire, il faut rester dans une ouverture illimitée pour l'accueillir quand elle survient.

La vérité n'est que dans la recherche, mais une recherche vigilante et assidue.

Ce n'est en rien la position sceptique qui se contente de suspendre son jugement.




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Présentation de Pierre Haller



« Faut-il toujours rechercher la vérité ? »



0.                  La question ainsi formulée laisse penser que la vérité n’est pas toujours immédiate, ni définitive et qu’elle peut être cachée volontairement ou non. Il peut être utile ou inutile, voire dangereux de la connaître. Qui est concerné par la recherche de la vérité? L’humanité entière, un scientifique, un juge, une collectivité, un citoyen, un croyant, un individu, un parent, un conjoint ? Actuellement de nombreuses affaires d’espionnages ou d’incursions dans les vies privées font la joie des médias et montrent à quel point le monde est avide de vérité. Mais s’agit-il uniquement de vérité ?

1.                  Champ sémantique.

La vérité : conforme à la réalité, représentatif de la réalité, sincérité, véracité, authenticité, exactitude, précision, justesse.

Qu’est-ce que la réalité ? La matérialité, l’évidence, la nature, l’expérimentation, la constitution des choses.

Les expressions de la vérité : la certitude, la conviction, la croyance, l’évidence, la conscience, les dogmes, les doctrines, la révélation, le catéchisme, les principes, les normes, les règles, les lois.

Les contraires de la vérité : l’illusion, la fiction, l’apparence, l’imprécision, l’inexactitude, l’erreur, le mensonge, la tromperie les sophismes. Exemple de sophisme :« Un problème comporte toujours au moins une solution. Donc s'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème ».



2.                  Les domaines de la vérité : les sciences, les sciences sociales, l’histoire, la politique, les statistiques, les religions, les mœurs, les lois, les personnes.



3.                  Les territoires où s’expriment la vérité et ses avatars.

+ La vérité est une construction sociale issue de facteurs multiples, d’interprétations multiples, d’intérêts multiples.

+ La vérité s’appuie sur un langage. Existe-t-elle si elle n’est pas énoncée ? Comment le langage la détermine ?

+ L’intuition est un processus mental inconscient qui conduit à un sentiment d’évidence d’une vérité. Elle peut être trompeuse.

+ Les mythes, les contes ou les paraboles sont souvent des métaphores de vérités profondes  de la condition humaine individuelle ou collective. La psychanalyse s’en inspire.


+ Les croyances religieuses font appel à un ensemble de récits mythologiques souvent éloignés de la vérité rationnelle. La foi religieuse demande en principe d’adhérer sans démonstration à des corpus de dogmes.


+ La croyance à une vérité peut relever de la révélation à un individu, elle peut aussi être autoritaire ou symbolique. Les vérités religieuses, qu’on y croit ou non, sont structurantes des sociétés et de la psyché individuelle. Le problème des symboles, qui ne sont en principe que des représentions d’une possible réalité transcendante, est qu’ils sont parfois considérés comme des vérités en soi pour lesquelles les hommes sont capables de s’entre-tuer.

+ Le philosophe Cornelius Castoriadis (1922-1997)  rapporte: « A Salem, la sorcellerie était réelle, elle ne l'est plus aujourd'hui. Karl Marx (a dit) l'Apollon de Delphes était en Grèce une force aussi réelle que n'importe quelle autre. »

« Le vrai se conclut souvent du faux.  » Blaise Pascal (1623-1662)

+ L’économie se base sur la croyance en la valeur et l’utilité des biens matériels ou symboliques comme la monnaie. Tout comme la croyance religieuse, la croyance économique est structurante, c’est une force réelle. Les objets nouveaux créent des consommateurs nouveaux et des croyances collectives nouvelles.

+ Les croyances ou vérités collectives sont auto-générées et diffèrent de la somme ou de la moyenne des croyances des individus. Elles sont plutôt la moyenne de ce que chacun croit que la collectivité croit. Ex. : le concours de beauté de Keynes , qui consiste dans la stratégie boursière de spéculer sur ce que l’autre pense.

+ L’émotion et la raison sont les deux composantes de la quête de la vérité, avec souvent des excès dans un sens ou dans l’autre. 

+ L’utilitarisme. Le confort intellectuel, le conformisme, l’opportunisme politique, professionnel, social ou religieux sont quelques raisons collatérales d’adhésion à une vérité.

+ En sciences, la recherche des vérités ultimes sur la matière au niveau de ‘infiniment petit (boson de Higgs) ou de l’infiniment grand (univers) apporte surtout des satisfactions intellectuelles et des avantages collatéraux à l’humanité ; il s’agit par exemple de retombées technologiques telles que le développement des supraconducteurs, d’Internet, de détecteurs, de satellites, de coopération internationale des scientifiques, de vision renouvelée de notre place dans l’univers. La motivation militaire accompagne presque toujours les recherches scientifiques, y compris en médecine ou dans les sciences humaines.

+ Le relativisme absolu ou le nihilisme absolu  n’accordant aucune valeur à aucune vérité, ne sont pas viables. Ils se nient eux-mêmes.

+ L’incomplétude, l’auto-contradiction. Une vérité, même scientifique ou morale, n’est vraie que dans un contexte spatio-temporel donné, qui peut–être plus ou moins étendu. Toutefois la preuve de l’exactitude des théories scientifiques est la possibilité de leur application dans un domaine technique donné (ex. : transistors, énergie nucléaire, médecine). Au delà de certaines limites, le ticket n’est plus valable. Exemples : en physique, la mécanique quantique ; en éthique, l’acharnement médical, les limites de l’action caritative, les utopies politiques ou économiques qui conduisent à l’exclusion de pans entiers de la population.

+ L’indécidabilité est l’impossibilité de prouver une hypothèse. Ex: : l’affirmation classique «  Les Crétois sont des menteurs » ; l’existence de Dieu ; l’évolution l’univers est-elle due au  hasard ou à une finalité ?

« Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas.» Blaise Pascal

+ La complexité. L’interaction de multiples facteurs, mêmes déterministes, rend les prévisions impossibles à long terme. Exemples : l’interaction gravitationnelle de trois corps en physique, la météo, la géopolitique.

La vérité du court terme, n’est pas nécessairement celle du long terme. La vérité locale n’est pas toujours globale. L’intérêt global n’est pas nécessairement la somme des intérêts individuels.


+ Cette même complexité rend souvent compliquée l’analyse de l’arbre des causes d’un événement. Derrière la cause immédiate d’un accident se cachent de multiples autres éléments qui y ont contribué. Par exemple un accident de la route peut être la résultante de la culture globale de la société, de la politique de l’Etat, du profil psychologique du conducteur, de l’état du véhicule, des infrastructures routières et de leur entretien, des conditions météo, des comportements respectifs des protagonistes au moment de l’accident. On peut poser le même type d’interrogations sur les crises financières ou les déclarations de guerre. Au-delà des causes immédiates interviennent des causes profondes des événements.

+ Le hasard. Attribuons-nous le hasard à « notre ignorance de la vérité profonde des choses », comme le pense  Laplace (1749-1827), ou bien à la « rencontre de deux séries causales indépendantes »  selon le mathématicien Cournot  (1801-1877) ?

La nature semble utiliser le hasard dans le processus de reproduction des êtres vivants lors de la dissémination des graines et de la rencontre des patrimoines génétiques.

+ Les probabilités intervenant dans de nombreux processus font qu’il n’y a pas de vérité a priori. La vérité est qu’il n’y a pas de vérité prédéfinie.

+ Les corrélations ne sont pas raison. (Ce n’est pas le retour des cigognes après la seconde guerre mondiale, qui est à l’origine du baby boom.)

+ Certains phénomènes naturels et humains connaissent des régularités non quantifiables. (Probabilités philosophiques de Cournot), contrairement aux probabilités mathématiques, comme celle du lancer de dés. X. De Scheemaekere, dans « Les fondements philosophiques du concept de probabilité » distingue des vérités logiques, subjectives, fréquentielles ou de propension.

+ Les oracles, sont censés prédire l’avenir par l’intermédiaire de devins détenteurs de savoirs ésotériques. Ceux-ci s’assurent une position sociale. Ceux qui y croient s’en servent pour trouver du sens et de la cohérence dans leur vie. Ceux qui les instrumentalisent, comme les pouvoirs politiques et les prophètes religieux, les utilisent pour asseoir leur autorité.

+ La mathématisation des processus financiers et économiques ou des sciences sociales constitue des progrès de la raison, mais souvent leur confère une apparence de vérité qui n’empêche pas la survenue d’erreurs et de crises. Ex. : la crise des subprimes, les calculs des risques, la mondialisation des économies. Gustave Le Bon (1841-1931), écrivait : « Présentée sous forme mathématique, l'erreur acquiert un grand prestige. Le sceptique le plus endurci attribue volontiers aux équations de mystérieuses vertus. »




+ Les vérités et les ordres sous-jacents n’apparaissent souvent pas de manière immédiate. C’est le rôle du philosophe ou du scientifique d’élaborer des concepts pour faire apparaître cet ordre. Souvent une fois que le concept est admis, l’ordre sous-jacent devient évident. Exemple : le féminisme, le genre, la démocratie, la justice, etc.

+ Le concept est un outil, un artifice qui permet de penser le monde. Le sens peut émerger du hasard.

+ L’interprétation des vérités admises dans les domaines scientifiques ou philosophique est le moteur du progrès souvent irréversible. Elle fait émerger de nouvelles hypothèses avec évidemment le risque d’erreur ou de crise.

+ La rhétorique est l’art oratoire de convaincre un auditoire de la justesse d’un point de vue. Elle manipule le logos, le pathos et l’êthos.. Elle ne garantie pas la vérité universelle, mais elle est à même de faire triompher une certaine vérité ou contre vérité. Elle peut s’avérer structurante ou déstructurante des psychés individuelles ou collectives. La musicalité rhétorique et parfois jargonnante des discours politiques, religieux ou académiques constitue souvent l’essentiel de leur force de conviction.

+ Justice et liberté sont des mots qui chantent avec lesquels on peut tromper le monde.

+ Les fabricants du doute peuvent être au service de la vérité comme à celui d’intérêts particuliers. Ex. :  les climatosceptiques, les hoax sur internet.


+ Notre société surinformée et démocratique, paradoxalement, rend invisibles ou illisibles des pans entiers de la population en les caricaturant par des stéréotypes : les chômeurs, les cités, les bobos, les ouvriers, les handicapés, les malades mentaux, les barbus, les immigrés, les Roms, etc. L’historien Pierre Rosenvallon (né en 1948), dans son livre « Le Parlement des invisibles », essaie de donner la voix aux invisibles de la République pour « sortir de la terrible ignorance dans laquelle nous sommes les uns des autres ».

+ La bêtise est une contrevérité qui a parfois pignon sur rue. Exemple du philosophe Bernard Stiegler (né en 1952 à Sarcelles) : l’ultralibéralisme économique soutenu par des universitaires ou des prix Nobel de l’école de Chicago.

+ Selon, Friedrich Nietzsche (1844-1900), « la philosophie c’est la guerre à la bêtise. »

+ Le déni de la réalité est un phénomène récurrent dans la vie individuelle ou collective. Le jusqu’au-boutisme conduit souvent à des catastrophes. « Ce qu’on ne veut pas n’existe pas. » Ex. :Déni de grossesse, risque de tsunami à Fukushima nié par Tepco.

+ L’éducation (connaissances et comportements) change la vision du monde et rend les personnes intellectuellement plus rigoureuses et moins influençables par les balivernes et les fanatismes, bien qu’elle ne constitue pas un rempart absolu.



4.             Les besoins humains de vérité.

Il s’agit d’un besoin neurobiologique de l’homo sapiens sapiens, l’homme qui sait qu’il sait, qui sait penser ce que l’autre pense et donc qui sait mentir.

La confiance mutuelle est basée sur la vérité.

Le besoin de connaissance, de sens, de liberté.

La vérité est nécessaire pour agir.



5.                  La quête de vérité  est-elle essentielle, utile, vaine, dangereuse ?

+ La vérité absolue sur la création du monde (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »), si elle existe, est sans doute inatteignable car elle semble faire intervenir des dimensions de la réalité qui nous échappent. Nous sommes perdus dans un cosmos qui s’étend de l’infiniment petit à l’infiniment grand et de l’infiniment court à l’infiniment long temporellement. Nous devons nous contenter de vérités de l’ici et du maintenant et d’en vivre.

+ Les récits mythologiques des religions ne résistent pas à l’analyse de la raison simple. Doit-on rechercher la vérité historique si on veut garder la foi ?

+ Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire à une personne. Les mots peuvent tuer.

+ La politesse est une forme de mensonge qui facilite la vie en
société.  « Peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas.  » Blaise Pascal

+ La cosmétique ou le maquillage du corps sont des formes de mensonge qui contribuent au bien-être des personnes.

+ Toutes les vérités historiques d’un peuple ne sont pas bonnes à dire. La cohésion sociale est possible grâce au pardon et souvent à l’oubli. Des vérités historiques tronquées sont souvent instrumentalisées par des pouvoirs politiques ou religieux. Il y a une juste mesure à trouver entre le travail mémoriel de l’histoire des crimes contre l’humanité et l’entretien de haines et de névroses victimaires ou culpabilisantes de générations en générations.

+ Vaut-il mieux de pieux mensonges ou des oublis que des (demi) vérités dévastatrices ?

+ Le travail de deuil consiste au transfert d’une vérité émotionnelle vers une vérité rationnelle et distanciée.

+ Les Etats semblent de tout temps avoir au besoin de secrets pour fonctionner, secrets vis-à-vis des autres pays, et vis-à-vis de leurs propres citoyens. La démocratie implique normalement que tous les organismes porteurs de secrets d’Etat soient soumis à des contrôles afin d’éviter les dérives. Même les contrôleurs doivent être contrôlés.

+ Selon le taoïsme qui a inspiré l’art de la guerre de Sun Tzu au 5ème siècle av. J.C., connaître l’ennemi permet de le contourner et le vaincre sans affrontement direct. L’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage et une grande mobilité : il s’agit de s’adapter à la stratégie de l’adversaire pour s'assurer la victoire à moindre coût.

+ La désinformation, avec ses techniques éprouvées, est une arme de guerre et de pouvoir. Les pouvoirs institués ont tendance à jeter des vérités simplistes en pâture au peuple.

+ La complexité des réglementations et des lois, notamment fiscales ou bancaires, rend difficile le contrôle démocratique, même par les élus. Elle profite souvent aux aigrefins.

+ Les scandales relatés régulièrement par les médias ne laissent émerger que des vérités partielles et résultent souvent de guerres de clans qui se dénoncent sournoisement les uns les autres.

+ Les services de com’ des gouvernements et des entreprises mettent en général en avant des demi-vérités en leur faveur. Leurs « éléments de langage » sont rarement de vrais mensonges.  

+ Les biais cognitifs, étudiés en psychologie cognitive et sociale, sont des schémas de pensée induisant des erreurs de  perception, d’évaluation et de jugement en particulier dans les domaines judiciaires ou scientifiques. La publicité exploite des tels biais cognitifs par des messages fallacieux (le gaz est naturel, la nourriture est bio, le camembert est moulé à la louche, le shampooing est dermo-capillaire sans paraben, etc.) Voir comment notre cerveau nous trompe.

+ L’anumérisme, le pendant de l’illettrisme, désigne l’incapacité de nombreux citoyens de manier la signification des nombres, notamment des concepts de statistique ou d’ordre de grandeur. Cet anumérisme biaise en particulier la perception des risques. Les risques du nucléaire, du terrorisme ou de l’immigration sont instrumentalisés et surévalués par rapport aux risques climatiques et sanitaires, de l’utilisation des hydrocarbures, des politiques sécuritaires pour la démocratie, des règles des jeux financiers ou de la délinquance en col blanc pour la justice sociale.

+ Les secrets professionnels sont nécessaires à l’exercice de certains métiers. Du fait qu’il s’agit de secrets, les informations sont d’autant plus intéressantes. Les secrets de la correspondance, de la confession dans le temps où les gens se confessaient encore chez le prêtre, de la médecine permettent aux autorités civiles ou
religieuses d’accéder à l’intimité des personnes.

+ La révélation de soi-disant secrets suscite l’intérêt et constitue un marché économique considérable dans nos sociétés (intelligence économique, espionnage politique, industriel, militaire, presse à scandale, internet, etc.)

+ « Le trafic d’influence est devenu l’instrument du pouvoir contemporain », titre un article d’Yves Michaud (né en 1944), philosophe, dans le « Monde » du 17 mars 2014. Ce trafic consiste à octroyer ou à promettre des décorations, des emplois, des marchés, des décisions favorables ou l’absence de décision. Des conseillers de l’ombre servent à mettre à place de « l’ingénierie financière » pour frauder le fisc ou de « l’ingénierie pénale » pour évaluer les risques. Ces techniques sont de plus en plus sophistiquées à mesure que se développent les procédures de transparence ou la juridicisation qui paradoxalement « assainissent le marché» en éliminant les petits amateurs et permettent la survie des plus rusés. 

+ Un « bon » journal, élève, politicien ou salarié, etc. dit en général ce qu’on veut entendre de lui, même si ce n’est pas tout à fait la vérité.

+ Est-il toujours bon de connaître le dessous des cartes ?

+ Les médias modernes sont les supports du mensonge comme de la vérité. Mais leur rôle est « globalement positif ». Ils constituent un élément essentiel de la démocratie et de la diffusion du savoir et d’une morale consensuelle. Ils dénoncent les crimes, les délits, les corruptions, invitent à la compassion ou à la prudence. Cependant lorsqu’on est expert dans un certain domaine, on constate que les informations relatées par les médias sont souvent tronquées. Mais il est bon que l’expert se rende compte qu’il existe d’autres points de vue que le sien. Les affaires politico-médiatiques récentes sont probablement plus complexes que telles qu’elles sont servies au public.

+ « Il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d'une chose.» Blaise Pascal

+ Chaque être a droit à une sphère de vie privée et d’intimité, à ses vérités personnelles qui ne sont pas accessibles aux autres que sous son contrôle. L’inconscient recèle des vérités qui échappent souvent au sujet lui-même.

+ Certains secrets d’Etat, de famille, de personnes peuvent empoisonner de manière plus ou moins consciente la vie quotidienne pendant de longues années. La pathologie du secret finit par ruiner les institutions et les individus.

+ En tant qu’individu, devons-nous  rechercher la vérité des choses qui ne nous concernent pas ou peu ? La vérité des choses sur lesquels nous ne pouvons de toute façon pas agir ? L’indignation est-elle une simple posture d’auto-proclamation de sa propre moralité ?



6.                  Quelques défis à la vérité de notre temps.

+ L’impact de l’anthropocène, de l’homme technologique, sur la nature. Grâce aux effets collatéraux de la technologie, la société humaine a gagné en démographie, en démocratie et en diffusion de la culture. Les impacts environnementaux, à cause de la démographie galopante dans certains pays et des pollutions, sont considérables. Ceci semble une vérité communément admise. Les solutions sont loin de faire consensus elles se heurtent à des préjugés idéologiques, religieux ainsi qu’à des intérêts économiques et claniques de court terme et inappropriés à la nouvelle réalité du monde. Même si nous avons conscience du risque, nous sommes incapables individuellement ou collectivement de modifier la trajectoire qui conduit dans le mur. La vérité devrait plutôt se contenter du moindre mal entre le développement humain et la préservation de la nature. L’utilisation de l’énergie nucléaire et le contrôle des naissances peuvent significativement contribuer à réduire les menaces sur le climat et sur les malheurs du monde. (la population de la Côte d’Ivoire s’est multipliée par sept depuis la décolonisation dans les années 1960, sans que le développement humain et social ait suivi ; c’est comme si la France était passée à 300 millions d’habitants, selon.la revue Etudes de février 2014..). La vérité sur les mécanismes des pouvoirs et des groupes d’influence, y compris les vertueux auto-proclamés, devrait également contribuer à identifier la réalité des menaces.



Selon une récente étude à paraître dans le "très sérieux" Elsevier journal Ecological Economics, en partie financée par la NASA, notre civilisation moderne pourrait disparaître dans "quelques décennies". Elle s'appuie sur les facteurs communs qui ont conduit à la disparition des précédentes grandes civilisations (la dynastie Han en Chine, les Mayas en Amérique, l'Empire romain), à savoir, principalement, une mauvaise gestion des ressources et une société inégalitaire.



+ L’utilisation des nouvelles technologies de l’information, dont Internet, permet aux autorités et à des groupes d’intérêts de collecter et d’exploiter massivement des informations sur les individus et sur les groupes. Ceux-ci sont profilés mécaniquement dans les ordinateurs par les algorithmes. Cette masse de « bigdata » est non seulement mondiale, mais elle peut aussi être conservée et réexploitée éternellement. Cette source de « vérités » sur les personnes et les groupes aux mains d’oligarchies constitue un bouleversement anthropologique unique dans l’histoire de l’humanité. Jusqu’à présent chaque être pouvait préserver sa sphère d’intimité et bénéficiait de l’oubli de ses écarts passés. A l’avenir, le monde du travail sera à même de recruter des salariés « parfaits ». Le marketing permettra de développer des industries dominantes de l’insignifiant. L’espionnage économique permettra des concentrations de pouvoirs. Les enfants hyperactifs ou asociaux seront identifiés à vie. Les dossiers médicaux, y compris ceux des ancêtres, ainsi que les bulletins scolaires suivront toute une vie.

Il ne faut guère se faire d’illusion quant à l’utilisation spontanément éthique de ces nouvelles technologies. Le goût du public pour les réseaux sociaux indique une forme de servitude volontaire déjà mentionnée par Etienne de la Boétie en 1574. Ceux-ci  se développent sous couvert de la sociabilité et permettent l’émergence des plus grosses fortunes mondiales qui revendent les informations aux services des Etats et des grandes entreprises.

+ Dans son roman « Orwell ou l’horreur de la politique »,  Simon Leys (écrivain belge né en 1935) note : « Les honnêtes gens ne disent rien car ils ne voient rien. Et ils ne voient rien, en fin de compte, ce n’est pas faute d’avoir des yeux mais, précisément, faute d’imagination. »



7.                  Conclusion

Le monde s’est développé grâce au fait que les vérités ont toujours été imparfaites. La vérité est faite pour être interrogée. La plasticité est indispensable à la vérité.

Le consensus est-il indispensable ?

« Il faut savoir douter où il faut, se soumettre où il faut, croire où il faut.» Blaise Pascal.

« Trop ou trop peu de vin interdit la vérité.  » Blaise Pascal

« Il n'est pas certain que tout soit certain.  » Blaise Pascal

« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpasse.  » Blaise Pascal

« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître.  » Blaise Pascal

Les dernières paroles Goethe (1749-1832) ont été « Mehr Licht ! », « Davantage de lumière ! ».

La vérité est la condition de notre liberté et de notre dignité.

Mais qui suis-je pour parler de la Vérité ?





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Propos entendus


+ La vérité se décline sous formes d’interrogations. Elle avance par paliers.

+ Trois moyens de recherche de la vérité : hypothèse, intuition, intime conviction.

+ Quelle est la différence entre le vrai et la vérité ? Le vrai est fixe, la vérité est un mouvement de recherche.

+ De nouvelles informations sur le génocide du Rwanda après 1994 sont révélées cette semaine dans le journal Marianne. Un participant du café philo rapporte un témoignage sur l’implication de prêtres belges dans le massacre de civils lors de l’incendie d’une église.

+ Aucune nation n’a pu se construire sans mensonge, selon Renan (1823-1892).

+ Citation de la pièce de Pirandello (1867-1936) « A chacun sa vérité » (1916) : « Je suis ce que vous voulez que je sois ».

+ La recherche de la vérité est politique. Elle est souvent détournée. Par exemple les poncifs sur les pauvres qui seraient paresseux et fraudeurs.

+ L’Etat français ne reconnaît toujours pas sa responsabilité, 57 ans après l’assassinat de Maurice Audin.

+ Les convictions sont parfois le plus important déni de la vérité.

+ Il faut la vérité, c’est une question de civilisation.

+ Le type de vérité dépend du domaine : en science, c’est la raison ; pour la justice, c’est la présomption, l’intime conviction, la composition du jury.

+ En science on cherche l’efficacité, la validation. En histoire, c’est l’opinion, l’exigence de justice.

+ L’enfant croit. L’adulte consent.

+ Seule la vérité rend libre.

+ Il y a des niveaux de vérité. Y-a- t-il une vérité universelle ?

+ Le sentiment de vérité recule avec l’acquisition de connaissances.

+ La vérité est thérapeutique, dans la psychanalyse, par exemple.

+ Les dénis de vérité dans les familles sont souvent dramatiques.

+ La psychogénéalogie est une démarche analytique de l’influence transgénérationnelle d’événements familiaux du passé.

+ La vérité passe par le langage.

+ Selon Machiavel (1469-1527), il est normal que les souverains mentent aux citoyens.

+ En économie il existe des critères de vérité, contrairement à la politique.

+ Dans une équipe médicale, tout le monde se rassemble autour de la recherche de la vérité de la maladie.

+ Le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976) a renouvelé l'intérêt pour le concept d' Alètheia, la vérité en grec (étymologiquement la négation de l’oubli).

+ Le fanatisme repose sur la certitude de posséder la vérité. La vérité devient une idole.


+ Il faut cultiver le doute.

+ Notre monde change de plus en plus rapidement et les vérités aussi, d’où danger pour l’humanité et l’éthique.

+ Trois sortes de vérités : de raison, de fait, sociale.

+ Il est parfois bon de la cacher.

+ Il faut beaucoup d’erreurs pour arriver à la vérité, qui deviendra à nouveau erreur.

+Il est inutile de chercher à réhabiliter Louis XVI.

+ Le savant a la chance d’avoir des critères de vérité. L’homme d’action doit parfois décider sans connaître toute la vérité.

+ La vérité est limitée dans le temps et l’espace.

+ Le mensonge est terrible et inacceptable dans l’entreprise.

+ La vérité sera toujours gagnante.

+ La vérité engage la responsabilité individuelle.

+ C’est un travail de vigilance vis-à-vis des vérités révélées.

+ La vérité concerne les domaines métaphysiques ou pratiques.

+ Je repars avec beaucoup de questions et de doutes.

+ Je connais de moins en moins de vérités.

+ Les hommes ne peuvent vivre ensemble que s’ils ont des vérités communes.

+ La construction du mensonge répond à certains intérêts.

+ Il faut distinguer les vérités privées et publiques.

+ L’injustice a besoin de mensonge.

+ La vérité est nécessaire à la pérennité de l’espèce humaine. Elle fait émerger le consensus.

+ L’incertitude est inhérente à l’observation.

+ Les enfants aiment mentir. C’est l’éveil de l’autonomie et de l’intelligence...

+ La vérité est toujours fluctuante. Les dogmes scientifiques évoluent.

+ Le mensonge n’est pas un délit devant les tribunaux.

+ La vérité semble en déclin par rapport à d’autres valeurs.

+ La vérité absolue est dangereuse. C’est une recherche assidue et prudente. Il faut la liberté d’esprit pour le dévoilement de la vérité.



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Poème d’Arlette Coutin



La Vérité

Dans la récolte de ma vie
Je vais cueillir tous les bons fruits
De mon arbre dans l'existence
Pour y chercher la quintessence

Que mes mots et actes soient vrais
Portés dans un esprit de paix
A la source de vérité
Celle qui offre liberté

Je ne veux toutefois blesser
Au nom de ma réalité
Que j'exerce en paroles et faits
Que si le but n'est pas mauvais
Le mal doit être dénoncé
Dans un devoir d'humanité
En quête de véracité
Pour tous les hommes en société

Dans le jardin de mes valeurs
Je cultiverai le meilleur
Recherchant l'authenticité
Du grain de la sincérité








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Poèmes de Jeannine Dion-Guérin



Tout mensonge détient sa vérité, *

Les biologistes, selon un postulat propre
à l'exercice de leur métier, ponctuent
que toute conclusion détient son contraire
et nous livrent ainsi une contemporaine
découverte sur la fécondation

Jadis par un féroce pugilat
les spermatozoïdes accédaient
à l'unique objet de leur amour
et le plus puissant ou vindicatif se targuait
du fait de se montrer l'heureux gagnant

Depuis on a découvert que
certains plus généreux font preuve
de solidarité établissant une hiérarchie
qui recourt à la courte échelle

Vérité hier mensonge le lendemain ...

Combien de fois la Vie devra-t-elle
renoncer pour que s'impose
en pure perte le supposé progrès
agitant cette planète éprise à l'infini
de vaines ou fausses subtilités ?

Jeannine Dion-Guérin
* Après l'émission scientifique de France Inter: « La tête au carré»



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Questions non résolues



Où s'envolent nos non-dits,
blancs entachés de réticence ?

Vers quel horizon d'absence?

De quels échos
se font-ils les pèlerins
 

Et vers quel destin
épris de connivences?

Où se nichent nos matins
feutrés d'innocence

De quels faux-semblant
se montrent-ils témoins
 

Vérités d'un jour
Erreurs au-delà

Jeannine Dion-Guérin

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